Contes et légendes de Dourdan (Essonne)
Dourdan anecdotique et légendaire.
Rex Dordanus.
Jadis, vivait dans les alentours de Dourdan, au lieu-dit Sainte-Mesme (ou Saincte-Mesmes), un seigneur païen nommé Rex Dordanus. A-t-il donné son nom à la localité après l’avoir fait bâtir ou est-ce, au contraire, de Dourdan que ledit Rex Dordanus, la légende ne le dit pas. Soit. Quoiqu’il en soit, ce seigneur avait une fille nommée Mesme qui, secrètement, s’était convertie au christianisme. Habituellement, elle se retirait et priait discrètement près d’une fontaine. Mais un jour, son père apprit la vérité et il chargea Mesmin, le frère de Mesme, de la décapiter. Celui-ci s’exécuta. Toutefois, plus tard, ayant reconnu sa faute et s’étant converti, il se retira à son tour dans la forêt, près d’une fontaine, où il fit pénitence.
L’initiation des rois.
Durant un millénaire environ, les rois de France se rendirent à Dourdan, de toute évidence pour s’y livrer au plaisir de la chasse. Mais l’humain n’aime pas se contenter des explications les plus simples. Aussi a-t-on envisagé, une fois encore, que la vérité était forcément ailleurs, et que les rois se rendaient jadis au château de Dourdan, théâtre d’étranges entrevues secrètes, afin de recevoir un genre d’initiation destinées à les instruire de « certains mystères » intéressant les origines et la permanence de leur pouvoir.
Les Templiers et la pierre de Dourdan.
Il y a quelques décennies, des fouilles bien peu scientifiques furent entreprises et permirent, dit-on, de mettre à jour « un puits sur lequel donnait peut-être une porte pivotante à trois éléments où l’on a voulu voir un « piège à eau ». Certains ont cru trouver là l’origine du vieux proverbe local : « Qui touche à la pierre de Dourdan périt par l’eau », et voulut y reconnaître, bien entendu, la main des templiers. » (Guide de l’Île-de-France mystérieuse, p. 413).
Les reliques de saint Etienne.
Il est dit qu’en 1567, durant les guerres de religion, les reliques de saint Etienne furent jetées par les huguenots dans les fossés du château de Dourdan. Ainsi, selon une tradition qui se perpétua aux 17e et 18e s., on croyait que tous ceux qui tombait accidentellement dans ces fossés étaient préservés, malgré leur chute, de mort ou même de blessure.
Renard le Brigand.
Durant les années 1760, une bande de voleurs et d’assassins menée par un certain Renard –à ne pas confondre avec le poète-aventurier Regnard dont il sera question plus loin !- terrorisait la région de Dourdan. Ils portaient les noms de Parisien-Bancal, Tournetalon, Va-de-Bon-Cœur, Le Lapin, Dur-à-Duire, et la maréchaussée de Dourdan semblait bien impuissante à mettre un terme à leurs nombreux méfaits. Toutefois, le 19 janvier 1764, Renard et trente-six de ses comparses furent capturés et chargés de chaînes. On les enferma dans une tour du château où ils furent soumis à la question. Mais le 21 juillet suivant, à la grande terreur de tous, on apprit que Renard et ses brigands avaient rompu leurs chaînes et qu’ils s’étaient révoltés ! Renard mit le feu aux portes et, suivi de ses hommes, s’évada. Il fallut attendre près de deux ans pour le voir finalement exécuté, en mars 1766, avec six hommes de sa bande. Sur la place du Marché, ils furent torturés, eurent leurs membres brisés et se virent exposés sur la roue, jusqu’à ce que mort s’ensuive. D’autres de ses hommes furent capturés et condamnés, mais cela n’empêcha pas la bande de se reconstituer dans la forêt de Montargis et de poursuivre ses méfaits jusqu’au 30 octobre 1800, date à laquelle la guillotine de Chartres coupa les vingt-et-une têtes des derniers bandits.
Jean-François Regnard, poète et aventurier.
