La Tombe-Issoire

La rue de la Tombe-Issoire.

rue de la tombe-issoireLa rue de la Tombe-Issoire, située dans le 14e arrondissement, est l’une des plus anciennes voies d’accès au Vieux Paris. Elle se prolonge vers le centre-ville par la rue du Faubourg-Saint-Jacques et la rue Saint-Jacques, jusqu’à la Seine. Cet axe est l’ancienne voie centrale (cardo maximus) de Lutèce, la ville romaine dont le centre se situait dans l’ancien Quartier latin. Il est constitutif de la via Turonensis (ou chemin de Paris) et mène à Orléans et jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle. Cette voie est donc empruntée par les pèlerins qui partaient jadis de l’église Saint-Jacque-de-la-Boucherie (détruite sous la Révolution) et aujourd’hui de ce qui en subsiste, à savoir le clocher, qui n’est autre que la tour Saint-Jacques. Le nom de la rue ne doit vraisemblablement rien à la ville d’Issoire (Puy-de-Dôme, Auvergne), mais à celui d’un géant légendaire nommé Isouard, Ysoré, Isoré, Isoire ou Issoire, qui aurait été vaincu par un certain Guillaume de Gelone, également nommé Guillaume au court-nez, dont nous allons vous conter l’histoire.

Guillaume au Court-Nez

guillaume court-nezSelon certains, Guillaume au Court-Nez était l’un des meilleurs chevaliers de Charlemagne pour qui il avait vaillamment combattu les Sarrasins et les Saxons. Selon d’autres, ce preux ne se nommait pas Guillaume mais Ives, et n’aurait pas servi Charlemagne, mais Hughes Capet, dans la seconde moitié du 10e siècle. Soit. Selon la « version carolingienne », Guillaume, après des années de bons et loyaux services, décida de quitter Aix-la-Chapelle, la Cour de l’empereur et ses plus chers amis, pour revêtir l’habit de moine et se retirer dans le Languedoc afin d’y édifier un monastère. Mais après la mort de Charlemagne, alors que Louis le Débonnaire occupait le trône de France, Paris fut assiégée par une armée païenne –des Maures selon la « version carolingienne », des Allemands selon la « version capétienne »- et Louis s’y trouva prisonnier. Aussi lui vint-il l’idée d’appeler à son aide Guillaume au Court-Nez qu’il fit chercher jusque dans sa retraite. L’un des émissaires finit par le trouver, mais Guillaume mentit sur son identité véritable, si bien que celui qui était venu le quérir n’eut d’autre choix que de retourner bredouille à Paris. Guillaume fut toutefois bientôt rongé par le remord et la honte d’un si lâche mensonge, aussi décida-t-il d’abandonner l’habit monacal pour revêtir son ancienne armure et chevaucha vers Paris, accompagné de son seul écuyer qui l’avait suivi en Languedoc. Les Sarrasins avaient planté leurs tentes dans les lieux qu’occupe aujourd’hui le Lion de Belfort, jusqu’aux environs du parc Montsouris. Leur chef était un géant, Ysoré, roi de Coïmbre. Selon la « version capétienne », cet Ysoré aurait été un géant saxon, parent de l’empereur germanique Othon II. Quoiqu’il en soit, cet Ysoré, gigantesque, effrayant et lourdement armé, ne cessait de narguer les Parisiens et d’abreuver d’injures les défenseurs de la cité qui, tous refusaient de se battre en duel avec un tel monstre. Ysoré promit aussi à la ville et à ses habitants une extermination et un anéantissement complets, accroissant ainsi d’autant la terreur de tous. Mais soudain, au cours d’une nuit, Guillaume se présenta aux sentinelles qui veillaient sur un pan de fortifications proche de l’église Saint-Merry. Une fois entré dans la place, Guillaume rejoignit le domicile d’un ami nommé Bernard des Fossés qui habitait au croisement des actuelles rues de Saint-Martin et de Rivoli. Là, il put se restaurer et se reposer. Mais bientôt la nouvelle du retour à Paris de Guillaume au Court Nez, se répandit dans la ville et arriva jusqu’aux oreilles de Louis le Débonnaire. Bientôt, Louis, accompagné d’un immense cortège, se rendit au logis de Bernard des Fossés pour témoigner à Guillaume leur reconnaissance  et lui apporter moult cadeaux. Soudain, comme chaque jour, Ysoré s’avança pour provoquer Paris qui trembla, une fois encore, à la vue de cette apparition satanique. Seul Guillaume garda son sang-froid, allant même jusqu’à contempler dédaigneusement le géant. Et Guillaume releva le défi du monstre. Un combat homérique s’ensuivit. Il se déroula, dit-on, sur la rive gauche de la Seine, « au sud de Paris, à droite et à gauche de l’antique voie menant à Orléans, et de là, à l’époque des pèlerinages, à Saint-Jacques de Compostelle. » (Guide de Paris mystérieux, p. 707). Ce combat d’apparence inégale allait voir s’affronter un géant lourdement armé et un vieillard chétif. Autant dire que les Sarrasins se voyaient d’ores et déjà vainqueurs, à la grande terreur des Parisiens. Le combat fut féroce mais malgré son habilité, Guillaume se vit bientôt désarmé, son épée s’étant brisée dans l’armure d’Ysoré ! Et c’est là que se produisit le miracle : une colombe que, la veille, Guillaume prêt à l’abattre, avait épargnée, apparut soudain dans le ciel et fondit sur le visage du géant mauresque. Elle lui lacéra tant et si bien le visage, qu’elle lui creva les yeux et Guillaume, profitant de cette intervention, contourna son adversaire pour lui sectionner les jarrets à l’aide du tronçon de glaive qui lui restait en main. Le géant s’effondra dans un hurlement de douleur. Puis dégainant de son fourreau le long cimeterre du roi de Coimbre, un pied posé sur la poitrine de ce dernier, Guillaume le lui plongea dans le cœur avant de le décapiter. A la vue de ce spectacle, les Maures décidèrent de lever rapidement le camp, de se replier vers le sud et de laisser derrière eux le cadavre d’Ysoré. Des murs de Paris, par contre, s’élevèrent des clameurs de joie et d’allégresse. Guillaume refusa toute récompense et, toujours suivi de son fidèle écuyer, regagna sa chère retraite languedocienne. Quant à Louis le Débonnaire, il décida de faire enterrer dignement Ysoré. Sa tombe était « un vaste tumulus qu’ombragèrent au fil des siècles un bosquet de peupliers, de chênes et d’ormeaux. De la tombe qui s’élevait [à proximité de l’actuel] boulevard Saint-Jacques, il ne reste qu’une humble rue, à qui le mort légua son nom, un peu déformé par le temps : c’est la rue de la Tombe-Issoire. » (Contes du Vieux Paris, Pierre Jalabert, Fernand Lanore, 1966, p. 49).