En septembre 1909, Dourdan organisa des célébrations en faveur de Jean-François Regnard et éleva en son honneur un monument dont la pierre tumulaire se trouve derrière le maître-autel de l’église Saint-Germain. Regnard naquit le 7 février 1655, en l’église Saint-Eustache, à Paris. Aux 18e et 19e s. il est considéré comme le meilleur poète comique français après Molière. Voltaire aurait même dit que « qui ne se plait pas avec Regnard n’est pas digne d’admirer Molière. » Poète, grand jouisseur, il fut aussi voyageur et aventurier. Ainsi le retrouve-t-on d’abord en Italie, poursuivant de ses assiduités, à Bologne, une femme mariée avec laquelle il s’embarqua sur un navire dont des corsaires algériens s’emparèrent, avant de vendre les passagers comme esclaves à Alger ! Le mari de la belle était également, faut-il le dire, de ceux-ci. On dit que Regnard entra dans les bonnes grâces de son maître, Achtem Talem, par ses talents culinaires. Le consul de France à Alger finit par le faire libérer, lui, son valet de chambre et la belle Elvire, que son mari devait toutefois rejoindre à Paris peu de temps après, au grand désespoir de notre poète. Celui-ci noya son chagrin amoureux dans le voyage. En 1681, via la Flandre, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède, il rallie la Laponie. Il rentre ensuite à Paris, en traversant la Pologne, la Hongrie et l’Allemagne. En 1683, définitivement guéri, par ses nombreux voyages, du jeu et de sa passion pour Elvire. Il décide de se fixer. Il vit entre Paris et Dourdan où il a fait l’acquisition, en 1699, du château de Grillon, jadis situé aux portes de la ville, et achète les charges de lieutenant des Eaux et Forêts et des Chasses. A Dourdan, on le voyait au bras non pas d’une mais de deux maîtresses, des plus belles et des plus spirituelles qui soient. Regnard voulut finalement épouser l’une d’elle, mais son père préféra la marier à un vieillard richissime nommé Le Cornu de la Boissière. Notre poète-aventurier mourut-il de chagrin, comme le prétend Voltaire, d’une indigestion qui le fit suffoquer ou d’une fièvre attrapée lors d’une chasse, nous ne le savons. Quoiqu’il en soit, il trépassa en son château de Grillon le 4 septembre 1709 et fut inhumé dans la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Germain-d’Auxerre de Dourdan. Durant la Révolution, sa tombe fut profanée et ses ossements dispersés : « Des enfants jouèrent avec les ossements ; les grands avec les longs tibias ; les petits eurent peur d’un beau crâne qui montrait toutes ses dents et auquel adhérait une épaisse et longue chevelure. Un mauvais garnement, pour les taquiner, les poursuivit en traînant le crâne par les cheveux jusque sur le perron du portail. Là, rebondissant de marche en marche, le crâne se brisa et se mêla par morceaux aux décombres amassés. C’était la tête de Regnard. » (Guide de l’Île-de-France mystérieuse, p. 414-415).
Un mot sur Dourdan.
Situé à environ une cinquantaine de kilomètres au sud de Paris, Dourdan, une commune de 9.000 habitants, fut jadis la capitale du pays de Hurepoix. Situé à mi-chemin entre Paris et Chartres, le site de Dourdan fut vraisemblablement occupé dès le 4e millénaire avant l’ère chrétienne. Bien plus tard, on envisage une probable implantation celtique à laquelle succéda, après la conquête romaine, une cité gallo-romaine qui devint un grand centre de fabrication de poteries (on a découvert des fours à porterie en divers points de la ville) dont la renommée devait se maintenir plusieurs siècles. Dourdan compte également, dans ses environs immédiats, plusieurs vestiges de villas romaines. Ainsi, dans les ruines gallo-romaines de Sainte-Mesme (4,5 km à l’ouest de Dourdan) croit-on parfois reconnaître le berceau de la ville. Dourdan fut rattaché au royaume des Francs au 6e siècle et, au 8e siècle, une église fut fondée par Bertrade de Laon, mère de Charlemagne. Au cours du 10e siècle, un château fut édifié dans lequel, dit-on, mourut Hughes le Grand (898-956) et naquit Hughes Capet (939/941-996). La dynastie capétienne serait donc née à Dourdan et le village devint terre de la Couronne. Un nouveau château fut construit au 13e siècle (1220) par Philippe Auguste (1165-1223). « Il s’agissait d’une importante forteresse avec enceinte carrée percée d’une poterne encadrée de deux tours. Huit tours défendaient les angles et les côtés, la tour de l’angle nord formant donjon, avec puits, moulin à bras et issue souterraine. Un pont basculant le faisait communiquer au château. » (Guide l’Île-de-France mystérieuse, p. 413). L’église, quant à elle, fut plusieurs fois ravagée durant la Guerre de Cent Ans, les guerres de religions et à la Révolution. Le tragique de l’histoire de Dourdan s’explique largement par sa position, au seuil de la Beauce, dans une vallée et à proximité de la capitale. Dourdan était un grenier, un centre d’approvisionnement particulièrement convoité. En outre, dans le courant des 17e et 18e s., la ville était comparativement bien plus importante qu’elle ne le paraît aujourd’hui : « Elle était chef-lieu d’une élection, d’une prévôté, d’un bailliage, d’une maîtrise des Eaux et Forêts et d’une maréchaussée. Elle comprenait deux paroisses, Saint-Germain et Saint-Pierre, une communauté de filles et deux prieurés d’hommes. » (Guide de l’Île-de-France mystérieuse, p. 414) Le 24 août 1806, Napoléon Ier et l’impératrice Joséphine visitèrent la commune. En 1961, la commune de Dourdan racheta le château et le fit classer monument historique trois ans plus tard. Quant à l’église de Dourdan, dédiée à Saint-Germain d’Auxerre, elle est située dans le centre de la localité, face au château. Le 1er janvier 1968, après le démembrement de la Seine-et-Oise, Dourdan fut intégré dans un nouveau département : l’Essonne.
Eric TIMMERMANS.
Sources : Guide de l’Île-de-France, Les Guides Noirs, Tchou Editeur, 1968, p. 411-418.
Les diables de Montsouris
L’invocation du Diable par César.
Le parc de Montsouris fut réalisé à l’emplacement des anciennes carrières du même nom. Si ces carrières servaient jadis aux contrebandiers, elles attiraient également les réunions d’organisations secrètes, de même que quelques charlatans, tel que le pseudo-sorcier César qui se faisait fort de montrer le Diable aux dupes qui acceptaient de le payer. Certains visiteurs prenaient la fuite après quelques incantations marmottées par César, d’autres, plus téméraires, attendaient de voir la suite du spectacle, comprenant bruits de chaîne et apparitions de « chiens infernaux », d’autres encore, sans doute un peu fous, devaient faire la connaissance des « diables » eux-mêmes, à savoir des complices de César déguisés, qui flanquaient une bonne raclée et une grande frousse au visiteur trop audacieux, afin de lui faire passer l’envie de revenir un jour avec l’imprudente intention de voir le Maître des Ténèbres en personne… Mais le manège de César dans les carrières de Montsouris fut un jour découvert et l’infortuné « montreur de diables » finit ses jours à la Bastille. C’était en 1615.
Le spectre de Montsouris.
Il est dit aussi qu’un fantôme hantait jadis les carrières de Montsouris. Cet être, doué d’une extrême agilité, errait seul et sans lumière, dans les immenses couloirs souterrains. Certains prétendirent même l’avoir rencontré en 1777. On disait aussi que son apparition signifiait la mort : ceux qui le rencontraient étaient certains, disait-on, de trépasser dans l’année ou, à tout le moins, de perdre un être cher.
Un repaire de contrebandiers.
Faut-il le préciser, ces rumeurs diaboliques n’avaient rien d’innocentes. De fait, à l’instar des carrières des Buttes-Chaumont, celles de Montsouris avaient bien mauvaise réputation, mais l’on peut penser que celle-ci était savamment entretenue par les contrebandiers de toute espèce qui connaissaient très bien les itinéraires souterrains et les utilisaient pour introduire leurs marchandises dans Paris qui était alors entouré d’un mur d’enceinte dit « des Fermiers Généraux ». Ce trafic perdura jusqu’en 1777, date à laquelle fut fondé le service de l’Inspection des Carrières dont les employés assurèrent désormais une surveillance permanente des galeries. Les contrebandiers tentèrent alors de contourner l’obstacle en creusant de longs boyaux entre le toit des carrières et le sol des boulevards extérieurs, et ce afin d’atteindre directement les caves des maisons situées de chaque côté du mur d’octroi. On a retrouvé des traces de ce labeur de taupes en 1903 (rue Casimir) et en 1906 (rue Fustel-de-Coulanges). On a également retrouvé une de ces galeries qui, vers 1815, partait de l’ancien n°23 du boulevard de la Glacière. Celle-ci permettait de franchir le mur et de déboucher à l’intérieur de Paris, dans une cave du n°26 du boulevard Saint-Jacques.
Un mot sur le parc Montsouris.
Le parc Montsouris est un jardin public situé dans le quartier du même nom, dans le 14e arrondissement. Ce parc à l’anglaise, aménagé au 19e siècle, est le pendant méridional du parc des Buttes-Chaumont. Il s’étend sur 15 ha. Situé entre les portes de Gentilly et d’Arcueil, il est délimité, au sud, par le boulevard Jourdan. Le parc Montsouris est imaginé au Second Empire, dans le cadre d’une politique visant à offrir aux Parisiens des espaces verts implantés aux quatre points cardinaux de la ville : bois de Boulogne (Ouest), Buttes-Chaumont (Nord), bois de Vincennes (Est) et parc Montsouris (Sud). C’est Hausmann qui décidera de sa réalisation en 1860 et le parc sera inauguré en 1869 (même si les travaux se poursuivront jusqu’en 1878). En 1871, lors de la Commune, le parc fut le théâtre de combats. On y trouve une station météorologique (l’observatoire y fut fondé, en 1872, par Charles Sainte-Claire Deville). Ce centre réalise aujourd’hui les prévisions pour Paris et la petite couronne. A noter aussi que le méridien de Paris traverse le parc Montsouris. Achevée en 1806, cette œuvre haute de quatre mètres est appelée la « mire du Sud » ou « mire de l’Observatoire » (elle était jadis placée dans le jardin de l’Observatoire de Paris).
Eric TIMMERMANS.
Sources : Guide de Paris mystérieux, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1978, p. 291-292.
Le domaine des Gobelins
La Manufacture des Gobelins, un repaire de lutins laborieux ?

La teinturerie de la famille Gobelin.