Quelle est l’origine du nom d’Ysoré ?

Qu’il soit appliqué à un Saxon ou  à un Maure, le nom d’Ysoré reste d’origine obscure : « Il reste que le nom d’Isoré est rare, d’étymologie obscure, et qu’on s’explique mal la transformation d’Isoré en Issoire. Est-ce une allusion à la ville auvergnate comme on l’a avancé ? Est-ce l’erreur d’un érudit du XVIe siècle, qui aurait lu Isore (d’où Isoire, Issoire), au lieu d’Isoré ? L’incertitude demeure. Mais l’expression devint familière, au point que l’abbé Lebeuf assurait que « tombissoire est un nom collectif qui signifie un assemblage de tombes. » (Guide de Paris mystérieux, p. 708).

Des tombes antiques à l’origine de la légende.

Guillaume et YsoréA l’origine de la légende de la tombe du géant Ysoré on trouverait un monument qui, dit-on, existait encore au début du 13e siècle. Celle-ci aurait servi de support au légendaire combat de Guillaume et d’Ysoré. Ce grand monument funéraire était nommé « Tombe Isoré » ou « Tombe Issoire ». Il ressemblait fort à un tombeau et, de toute évidence, avait été dressé à cet endroit là  sur la dépouille d’un personnage sans doute prestigieux, car ladite tombe « était de pierre de taille, de plus, élevée sur une espèce de tertre, et plantée au milieu d’une grande pierre plus longue que large, telles que sont les tombes d’ordinaire. » (Guide de Paris mystérieux, p. 708). Le tumulus était recouvert d’une dalle longue d’environ 20 pieds et était situé à l’intersection de l’avenue du Parc-de-Montsouris, de la rue de la Tombe-Issoire et de la rue Dareau. Cette tombe de grandeur inusitée fut vraisemblablement à l’origine de la légende : que pouvait-elle être dans l’imagination populaire, sinon la tombe d’un géant ?

Eric TIMMERMANS.

Sources : Contes du Vieux Paris, Pierre Jalabert, Fernand Lanore, 1966, p. 37-49 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1978, p. 707-708.

Les astrologues de la rue de Viarmes

La rue de Viarmes.

La rue de Viarmes

Cette rue du 1er arrondissement était jadis surnommée la « rue Eternelle », car, étant de forme circulaire, elle n’a ni commencement, ni fin. C’est en 1765 qu’on lui donna le nom de Jean-Baptiste Elie Camus de Pontcarré, chevalier et seigneur de Viarmes. En plus de ces titres, ce personnage fut également conseiller d’Etat et Prévôt des marchands de Paris de 1758 à 1764. La rue de Viarmes qui s’étend de la rue Sauval à la rue Clémence-Royer, a, aujourd’hui encore, la caractéristique d’être semi-circulaire sur 125m, à l’endroit où elle longe la façade ouest de la Bourse de commerce de Paris.

 

La Colonne des Astrologues et la malédiction de Saint-Germain.

La colonne des astrologuesA la rue de Viarmes on trouve une étrange colonne de 31 mètres de haut et dotée d’un escalier intérieur de 147 marches qui conduit au sommet. On la nomme « Colonne des Astrologues » ou encore, « colonne Médicis ». En voici l’origine : Catherine de Médicis « chargea Philibert Delorme d’édifier le bâtiment principal, et Jean Bullant de la construction d’un observatoire astronomique situé à l’intérieur de l’hôtel, dans l’encoignure d’une cour. On accédait à l’observatoire par une porte donnant dans l’appartement de la reine. Un escalier à vis de cent quarante-sept marches, éclairé par d’étroites meurtrières, débouchait sur le chapiteau par une ouverture carrée de soixante-quinze centimètres de côté. » (Guide de Paris mystérieux, p.737). C’est au sommet de ce monument, que l’astrologue Cosme Ruggieri établissait les horoscopes de la reine Catherine de Médicis et de ses fils. En 1572, il avertit la reine qu’elle mourrait « près de Saint-Germain ». Mais de quel Saint-Germain pouvait-il bien s’agir ? L’esprit supposément « clairvoyant » de Ruggieri ne permit pas de le déterminer. Aussi, comme le palais des Tuileries dépendait de la paroisse de Saint-Germain l’Auxerrois, elle fit déloger les Filles-Pénitentes et y fit construire une résidence à l’emplacement de leur couvent. En outre, Catherine de Médicis évita de se rendre à son château de Saint-Germain-en-Laye et, plus généralement, se fit un devoir d’éviter, autant que faire se peut, tous les lieux portant le nom de Saint-Germain… Toutefois, en 1588, Catherine de Médicis tomba malade et se retira à Blois. Affaiblie, elle fit appeler un abbé afin qu’il lui donna les derniers sacrements. C’était le 15 janvier 1589. Comme elle ne le connaissait pas, elle lui demanda son nom et le jeune abbé répondit : « Julien de Saint-Germain, Madame ». Et dans un souffle la rein dit : « Alors je suis perdue ». De fait, Catherine de Médicis expira quelques jours plus tard. Catherine de Médicis, comme nombre de puissants de ce monde à travers les siècles, croyait en la vertu des astrologues. Ainsi, en 1552, s’adressa-t-elle à Luc Gauric, astrologue du pape Paul III, pour établir l’horoscope du roi Henri II. Le texte divinatoire qui lui parvint précisait que le roi devait se garder de tout combat singulier en champ clos (un duel, donc), notamment aux environs de sa 41ème année. De fait, à cette époque de sa vie, prétendait l’astrologue, Henri II était menacé d’une blessure à la tête qui pouvait entraîner rapidement la cécité ou la mort. Catherine, très effrayée par ces prédictions, s’empressa de faire appel aux plus célèbres astrologues de l’époque pour vérifier les dires de Gauric. En juillet 1555, Nostradamus fut mandé par la reine à Paris et devint, en mars de l’année suivante, à la mort de Gauric, le médecin-astrologue attitré de la Cour. On prétend que le quatrain XXXV des célèbres Centuries aurait permis de recouper les funestes prédictions de Gauric :

Le Lyon jeune, le vieux surmontera,

En champ bellique par singulière duelle,

Dans cage d’or les yeux lui crèvera,

Deux classes, une puis mourir de mort naturelle.