Le nom de Gobelin ne résulte nullement d’un éventuel passage intempestif de lutins dans ce quartier, mais s’inspire du nom d’un ouvrier en laine réputé, du 15e siècle, nommé Jehan Gobelin, originaire de Reims ou de Flandre. La première mention du nom de Gobelin date du mois d’août 1443, lorsque Jehan prit à loyer une maison de la rue Mouffetard « A l’enseigne du cygne » (d’autres sources évoquent le n°17 de la rue des Gobelins). La maison de Jehan donnait par derrière sur la Bièvre qui, à cette époque, coulait à l’air libre. C’est là qu’il installa son atelier de teinture qui s’étendit à des maisons du voisinage et acquit bientôt une grande réputation pour ses rouges à l’écarlate. A la mort de Jehan, en 1476, et durant un siècle et demi, sa descendance –« les Gobelins », donc : Jehan eut, il faut le dire, 13 enfants- ne cessera d’accroître cette excellente réputation, au point d’éclipser les autres teintureries. Les Gobelin ayant fait le choix d’autres voies professionnelles, d’autres teinturiers en écarlate, les Canaye, leur succédèrent. Ils résidaient encore au même endroit, en 1539.
La Manufacture Royale.
En avril 1601, la tapisserie « façon des Flandres » fait son apparition lorsqu’Henri IV décide de créer la manufacture, dans « une grande maison ou antiennement se faisoit teinture ». Les tapissiers flamands Marc de Comans et François de la Planche s’y établirent. Leurs fils leur succédèrent. L’atelier de teinture fut officiellement organisé par Colbert, en 1665, et, en 1667, il prit officiellement le nom de « Manufacture Royale des meubles et des tapisseries de la Couronne » et accueillit des artisans de tous ordres. Tout ce qui y était fabriqué appartenait au roi et servait à décorer les Maisons Royales. Depuis 1690, la célébrité de la Manufacture des Gobelins, consacrée désormais exclusivement à la tapisserie, n’a cessé de croître. De la manufacture du 17e siècle, il ne reste aujourd’hui que les bâtiments aux grands corps de cheminée qui longe la rue Berbier-des-Mets (ex-ruelle des Gobelins) ; la chapelle (classée) dont le chevet fait saillie sur cette rue ; deux inscriptions en mémoire, pour l’une, de Jean et Philibert Gobelin, pour l’autre, de Marc de Comans et de Francis de la Planche ; et, à l’intérieur, quelques métiers à tisser datant de l’époque de Colbert.
Du 17e siècle à nos jours.
Le 23 mai 1871, lors de la Commune, la Manufacture de la Savonnerie (atelier de tapis), installée en 1826 dans l’enclos des Gobelins, est partiellement incendiée. Elle sera reconstruite en 1914. Rattachée à l’administration du Mobilier national en 1937, la Manufacture Nationale des Gobelins tisse toujours des tapisseries pour décorer des édifices publics en faisant appel à de nombreux artistes, de Paul Cézane à Fernand Léger. A la fin des années 1970, la galerie de la Manufacture fut rénovée afin de retrouver sa mission d’origine d’espace d’expositions. Elle a été rouverte au public, le 12 mai 2007.

Des lutins travailleurs ?
Cela, c’est ce que dit l’Histoire, mais le démonologue Jacques Collin De Plancy, donne une autre version de cette origine du nom des Gobelins. Il pensait, lui, que les Gobelins, cette espèce de farfadets, sont à l’origine du nom de la manufacture : « Plus aimables sont les Gobelins, lutins domestiques qui se retirent dans les endroits les plus cachés des maisons parisiennes… On dit que la manufacture des Gobelins doit son nom à un de ces lutins qui, dans l’origine, venait travailler avec les ouvriers et leur apprendre à faire de beaux tapis. » (p. 354-355). De fait, selon la légende, ce sont les Gobelins qui ont transmis à quelques ouvriers, le secret des riches couleurs des tapisseries qui firent la renommée de l’établissement ! La mise au pluriel du nom de la famille des Gobelin(s) est sans doute à l’origine de cette légende…
Un mot sur l’avenue, la rue et l’ancienne ruelle des Gobelins.
L’avenue des Gobelins.
L’avenue des Gobelins est le prolongement de la rue Mouffetard au sud de la Bièvre. Peu après le franchissement de la Bièvre, on a trouvé à son début, soit dans les alentours des n°s 11, 12bis, 14 et 16, des tombes d’une nécropole chrétienne. Le principal intérêt historique de cette rue très commerçante qui se termine à la place d’Italie est, sans conteste, la Manufacture nationale des Gobelins dont nous avons déjà parlé.
La rue des Gobelins.
La rue des Gobelins se nommait jadis la rue de la Bièvre (ou de Bièvre). Elle prit son nom actuel en 1636. A noter, au numéro 19, une maison datant de la fin du 15e siècle ou du début du 16e. Jadis, les n°s 17 et 19 auraient fait partie d’une même propriété comprenant, d’une part, une teinturerie (n°17), ce qui pourrait corroborer la thèse de l’installation primitive de Jehan Gobelin à cet endroit, et, d’autre part, une maison d’habitation (n°19), qui, dit-on, aurait pu être la Folie-Goubelin qu’évoque Rabelais dans Pantagruel. Le n°17 est aussi l’adresse de l’Hôtel de la Reine Blanche. L’hôtel primitif aurait été détruit en 1404 après le drame du Bal des Ardents (voir ci-dessous). Il était vraisemblablement situé dans l’actuelle rue de la Reine-Blanche. Il sera reconstruit à la fin du 15e siècle (1480) et remplacé par celui dont on peut encore voir les vestiges de nos jours aux n°17-19 de la rue des Gobelins. Les familles des Gobelin et des Canaye, teinturiers de leur état, s’y seraient installés par la suite. L’Hôtel de la Reine-Blanche a été restauré du 18e siècle.