Aussi, lorsque le 30 juin 1559, Henri II fut mortellement blessé, lors d’un tournoi, par le capitaine de sa garde écossaise, le comte de Montgomery, on vit dans ce tragique fait divers la confirmation des prédictions de Nostradamus et de Gauric. De fait, Henri venait d’avoir quarante ans et il fut tué par un coup de lance à l’œil… Quant à Montgomery, bien que le roi l’ait absout de toute faute, il fut banni de la Cour de France et dut prendre la fuite en Angleterre, poursuivi par la haine de Catherine de Médicis. Lorsque Nostradamus quitta la Cour pour retourner en Provence, Cosme Ruggieri lui succéda. Après la mort de Ruggieri, en 1615, la colonne de l’hôtel de Soissons fut désaffectée.

De l’hôtel de Jean II à la Bourse de commerce.

bourse du commerceLa Colonne des Astrologues est ce qui subsiste d’un hôtel que Catherine de Médicis fit construire. En effet, c’est au lendemain de la mort du roi Henri II, en 1559 (1519-1559 / règne : 1547-1559), qu’elle fit raser l’hôtel des Tournelles (sis place des Vosges) et construire un nouvel hôtel sur l’actuelle rue de Viarmes. Plus précisément, c’est à l’emplacement de l’actuelle Bourse de Commerce de Paris, soit un bâtiment circulaire surmonté d’une coupole, que l’on situe approximativement l’hôtel que Jean II de Nesles y possédait au 13ème siècle. Les bâtiments passèrent en de nombreuses et prestigieuses mains avant d’être acquis par Catherine de Médicis en 1572. Ainsi, en 1494, Louis d’Orléans, qui devait accéder au trône sous le nom de Louis XII, décida-t-il de céder une partie de l’hôtel à la congrégation des Filles-Pénitentes. Et il perdit le reste, cinq ans plus tard, en jouant au piquet avec son chambellan Robert de Framezelles qui le revendit au couvent pour 2000 écus d’or. C’est entre 1574 et 1584 que Catherine de Médicis fit construire à cet emplacement par Jean Bullant, l’hôtel qu’elle souhaitait. Il fut complété, en 1611, par l’édification d’un portail que l’on doit à Salomon de Brosse. En 1601, l’hôtel fut vendu par les héritiers de Catherine de Médicis, puis acquis, ultérieurement, par Charles de Bourbon, duc de Soissons, qui le baptisa, tout naturellement « Hôtel de Soissons ». Quant à la colonne des Astrologues, elle fut désaffectée dès 1615, après la mort de Ruggieri. En 1720 fut établit dans cet hôtel, par le prince Victor Amédée de Savoie, qui était criblé de dettes, un tripot où l’on pouvait jouer au lansquenet et au pharaon. Toutefois, ruiné, le prince se vit dans l’obligation, en 1740, de vendre cette propriété à la prévôté de Paris qui détruisit les bâtiments en 1748. Selon une autre version, en 1748, à la mort du prince, ses créanciers obtinrent l’autorisation de démolir l’hôtel afin d’en vendre les matériaux. En outre, un certain Laurent Destouches –qui portait donc le même patronyme que le célèbre auteur Céline, alias Louis-Ferdinand Destouches !-, architecte de son état, acheta la tour pour 1800 livres et la revendit, pour la même somme, à la ville de Paris. Selon une autre version, la colonne fut vendue à un certain Louis Petit de Bachaumont qui en fit finalement don à la ville de Paris.  C’est entre 1763 et 1764, sous le règne de Louis XVI, que fut construit le bâtiment actuel pour le prévôt des marchands, Viarmes. Le bâtiment est l’œuvre de l’architecte Nicolas le Camus de Mézières. On y installa la Halle aux Blés. On envisagea également un moment de déplacer la colonne de Ruggieri pour la placer au centre de l’édifice, mais on renonça finalement à ce projet. Autour du bâtiment circulaire on traça une rue, soit l’actuelle rue de Viarmes. La coupole fut détruite par un incendie en 1802, puis reconstruite entre 1806 et 1811. Construite primitivement en fer et en cuivre, elle fut remplacée par des vitres. La Halle aux Blés fut à nouveau victime d’un incendie en 1854 et fut finalement fermée en 1873. Elle fut attribuée à la Chambre de commerce en 1885, qui le fit transformer en Bourse de commerce par Henri Blondel qui transforma fortement le bâtiment. L’ensemble fut inauguré en 1889 et la Ville de Paris le vendit à la Chambre de commerce, en 1949, pour un franc symbolique. La coupole et le décor sont classés monuments historiques depuis 1986. Le bâtiment fit l’objet d’une restauration en 1989.

Eric TIMMERMANS.

Sources : « Enigmes, Légendes et Mystères du Vieux Paris », Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006 / « Guide de Paris mystérieux », Les guides noirs, Editions Tchou Princesse, 1979.

 

 

La Palais Royal

Du Palais Cardinal au Palais Royal.

Palais royal

Le Palais Royal s’étend entre la rue de Montpensier et la rue de Valois, cette artère reliant la place du Palais Royal et la rue Saint-Honoré à la rue des Petits-Champs. Ce que l’on nomme le Palais Royal est en fait, à l’origine, le Palais Cardinal que se fit construire le cardinal de Richelieu. De ce passé cardinal il reste la galerie des Proues : de fait, Richelieu était également ministre de la marine ! A la mort du cardinal, le palais va prendre le nom de Palais Royal et devient la propriété de Louis XIII. Louis XIV en hérita et en fit don à son frère, le duc d’Orléans. Bien des années plus tard, Philippe d’Orléans –le futur Philippe-Egalité- , cousin désargenté de Louis XVI, fit construire des galeries à arcades (terminées en 1784) où pourraient s’établir les boutiques dont Philippe pourrait régulièrement tirer un loyer. Il semble que lesdites boutiques firent du Palais Royal, le lieu le plus animé de Paris et même un lieu de grande débauche…. De fait, plus de 400 prostituées s’y pressèrent bientôt ! Les voûtes de bois furent finalement remplacées par des voûtes en pierre que l’on doit à l’architecte Victor Louis. Les deux types d’arcades se sont vraisemblablement et assez logiquement côtoyées un moment, puisque Balzac nous apprend, dans ses illusions perdues, que les galeries de pierre appartenaient à des maisons privilégiées, tandis que les galeries de bois étaient vouées à la prostitution, un terrain public, ce qui était alors le « Palais » par excellence, c’est-à-dire un temple de la prostitution… Pour la petite histoire, on prétend que c’est à cet endroit que le jeune Bonaparte fit sa première conquête, de toute évidence plus féminine que militaire…

galerie de valoisLa galerie de Valois.