L’ancienne ruelle des Gobelins.
L’ancienne ruelle des Gobelins porte aujourd’hui le nom, et ce depuis 1935, de rue Berbier-du-Mets, du nom de Gédéon Berbier du Mets (1626-1709), premier intendant général du Garde-Meuble de la Couronne, ancêtre du Mobilier national abrité par un bâtiment construit en 1936. La rue a été tracée sur l’ancien lit de la Bièvre. Elle longe l’arrière de la Manufacture des Gobelins et l’on peut y voir, faisant saillie, un pan de l’ancienne chapelle des Gobelins, aujourd’hui classée. On y trouve également l’arrière du château de la reine Blanche.
La Reine Blanche et le Bal des Ardents.
L’Hôtel de Blanche de France ou de Blanche de Bourgogne ?
Blanche de France (1253-1320/2), fille de Saint-Louis et de Marguerite de Provence, veuve du roi, auraient habité une maison voisine du couvent des Cordelières. Celle-ci aurait été située au fond de la cour de l’actuel n°17 de la rue des Gobelins. De fait, après son mariage, en 1268, avec Ferdinand de Castille, qui devait décéder en 1275, à l’âge de vingt ans, Blanche prit le voile dans ce couvent où elle mourut en 1320 ou 1322. Cela reste toutefois plus qu’hypothétique. En fait, ce que l’on nomme encore aujourd’hui l’Hôtel de la Reine Blanche, fut habité par Alix de Méranie, comtesse de Savoie, morte en 1279, et par sa petite-fille, Blanche de Bourgogne, épouse de Charles IV le Bel, morte en 1329 (ou 1328).
Le Bal des Ardents.
La tradition populaire du charivari se perd dans la nuit des temps. Jusqu’à la moitié du 20e siècle, environ, il était de coutume d’organiser un charivari à l’occasion d’un mariage jugé anormal ou contre des personnes contrevenant à certaines règles sociales, liées à la sexualité : remariage d’une veuve, mariage d’une femme avec un homme plus jeune, mariage d’une femme trop âgée que pour avoir des enfants, contre la fille-mère, contre un ménage dans lequel la femme « portait la culotte », etc. Lire à ce sujet l’excellent ouvrage d’Henri Rey-Flaud, « Le Charivari – Les rituels fondamentaux de la sexualité » (Payot, 1985). Cette manifestation pouvait être plus ou moins festive ou violente, selon les cas. Ainsi, le 28 janvier 1393, Isabeau de Bavière décida de donner un bal à l’occasion du remariage d’une de ses dames d’honneur, Catherine de Hainserville. Mais, nous l’avons dit, le remariage d’une veuve devait, selon la coutume, être le sujet d’un charivari. Le roi Charles VI eut l’idée de se déguiser en « homme sauvage » avec cinq de ses gentilshommes. Tous revêtirent les costumes les plus extravagants, enduits de poix et recouvert de plumes et d’étoupe. Et ainsi, firent-ils leur entrée dans la salle de bal. Las, le duc d’Orléans, frère du roi, tentant de savoir lequel de ces sauvages était Charles VI, approcha un flambeau de l’un des comparses dont le vêtement prit immédiatement feu. Comme ils étaient enchaînés les uns aux autres, l’incendie se propagea très rapidement. Le roi fut sauvé de justesse par l’intervention de sa jeune sœur, la duchesse de Berry, qui l’enveloppa de son manteau, tandis que le sire de Nantouillet sauvait sa vie en se délivrant de sa chaîne et en se précipitant dans une énorme cuve remplie d’eau. C’est ce que l’on nomme le Bal des ardents. On a voulu replacer cet événement dans le cadre du Séjour d’Orléans ou de l’Hôtel Saint-Paul, mais il semble qu’il se soit bien produit dans l’Hôtel de la Reine-Blanche. Celui-ci, primitivement établi rue de la Reine-Blanche, fut démoli en 1404, avant d’être reconstruit à la fin du 15e siècle, de l’autre côté de l’avenue des Gobelins, et remplacé par celui dont on peut encore voir les vestiges de nos jours aux n°s 17-19 de la rue des Gobelins.
La rue de la Reine Blanche.
Cette rue, tracée en 1393, doit son nom à l’hôtel du même nom. C’est là qu’était vraisemblablement établi primitivement l’Hôtel de la Reine-Blanche, qui fut le théâtre du Bal des ardents, et qui fut reconstruit vers 1480, dans la rue des Gobelins. Au n°16 de cette rue vécut Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur du célèbre roman Paul et Virginie (1786).
Eric TIMMERMANS.
Sources : Connaissance du Vieux Paris – Rive Gauche, J. Hillairet, Editions Princesse, 1951-1953-1954, 124, 135-138 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1978, p. 354-355.