C’est au numéro 113 de cette galerie que l’on situe l’emplacement de l’ancienne brasserie La Cave de Février qui était jadis l’une des plus grandes maisons de jeu de Paris. On dit que devant cet établissement, une pancarte indiquait l’avertissement suivant : « Il est trois portes à cet antre, l’Espoir, la Folie et la Mort. C’est par la première qu’on entre et par les deux autres qu’on sort. » Le 20 janvier 1793, le député Michel Peletier de Saint-Fargeau, qui venait de voter la mort de Louis XVI, dînait à cet endroit. Un homme vint à lui, lui demanda s’il avait bien voté la mort du tyran. Saint-Fargeau lui répondit que, oui, assurément, il l’avait fait en son âme et conscience, sur quoi son interlocuteur, un certain Paris, dit-on, ancien garde du corps, tira son sabre et frappa mortellement Saint-Fargeau en pleine poitrine. Lors des funérailles, son corps fut placé, place Vendôme, sur le piédestal de la statue de Louis XVI, qui avait été abattue l’année précédente.On dit que le célèbre général Blücher, principal artisan de la défaite de Bonaparte à Waterloo, y perdit en une nuit, une véritable fortune. On dit aussi que les vainqueurs de Waterloo laissèrent sur la tapis vert du Palais-Royal, plus que la France eut à payer à l’époque comme indemnités de guerre !Durant la Restauration (1815-1830, règnes de Louis XVIII et de Charles X), les tripots et la prostitution rapportèrent donc beaucoup d’argent à la monarchie restaurée, et ce grâce aux locations. Toutefois, en 1830, lorsque Louis Philippe prit la succession de Charles X, le nouveau roi fit fermer les tripots et expulser les filles de joie. C’est au numéro 177 de la même galerie que l’on situe l’emplacement de l’ancienne coutellerie Badin où Charlotte Corday aurait acheté le couteau qui lui servit à assassiner Marat.En 1785, la grande attraction de la galerie de Valois « fut le Café Méchanique, où nul serveur n’apparaissait : le centre des tables était constitué par un monte-plat, où l’on déposait la commande. Peu après il revenait à la surface, garni de nombreux mets. » (Guide de Paris mystérieux, p.546). Toutefois, il faut croire qu’à l’époque le contact humain était encore souhaité et que l’on ne favorisait pas, aussi facilement que de nos jours, l’explosion du chômage, car passé l’engouement de la nouveauté, la maison fit faillite…

Galerie de MontpensierLa galerie Montpensier.

C’est aux numéros 57 à 60 de la galerie (ou péristyle) Montpensier que l’on situe l’emplacement de l’ancien café de Foy où, le 12 juillet 1789, Camille Desmoulins monta sur une chaise pour haranguer la foule lorsque l’on apprit que le ministre libéral Necker avait été renvoyé par le roi. A cette occasion, la foule envahit également le n°17 de la même galerie où, à cette époque, était installé le Cabinet des figures de cire tenu par un certain Curtius. La foule en sortit les bustes du duc d’Orléans et du ministre Necker.

 

Le canon méridien.

En 1786, fut installé près du théâtre du Palais-Royal, un petit canon méridien, visible aujourd’hui sur la pelouse sur du jardin ( ?). C’est un petit canon de bronze qui tonnait chaque jour à midi, pour rappeler à l’ordre les montres défaillantes !

Les duellistes.

Durant la Restauration, les jardins du Palais-Royal devint le centre incontesté de tous les défis et duels. Ils opposaient les bonapartistes et les libéraux, d’une part, et les royalistes, de l’autre. Les premiers se réunissaient au Café Lemblin (le général Cambronne, dit-on, y eut ses habitudes…), alors que les seconds se retrouvaient au Café de Valois. Il semble même que des épées de combat étaient placées sous les comptoirs des deux cafés belligérants. Pour un oui ou un non, on se précipitait donc l’épée à la main, rue de Montpensier ou rue de Valois, dans le but de « laver » tel ou tel « affront » dont on s’estimait la victime. Un marchand de la rue de Montpensier affirme ainsi avoir été réveillé à plus de vingt reprises, entre 1815 et 1820, par les bruits des armes et les râles d’agonie de l’un ou l’autre mourant…

Eric TIMMERMANS.

Sources : « Enigmes, légendes et mystères du Vieux Paris », Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides noirs, Editions Tchou Princesse, 1979.

 

 

Le Boulevard et la rue des Capucines

Le boulevard et la rue des Capucines – Bref historique.

boulevard des capucinesLe boulevard des Capucines est ouvert par lettres patentes de juillet 1676. Il est l’un des quatre grands boulevards parisiens qui, avec ceux de la Madeleine, des Italiens et de Montmartre, constituent une chaîne de boulevards s’étendant d’ouest en est. Pendant la Révolution, le boulevard des Capucins devient une partie du boulevard Cerutti. C’est en 1700 que la rue des Capucines (1er et 2e arrondissements) fut ouverte sur les anciens jardins de l’Hôtel de Luxembourg, pour prolonger la rue des Petits-Champs. On lui donna d’abord, en 1734, le nom de rue Neuve-des-Capucines et elle a gardé ce nom jusqu’en 1881. La rue et le boulevard des Capucines doivent leur nom au voisinage de l’ancien couvent des Capucines.