Coulommiers anecdotique et légendaire
Sainte Foy de Coulommiers.
Le martyre de sainte Foy.
Le culte de Foy d’Agen fut implanté à Coulommiers au 11e siècle par des religieux de Conques qui venaient y occuper un monastère fondé par Thibaut Ier, en 1080. Foy serait née en 290 dans une riche famille gallo-romaine. De confession chrétienne, elle comparaît, en 303, devant le tribunal de Dacien, proconsul romain durant le règne de l’empereur Maximien. Le 6 octobre de la même année, à Agen, à l’âge de treize ans, Foy est cuite sur un lit d’airain, puis décapitée. Ses sœurs et nombre de chrétiens de la ville partageront son sort. Elle n’était guère connue hors d’Agen, jusqu’en ce jour de 866 au cours duquel un moine de Conques s’empara de ses reliques pour les déposer dans a propre abbaye de Conques, dans le Rouergue. Plus vraisemblablement, les ossements de la sainte auront été mis à l’abri dans ladite abbaye, pour les préserver des invasions normandes : à cette époque les Vikings dévastaient les bords de la Garonne. Quoiqu’il en soit, l’abbaye de Conques, elle, connut dès lors une grande prospérité, d’autant qu’elle se trouvait sur l’une des principales routes de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, la Via Podiensis. Et c’est donc vers 1080, que des religieux de Conques vinrent s’établir à Coulommiers.
De Saint-Denis à Sainte-Foy.
Au centre de Coulommiers, existait jadis une église dédiée à saint Denis. Selon certaines sources, elle aurait été édifiée au 12e siècle, mais peut-être est-elle d’implantation plus ancienne, cela a, semble-t-il, toujours fait débat. Elle fut successivement église collégiale, puis paroissiale, et répondit au besoin du culte des siècles durant. Mais le 7 décembre 1516, elle s’effondra partiellement. Elle sera renforcée, mais ne retrouvera jamais son lustre d’antan. En 1882, présentant une menace pour la sécurité des fidèles, comme pour celle des passants, elle fut en partie abattue. On décida dès lors la construction d’une nouvelle église dédiée à saint Denis et à sainte Foy. Cette église fut érigée à l’emplacement de l’ancien cimetière et consacrée le 16 juillet 1911, autant dire que le sort de l’ancienne église Saint-Denis était scellé. Malgré une importante mobilisation d’une partie des habitants, les travaux de démolition commencèrent en 1968. Il ne reste plus aujourd’hui de cet ancien édifice roman que quelques vestiges (chapiteaux, statues) sauvés de justesse par des particuliers. Ils sont aujourd’hui conservés à la Commanderie des Templiers de Coulommiers et au musée municipal des Capucins.
Le culte de sainte Foy à Coulommiers.
Une seconde église, dédiée à sainte Foy, fut érigée à l’extrémité orientale de Coulommiers, lorsqu’en 1080, les religieux de Conques vinrent s’établir dans le monastère fondé par Thibaut Ier. Bientôt Saint-Denis cessa d’être une collégiale et devint la cure de Coulommiers. Quant à l’église Sainte-Foy, elle attira un grand nombre de fidèles, alors qu’un pèlerinage s’organisait autour d’elle. De 1406 à 1471, on signale quinze guérisons miraculeuses attribuées à l’intercession de sainte Foy, quinze aveugles ayant, dit-on, recouvré la vue. Autant dire que l’église obtint d’importants privilèges. Pourtant, les reliques supposées de sainte Foy, à savoir un fragment du bras dans un tube de cristal, une statuette de la sainte, copie de celle de Conques contenant dans les chaussures quelques parcelles de reliques, un fragment de son suaire, ne furent apportées de l’abbaye de Conques en l’église Sainte-Foy de Coulommiers que le 4 mai 1523. Les pèlerins qui se rendaient au prieuré vénéraient également des reliques de saint Arnoult, saint Fiacre, saint Eloi, saint Jean-Baptiste, saint André, des cheveux de sainte Marie-Madeleine et des fragments de suaire du Christ et de la Vierge. Le prieur de Sainte-Foy nommait à la cure de Coulommiers dont il était le curé primitif. La sécularisation de l’abbaye de Conques au 16e siècle, entraîna celle du prieuré de Sainte-Foy. Le couvent de Sainte-Foy fut démoli sous la Révolution. Au cours des décennies suivantes, l’église Saint-Denis se détériora lentement mais sûrement, avant d’être définitivement détruite en 1968. Mais il fallut attendre le 16 juillet 1911 pour que soit consacrée par l’évêque de Meaux, une nouvelle église de style néo-roman dédiée à sainte Foy et à saint Denis, et édifiée sur un ancien cimetière (départ de l’avenue de Rebais). Les vitraux modernes intègrent des fragments des vitraux de l’ancienne église Saint-Denis. De même, le clocher abrite un bourdon de 1500 kilos, baptisé « Louise-Elizabeth » et transféré de l’église Saint-Denis en 1911.
Le tombeau du curé Rihouëy-Desnoyers.
Le curé de Rihouëy-Desnoyers mourut en 1782. Il fut inhumé à l’endroit où se situait le cimetière sur lequel dut édifiée la nouvelle église Saint-Denis-Sainte-Foy. Son tombeau attira de nombreux pèlerins et l’on dit qu’un an après son inhumation, le saint curé passa la main à travers le sol ! Les femmes venaient sur sa tombe pour avoir des enfants, les perclus pour être guéris, les enfants tardifs ou « noués », pour être revigorés ou « redressés ». A la moitié du 19e siècle, la croix qui signalait la sépulture était couverte de liens et de rubans de diverses couleurs, laissés là comme autant de vœux. Mais depuis son transfert au caveau des prêtres du nouveau cimetière, le pèlerinage au tombeau du curé Desnoyers est totalement tombé en désuétude.
Le noueur d’aiguillette.
Deux époux ensorcelés.
Nous sommes à Coulommiers, le 15 juin de l’an de grâce 1582. Un nommé Jean Moureau, armurier de son état, avait épousé la veille, Fare Fleuriot. Fare l’avait sans hésitation préféré à son rival, Abel de la Rue, réduit au métier de savetier, et que l’on surnommait le Casseur, en raison de sa mauvaise conduite notoire. Ce choix n’avait pas été sans susciter la jalousie d’Abel, d’autant que Jean Moureau était homme à se réjouir sans ménagement de son succès sur ses rivaux. Alors que les jeunes époux, insouciants, se réjouissaient de convoler en justes noces, certains les mirent en garde : Abel de la Rue commerçait avec le Démon et il est certain qu’il chercherait à se venger, peut-être en jetant un sort ! Or, au lendemain de leur mariage, le 15 juin 1582 donc, la maison des jeunes époux se trouva endeuillée et pleine de tristesse : le mariage n’avait point été consommé ou du moins, les deux époux, si amoureux la veille, ne sentaient plus l’un pour l’autre qu’éloignement. Le second jour, l’éloignement devint antipathie. Le troisième jour, l’antipathie se changea en aversion. La nouvelle se répandit bien vite dans Coulommiers et on en déduisit bien vite qu’un quelconque ennemi leur avait jeté un sort, leur avait noué l’aiguillette. Pudiquement dit, on croyait aux 16e et 17e s., que ce maléfice rendait les époux repoussants l’un pour l’autre, mais plus généralement, le très imagé « nouage d’aiguillette » est à mettre en rapport avec l’impuissance masculine…
Le pacte avec Satan.
Il n’en fallut pas moins pour que les jeunes époux se crurent autorisés à déposer plainte auprès de Messire Nicolas Quatre-Sols, lieutenant civil et criminel au bailliage de Coulommiers qui fit comparaître Abel de la Rue devant lui, celui-ci apparaissant comme le principal suspect dans cette affaire. Abel clama son innocence, aussi trouva-t-on judicieux, pour le faire parler, de le jeter dans un cachot, mais comme le lendemain, le bougre n’avouait toujours pas, on lui appliqua la question et, aussitôt, il déclara qu’il allait se confesser. Alors qu’il était encore un petit enfant, il fut placé par sa mère au couvent des Cordeliers de Meaux. Mais un jour, le maître des novices, un certain frère Caillet, l’ayant corrigé, il décida de se venger. Peu de temps après, un chien noir devait lui apparaître et le guider vers la librairie du couvent où le jeune Abel découvrit un grimoire. A peine l’avait-il ouvert qu’un homme long, mince, effroyable, vêtu d’une longue robe noire, dont les pieds étaient ceux d’une vache et sentant le soufre, lui apparut. Cet être, qui n’était autre que le Diable, enleva Abel et le transporta sur le toit de la salle de justice de Meaux. Il se présenta sous le nom de maître Rigoux. Abel lui confia son désir de fuir le couvent, puis se retrouva dans la librairie, le grimoire à ses pieds. Les religieux le surprirent et lui reprochèrent d’avoir lu le grimoire, puis ils prièrent pour le salut de son âme. Mais maître Rigoux vint chercher Abel pour le conduire à un berger-sorcier du nom de maître Pierre. A l’avent de Noël 1575, Abel, maître Pierre et maître Rigoux enfourchèrent un balai pour se rendre à un sabbat qui se tenait dans une plaine herbeuse située dans les environs de l’abbaye de Rebais. Beaucoup de gens y étaient réunis, aussi bien des vivants que des morts (notamment une sorcière qui avait été pendue à Lagny). Parvenu au cœur de la satanique assemblée, maître Rigoux se changea en un grand bouc noir et attendit que ses disciples lui rendent hommage. Lorsque ce fut le tour d’Abel, le Diable lui demanda ce qu’il voulait. Ayant émis le souhait de pouvoir jeter des sorts contre ses ennemis, le grand bouc lui indiqua le berger, maître Pierre, comme pouvant mieux qu’un autre lui enseigner cette science diabolique. Ainsi fut fait.
Abel, le noueur d’aiguillette.