Le Couvent des Capucines.

couvent des capucinesDe 1633 à 1687, l’espace situé entre les rues Louis-le-Grand, Danielle-Cassanova, des Capucines et le boulevard des Capucines, fut occupé par une partie du marché aux chevaux évacué de la butte Saint-Roch, lors des travaux d’extension du Palais-Cardinal. En 1687, le marché fit place au couvent des Capucines, antérieurement installé au nord de la rue Saint-Honoré, Louis XIV ayant eu besoin de son emplacement pour la création de la partie occidentale de la place Vendôme. Les Capucines furent donc transférées, en 1688, dans leur nouveau couvent. Celui-ci, construit d’après les plans de François d’Orbay, fermait la place Vendôme, au nord, au-delà de la rue des Capucines. La chapelle de ce couvent était située à l’emplacement de la rue de la Paix, son entrée étant à hauteur du n°4. Le couvent des Capucines fut fermé en 1790 et la rue de la Paix, originellement appelée « rue Napoléon », fut tracée en 1806. Au fil des décennies qui suivirent la Révolution, des dépouilles de personnages illustres furent retrouvées sur le site de l’ancien couvent : celle de Louis de Vaudémont, femme d’Henri III et reine de France, à l’on devait le premier couvent des Capucines (Napoléon la fit transporter au Père-Lachaise d’où Louis XVIII la fit transférer dans la basilique de Saint-Denis), celles de Catherine de Joyeuse, de la duchesse de Mercoeur et de Louvois, également. La chapelle contenait aussi, dit-on, le corps de saint Ovide, dont le pape Alexandre VII avait fait don, en 1665, au duc de Créqui, ambassadeur à Rome, inhumé au même endroit. Inutile de dire que la présence supposée de saint Ovide dans le quartier finit par donner lieu, en 1764, à une foire annuelle qui se tenait sur la place Vendôme : la foire Saint-Ovide. En raison de son affluence, ont dû la transporter, en 1771, sur la place de la Concorde (ex-place Louis XIV). Autre défuntes illustres du couvent des Capucines : Mme de Pompadour et sa fille, Alexandrine Le Normand d’Etioles.

Lieux remarquables du boulevard des Capucines.

N°1 : Le Café napolitain qui se rendit célèbre par les journalistes, les écrivains et les acteurs qui le fréquentèrent.

N°2 : Emplacement de l’ancien hôtel Montmorency où s’établit ensuite le Théâtre du Vaudeville, fondé en 1791. On l’y édifia, à l’angle de la rue Chaussée-d’Antin (9e arr.), entre 1866 et 1868, et il ouvrit ses portes en 1869. En 1927, il céda la place au cinéma Paramount Opéra. Sa grande salle correspond aux fondations du grand salon de l’hôtel du 18e siècle, dont la façade en rotonde a été conservée.

N°8 : Offenbach y habita de 1876 à 1880, année de son décès.

N°10 : Aux environs de 1840, les hommes de lettres, les artistes et les grands bourgeois se retrouvaient au n°10 du boulevard des Capucines, à la Grange-aux-Belles.  Un salon y était réservé à la cour : nous sommes alors sous le règne de Louis-Philippe Ier. Alors que l’on construisait l’Opéra Garnier (voir notre texte « L’Opéra Garnier et son fantôme », Paris Fierté, 18 mars 2013), la Grange-aux-Belles faisait peau neuve et devint le Café de la Paix (1862). Eclairage au gaz, raffinement du décor, cuisine gastronomique et proximité du nouvel Opéra, permirent  au nouvel établissement de conquérir rapidement le cœur d’une clientèle de qualité : compositeurs, écrivains, artistes lyriques et danseuses s’y pressèrent bien vite. L’établissement se modernisa au fil des ans, le Café de la Paix fut inscrit aux monuments historiques en 1875.  Il sera rénové une nouvelle fois en 2002. L’adresse de l’établissement est aujourd’hui située au 5 rue de l’Opéra.

N°12 : Le Grand-Hôtel, édifié sur un ancien marais-potager.

N°14 : Hôtel Scribe. Emplacement de l’ancien Grand Café dont le « Salon Indien » accueillit, le 28 décembre 1895, les premières projections publiques de « photographie animée à l’aide du cinématographe, appareil inventé par les frères Lumière ». Seule une trentaine de personnes auraient fait le déplacement et la presse ne s’était même pas dérangée. Bref, ce fut un non-événements. Mais trois semaines plus tard, la recette du cinématographe s’élevait déjà à 2000 euros !

N°16-22 : Siège du journal L’Evénement, journal fondé par Victor Hugo.

N°24 : Mistinguett y habita de 1905 à 1956.

N°28 : Ancien emplacement, en 1889, des « montagnes russes », remplacée en 1893 par la salle de spectacle de l’Olympia, que l’on ne présente plus.

N°35 : C’est dans l’atelier de Gustave-Félix Tournachon, alias Nadar, caricaturiste, écrivain, pamphlétaire, photographe et aéronaute de son état, que se réunirent, dans les années 1860, les membres de la Société d’Encouragement pour la Navigation aérienne, fondée la même année, par Nadar lui-même cette société comptait nombre de célébrités, telles que Victor Hugo, George Sand, Offenbach, Alexandre Dumas et bien d’autres. Nombre de savants se rallièrent également à Nadar. Leur but ? La promotion du « plus lourd que l’air ». Ayant constaté que les ballons et montgolfières étaient par trop soumis au bon vouloir des vents et des intempéries, Nadar se fit l’avocat des « plus lourds que l’air » et de l’hélice.  « C’est l’hélice, qui entre dans l’air comme dans du bois, qui va nous emporter dans l’air ! ». L’Histoire devait, à terme, lui donner raison. Las, dans les années1860, l’aviation balbutiante était encore dépendante des ballons et ceux-ci, comme par vengeance, furent à l’origine de bien des déboires pour Nadar qui, pour prouver concrètement la valeur de ses théories, était bien obligé, à cette époque, d’user de ballons pour permettre le décollage de la nacelle. Après bien des essais et des expériences, la chute du ballon « Le Géant », le 18 octobre 1863, sonna le glas de l’aventure. Nadar vendit son ballon à une compagnie privée, lors de l’Exposition universelle de 1867. Pourtant, « malgré l’ironie du sort, une idée venait d’être publiquement énoncée, qui allait se révéler féconde. A sa manière, Nadar fut un véritable précurseur de l’aviation. » En avril 1874, quelques peintres –Renoir, Manet, Pissarro, Claude Monet-, qui devaient prendre le nom d’ « impressionnistes », exposèrent à cet endroit leurs premières toiles. L’une de celles-ci, que l’on doit à Claude Monet et qui est intitulée Boulevard des Capucines est aujourd’hui visible au musée des beaux-arts Pouchkine de Moscou.

Un mot sur Mistinguett.

mistinguettNous l’avons vu, Mistinguett habita le n°24 du boulevard des Capucines, de 1905 à 1956, année de son décès (5 janvier). De son vrai nom, Jeanne Florentine Bourgeois, Mistinguett naquit à Enghien-les-Bains, le 5 avril 1875, d’une mère couturière et d’un père journalier. Après avoir pris des cours de théâtre et de chant, elle débute sa carrière en 1885. Dans le train qui l’amène à Paris pour ses leçons de violon, elle fait la rencontre de Saint-Marcel, responsable de revue au Casino de Paris, qui l’engage pour lever le rideau. Elle se cherche quelques années durant, changeant plusieurs fois de nom de scène : Miss Helyett, Miss Tinguette, Mistinguette et, finalement, Mistinguett. Elle entre au Trianon-Concert en 1894. Jusqu’en 1914, elle alterne pièces de théâtre, revues et cinéma muet, expériences qui lui permettront de devenir la célèbre « Mistinguett » telle qu’on la connaît. Durant la première guerre mondiale, son amant, un certain Maurice Chevalier, est blessé au front et fait prisonnier en Allemagne. Dans le but de le faire libérer, elle propose ses services au général Gamelin qui l’utilise comme agent de renseignement. Elle soutirera de nombreux renseignements à l’ennemi et parvient à faire libérer Maurice Chevalier en 1916 grâce à ses relations avec le roi d’Espagne Alphonse XIII. De 1918 à 1925, elle sera la vedette incontestée du Casino de Paris, la miss des grandes revues qui fera accourir le tout Paris. Devenue une gloire nationale, elle chante « Ca c’est Paris » et « Mon homme ». Elle apparaît comme l’mage type de la Parisienne. Décédée en 1956, elle sera enterrée au cimetière de sa ville natale.

Lieux remarquables de la rue des Capucines.

N°1 : Correspond au n°1 de la place Vendôme.

N°7 : Ancien emplacement des écuries de la comtesse Louise-Marie-Adélaïde d’Orléans.

N°12 : Emplacement de l’hôtel qui servit de logement de fonction aux maires de Paris, Bailly et Pétion.

N°15 : En 1726, Tavenot construisit à cet endroit un hôtel pour le compte du fermier général Des Vieux. Cet hôtel entra en possession du Crédit Foncier, dès 1854.

N°s 16-18 : On situe un hôtel construit en 1745 par Louis Quirot pour le compte du très fortuné fermier général Fillon de Villemur.

N°s 17-19 : En 1726, Tavenot construisit à cet endroit un hôtel pour le compte d’un certain Castaignier, directeur de la Compagnie des Indes. Dès 1854, cet immeuble fut occupé par le Crédit Foncier.

N°s 22-24 : A cet endroit se situe l’emplacement de l’Hôtel de la Colonnade. Il est dit que Dupleix y mourut et que Bonaparte y logea (1793) lorsqu’il fut nommé général commandant de l’armée de l’Intérieur, après le combat devant l’église Saint-Roch. C’était également, dit-on, son domicile lorsqu’il se maria, en 1796. Sous l’Empire, cet hôtel appartint au maréchal Berthier, prince de Wagram (1807). L’Empereur d’Autriche y demeura aussi en 1814-1815. Ensuite, de 1820 à 1853, cet immeuble fut occupé par le ministère des Affaires étrangères, transféré au quai d’Orsay ultérieurement. Le 23 février 1848, c’est devant cet hôtel, sur le boulevard, que se déroulèrent les heurts qui opposèrent les Parisiens à un détachement du 14e régiment d’infanterie de ligne qui s’était déployé pour barrer ledit boulevard et assurer la protection du chef du gouvernement, François Guizot. Vers 21h, la foule voulut forcer le barrage et les soldats firent feu. On dénombra 35 morts et 50 blessés parmi les émeutiers. Ce fut là le déclenchement de la révolution de 1848 qui mit fin au règne de Louis-Philippe.

Eric TIMMERMANS.

Sources : « Connaissance du Vieux Paris – Rive Droite », J. Hillairet, Editions Princesse, 1951-1953-195, p. 216-218, 223-224 & 265-267 / « Guide de Paris mystérieux », Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1978, p. 191-197.

 

La rue du cherche-midi

La rue du Cherche-Midi.

La rue du cherche-midiLa rue du Cherche-Midi qui traverse les 6e et 15e arrondissements, s’étend du n°25 rue du Vieux-Colombier/place Michel Debré, à la place Camille-Claudel. Elle est le résultat de la réunion de trois rues, celles de la Vieille-Tuilerie et du Petit-Vaugirard, et d’une artère située entre la rue du Regard et le carrefour de la Croix-Rouge, et nommée jadis rue du Cherche-Midy (1595) et du Chasse-Midi (1628). La rue prit son nom actuel de rue du Cherche-Midi en 1832. On ne sait pas exactement pourquoi on lui a donné ce nom. Peut-être en raison de la présence, dans cette rue, d’une enseigne représentant un cadran solaire ou par référence à un Hôtel de la Chasse, jadis situé dans la rue du Dragon.

La rue du Cherche-Midi par numéros.

N°s 2 à 12 : Ancien couvent des Prémontrés dont l’église fut le siège de la section de la Croix-Rouge (Bonnet rouge, puis Bonnet de la liberté, durant la Révolution).

N°18 : Hôtel de Marsilly. Charles-Joseph Lambrechts (ministre de la Justice de 1797 à 1799) y demeura. Il rédigea notamment l’acte de déchéance de Napoléon.

N°35 (ancienne numérotation) : C’est là que le 27 mars 1832, vers 2h du matin, mourut Antoine Fabre d’Olivet, à l’âge de 56 ans. Personnage mystérieux, il a la réputation d’avoir été un « grand initié ». De fait, tout au long de sa vie, il s’intéressa beaucoup à l’occulte. Il étudia le latin, le grec, l’hébreu et le sanscrit. Il inventa le culte maçonnique de la « Céleste culture » (qui se rattachait aux mystères d’Eleusis) et fonda un culte secret, syncrétisme de polythéisme et de monothéisme. On dit aussi qu’il pratiqua la « haute magie » dans un templum consacré, dans son appartement. Sa mort ne fut pas moins mystérieuse que le personnage lui-même. On sait qu’un poignard mit fin à son existence mais l’identité de l’assassin qui le mania reste inconnue. Fut-ce un suicide ? Quelqu’un avait-il une raison de l’assassiner ? Ou, comme aiment à le penser d’aucuns (sans rire), une entité surnaturelle est-elle venu mettre un terme aux recherches de cet homme qui avait peut-être percé trop de mystères occultes ? Mystère, mystère, donc…

N°37 : A l’emplacement du n°37, au coin de la rue du Regard, se trouvait, avant 1907, l’hôtel des Conseils de Guerre et la maison de Justice Militaire. L’hôtel disparut avec le percement du boulevard Raspail. En 1796, il fut occupé par le citoyen Gaston Rosnay, banquier, économiste, inventeur et philanthrope de son état. Il fonda à cet emplacement un « Gymnase de bienfaisance ». Pour ce faire, notre généreux inventeur acquit l’immeuble du Cherche-Midi, en septembre 1796, pour la somme de 205.528 francs, qu’accessoirement il négligea de payer… Le 6 floréal An VII, le contrat de Rosnay était annulé, ses créanciers perdaient leurs droits sur l’immeuble et Rosnay fut condamné à dix jours de prison et à 500 francs d’amende pour avoir tenté d’escroquer la fortune de plusieurs citoyens… Ce fut la fin du Gymnase de bienfaisance.

N°38 : A partir de 1800, emplacement de la prison militaire du Cherche-Midi où furent jugés le général Malet, après sa tentative de coup d’Etat contre Napoléon (1812), les insurgés de juin 1848 et le capitaine Dreyfus (décembre 1894).

N°39 : Demeure des parents d’Adèle Foucher, lors de son mariage avec Victor Hugo, en 1822. C’est là que le célèbre écrivain donna la lecture de son Cromwell, le 12 février 1827.

N°40 : Hôtel de Rochambeau qui tient son nom du commandant des troupes françaises de soutien aux insurgés américains. Il fut l’un des artisans de la victoire de Yorktown qui mit fin à la guerre d’indépendance américaine.

N°44 : Demeure de Dominique Joseph Garat, successeur de Danton au ministère de la Justice. Il prononça l’arrêt de mort de Louis XVI en 1793. Egalement demeure d’enfance de Victor Hugo (à l’époque rue des Vieilles-Tuileries n°2). Il vécut là en 1813 avec sa mère et ses deux frères. A partir de 1820, demeure de l’abbé Grégoire, chef de l’Eglise constitutionnelle durant la Révolution. Il y mourut en 1831. Ancien pompe à eau, dans la cour, à gauche.

N°s 85-87 : Hôtel de Montmorency-Bours, dit également « petit hôtel de Montmorency ». Au numéro 87, une plaque indique l’emplacement du borne-fontaine alimentée, en 1847, par les eaux du canal de l’Ourcq.

N°s 88 à 92 : Chapelle de la maison mère de la congrégation de la Mission.

N°89 : Grand Hôtel de Montmorency. En 1808, demeure du maréchal Lefebvre et de son épouse, Madame Sans-Gêne.

N°95 : Hôtel de Chambon. Acheté par Gérard Depardieu en 1994.

N°103 : Au début des années 1950, on y notait la présence d’une statuette de Notre-Dame dans sa niche.

N°112 : Emplacement de l’ancienne clôture du Cherche-Midi, poste d’octroi installé sous Louis XV, en 1765., et remplacé juste avant la Révolution par le mur des Fermiers généraux.

La rue du Cherche-Midi dans la Traversée de Paris.

La traversée de ParisDu célèbre film de Claude Autant-Lara, La Traversée de Paris (1956), inspiré d’une nouvelle de Marcel Aymé, Traversée de Paris (1947), on se souvient généralement de la tirade vocale de Jean Gabin, alias l’artiste-peintre Grandgil, dans la cave de l’épicier Jambier (Louis de Funès). A la suite de cet épisode haut en couleur, ledit Grandgil et le chauffeur de taxi au chômage, Marcel Martin (Bourvil), s’en vont livrer de l’autre côté de la ville, quatre valises bourrées de morceaux d’un cochon fraîchement découpé. Une occasion pour Grandgil de découvrir la réalité du marché noir sous l’Occupation. Las, à la suite de nombreuses péripéties et arrivés à bon port, nos deux compères se font arrêter par une patrouille allemande. Pour comble de malheur, on apprend qu’un officier allemand a été abattu par la Résistance et que tous les hommes en état d’arrestation doivent être rassemblés et emmenés, de toute évidence en vue d’une exécution menée en représailles de l’attentat perpétré contre l’officier précité. Nombre de noms de rues de Paris sont cités durant tout le film et notamment celui de la rue du Cherche-Midi, notamment crié par Bourvil au moment de la rafle, épisode qui se situe vers la fin du film, entre 01:11:25 et 01:13:27.

Eric TIMMERMANS.

Sources : Connaissance du Vieux Paris, J. Hillairet, Rive Gauche et les Îles, 1953, p. 183 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides Noirs – Editions Tchou Princesse, 1978, p. 233-234..

 

L’Abbe Adam des vaux-de-cernay

Cernay-la-Ville.

Fontaine saint-thibaudCernay-la-Ville est une commune située dans le département des Yvelines, en région francilienne (40 km au sud-ouest de Paris). On peut la rejoindre par la D906, entre Rambouillet et Chevreuse, le village de Cernay étant inclus dans le parc naturel régional de la haute vallée de Chevreuse. Il est également situé à proximité de la limite nord-est de la forêt domaniale de Rambouillet. Cernay a peut-être des origines celtiques, vu qu’il est probable que l’on y ait exploité ou travaillé le fer dès l’époque de La Tène. De fait, le nom même de Cernay viendrait d’du gaulois Isarnacon (réduit ensuite à Sarnacon), du préfixe Isarnon « fer » et du suffixe –acon (terme localisant), d’où « lieu où il y a du fer ».Le toponyme de Cernay est attesté, dès l’an 768, sous la forme Sarnetum. Cernay compte aujourd’hui moins de 1700 habitants : des recensements de la population de cette commune sont effectués depuis 1793. Du point de vue du patrimoine, elle possède l’église Saint-Brice, dont le transept et la base du clocher sont du 13e siècle. Et il en est de même pour la statue en chêne de saint Brice. Le 16e siècle nous a laissé la nef et les bas-côtés, de même qu’une pierre tombale à deux effigies. Le grand Christ de bois date lui du 17e siècle. Mais c’est l’ancienne abbaye des Vaux-de-Cernay qui constitue le principal attrait de ce coin d’Île-de-France.  C’est d’ailleurs pour la distinguer clairement de celle-ci que la petite agglomération de Cernay se vit adjoindre « la Ville ». Dans la seconde moitié du 19e siècle, des peintres parisiens découvrirent Cernay-la-Ville et fréquentèrent assidument l’auberge de la mère Anguier dont les murs furent bientôt tapissés d’études offertes par les clients parmi lesquels on cite Pierre Véron, Dameron, Pelouse et Cormon, parmi bien d’autres. Au début du 20e siècle, un certain père Avril était le propriétaire de l’hôtel de la Poste et il avait une chanson publicitaire que l’on fredonnait sur l’air d’Auprès de ma blonde :

A Cernay-la-Ville µ

Qu’il fait bon, fait bon, fait bon

A Cernay-la-Ville

Qu’il fait bon venir.

I.

Pour faire une fredaine}

Le Parisien malin           } bis

Promène sa bedaine

Dans ce pays divin. (au refrain)

II.

En folles ribambelles}

Les peintres éblouis  } bis

S’y moqu’nt avec leurs belles

Des microb’s de Paris. (au refrain)

III. A l’hôtel de la Poste}

Chez le gros père Avril} bis

La gaieté vous accoste

Et vous tap’ su’ l’nombril. (au refrain).

Sept couplet se succédaient ainsi, évoquant des « rôtis cuits su’l’gril » et autres « poulets et poissons d’Avril », l’absence de punaises dans les lits, les amusements les plus divers, etc.

L’abbaye des Vaux-de-Cernay.

Abbaye des vaux de cernayL’abbaye des Vaux-de-Cernay fut fondée en 1118 par un groupe de moines de la congrégation normande de Savigny, dont la maison mère se trouve près d’Avranches. Le site sur lequel elle fut édifiée fut offert par le connétable Simon, seigneur de Neauphle-le-Château, et Eve, son épouse. En 1147, avec l’ensemble des abbaye de cette congrégation, l’abbaye des Vaux-de-Cernay fut rattachée à Cîteaux. Elle connaît une période  de grande prospérité au 12e et 13e siècles. L’un de ses moines, Pierre des Vaux de Cernay fut le chroniqueur des croisés lors de la croisade contre les Albigeois. Au 15e siècle, au lendemain de la Guerre de Cent Ans, les bâtiments sont abandonnés. L’abbaye sera toutefois entièrement restaurée dans le courant des 17e et 18e siècles…et définitivement abandonnée à la Révolution. En 1791, les biens mobiliers et immobiliers de l’abbaye sont vendus comme biens nationaux. Quant aux bâtiments, ils sont utilisés comme carrière de pierres et tombent progressivement en ruine. En 1873, c’est finalement à la baronne Charlotte de Rothschild, fille de James de Rothschild, que l’on devra la reconstitution et la restauration du domaine.  Elle fait notamment relever les bâtiments. A sa mort, en 1899, son petit-fils Henri de Rothschild héritera du domaine. A la mort de ce dernier, en 1946, le domaine est Felix Amiot, un constructeur d’avions qui y installe ses bureaux d’études. A la fin des années 1960, on notait encore la présence de plusieurs pierres tumulaires dans ce qui restait de l’église abbatiale. Parmi elles, celle de saint Thibaud de Marly, mort le 8 décembre 1247. Son corps fit l’objet de plusieurs translations, avant de se trouver enchâssé dans la nef de l’église. Jadis, on observait une grande dévotion aux fêtes de la Pentecôte, et une fontaine portant le nom du saint, dont on dit qu’il vit un jour la Vierge durant son sommeil, se trouve dans le jardin du monastère. En 1988, le domaine est racheté par le groupe Savry, alors dirigé par Philippe Savry. Ce groupe est spécialisé dans l’installation d’hôtels dans des bâtiments historiques. Il transforme ainsi l’ancienne abbaye des Vaux-de-Cernay en un hôtel-restaurant qui ouvrira ses portes en 1989. Le 4 janvier 1994, l’abbaye est finalement classée au titre des monuments historiques.

L’abbé Adam et ses démons…

Nous sommes au temps du roi Philippe le Bel, célèbre liquidateur de l’Ordre du Temple. En ce temps-là, l’abbé de l’abbaye des Vaux-de-Cernay portait le nom d’Adam. Un jour, alors qu’accompagné d’un seul serviteur et après avoir visité l’une des métairies de l’abbaye, il battait la campagne , l’abbé Adam fit la rencontre du Diable sous de multiples formes ! Ainsi le Prince de ce monde lui apparut-il sous l’aspect d’un arbre blanc de frimas qui s’avançait vers lui : l’arbre poursuivit cependant son chemin, laissant derrière lui une odeur de soufre. L’abbé eut beau faire son signe de croix et invoquer la Vierge, Satan reparut à nouveau, cette fois sous l’apparence d’un cavalier noir et furieux. Dans ce cas aussi, Satan passa son chemin, pas contrariant le Diable ! Mais Adam ne lui en asséna pas moins un coup sous le choc duquel le Diable se transforma en un petit moine encapuchonné et armé d’une épée que les divers signes de croix de notre abbé rendirent bien vite inoffensive ! Mais le démon revint visiter Adam, sous la forme d’un porc, puis d’un âne. Exaspéré, l’abbé Adam traça un cercle en pierre et figura une croix au centre, puis somma le Diable d’y entrer. Celui-ci s’exécuta, non sans avoir changé ses longues oreilles d’âne…en cornes ! Là, notre abbé l’injuria d’abondance et le Diable, vexé, se changea en tonneau, roula dans la campagne, puis revint sous la forme d’une roue de charrette qui passa sur le ventre de l’abbé…sans lui faire le moindre mal. Le roue diabolique poursuivit son chemin et disparut…

Eric TIMMERMANS.

Sources : Guide l’Île-de-France mystérieuse, Les Guides noirs – Tchou Editeur, 1969, p.232-236 / Le grand Légendaire de France – Démons et Sorciers, les créatures du Diable, Marie-Charlotte Delmas, Omnibus, 2007, p. 105-106.

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