C’est donc du fait de son pacte avec Satan, qu’Abel de la Rue était devenu un jeteur de sorts, un noueur d’aiguillette. Il avoua avoir fait usage de ce don maléfique à plusieurs reprises, et notamment contre les époux Moureau. On ordonna son retour au cachot. Le soir même, l’aversion qui était née entre Fare et Jean s’évanouit complètement. Le 6 juillet 1582, le noueur d’aiguillette Abel de la Rue fut condamné à être brûlé vif, mais, ayant fait appel auprès du parlement de Paris, il fut finalement condamné, le 20 juillet, à être pendu et étranglé à une potence dressée sur le marché de Coulommiers, le corps du sorcier devant être brûlé après sa mort. La sentence fut exécutée par le maître des hautes-œuvres de la ville de Meaux, le 23 juillet 1582.
(Jacques Auguste Simon Collin de Plancy – Dictionnaire des sciences occultes…ou Répertoire universel des êtres, des personnages, des livres…qui tiennent aux apparitions, aux divinations, à la magie…, Paris, Ateliers catholiques du Petit-Montrouge, 1846-1848).
Notre-Dame des Dimanches.
C’est au nord de Coulommiers, en montant vers le hameau de Montanglaust, par la route de La-Ferté-sous-Jouarre, que l’on rencontre sur la droite, une petite chapelle néo-gothique (rue Jehan de Brie, une artère située non loin de la commanderie des Templiers), élevée, certes, en 1867, mais qui abrite encore une ancienne Vierge, à savoir une statue de Notre-Dame des Vignes, également connue sous le nom de Notre-Dame des Dimanches, qui provient de l’ancienne église Saint-Denis. Selon la légende, la construction de cette chapelle résulterait d’un vœu prononcé par un occultiste nommé Gouguenaud de Mousseaux. Alors qu’il se promenait dans les vignes des environs, le bonhomme aurait été assailli par le Diable lui-même ! Notre occultiste n’avait eu alors d’autre choix que d’arracher un cep de vigne et d’en user pour se défendre. Mais alors qu’il était sur le point de succomber sous les coups de son infernal adversaire, il invoqua la Vierge et fit le vœu de lui dédier une chapelle, ce qui le sauva. Longtemps l’on a pu voir accroché au mur de cette chapelle, à gauche de l’autel, le fameux cep défensif ! En 1985, une association viticole –l’association viticole des Coteaux Briards- a repris la culture de la vigne et honore depuis la chapelle à l’occasion de la fête coopérative des vignerons, le 22 janvier, jour de la Saint-Vincent. Madame Lecointre, dernière propriétaire de la chapelle, en fit don à la ville de Coulommiers, en 1986.
Sainte Marguerite de Pontmoulin.
A l’est de Coulommiers, dans le hameau de Pontmoulin et dans la rue du même nom, on trouve une ancienne chapelle dédiée à sainte Marguerite, patronne des femmes en couches. Edifiée en 1220, la chapelle abrite l’une des plus anciennes cloches de la région, ayant échappé à la Révolution, de même qu’une statue polychrome de la sainte. Jusqu’au début du 20e siècle, un pèlerinage s’y déroulait le 20 juillet, attirant toute la jeunesse de la région. A cette occasion se déroulait une étrange cérémonie : la statue de sainte Marguerite était revêtue de voiles blancs et couronnées de roses, et les jeunes filles piquaient une épingle dans le socle de la statue. Au début du 20e siècle, elles tournaient le dos à la statue et jetaient une épingle par-dessus l’épaule ; si ladite épingle allait se ficher dans la robe de la sainte, cela annonçait un mariage dans l’année. Aujourd’hui, le 20 juillet, quelques fidèles se rassemblent encore dans la chapelle et dans le petit jardin attenant, malgré que sainte Marguerite soit désormais fêtée le 16 novembre.
La Commanderie des Templiers de Coulommiers.
La construction de la Commanderie des Templiers de Coulommiers a commencé en 1173, suite à une donation du comte Henri palatin de Troyes. Sa principale activité était la culture de céréales (froment, avoine). Mais au siècle suivant, Thibaud IV, comte de Champagne (1201-1253), prit ombrage de la puissance templière, à tel point qu’il demanda au roi Louis IX d’interdire aux Templiers d’acheter des biens sans autorisation du comte. Ce qui fut accepté. Aussi, lors de l’arrestation des Templiers en octobre 1307, ne restait-il que quatre frères dans la commanderie. Celle-ci fut finalement cédée aux Hospitaliers sur ordre du pape. Ils y entreprirent d’importants travaux au 16e siècle. La commanderie fut ensuite vendue comme bien national, en 1791, sous la Révolution, et fut transformée en exploitation agricole par son propriétaire d’alors, un fermier nommé Pierre Josse. Sous le nom de « Ferme de l’Hôpital », elle fut affectée à ce seul usage durant plus d’un siècle et demi. En 1966, les autorités communales de l’époque voulurent raser l’ancienne commanderie pour construire des HLM (on imagine ce que serait devenue la commune depuis, si un tel projet avait pu être mené à bien !), mais bien heureusement, elle fut sauvée de la démolition par une mobilisation importante de la population locale. La Commanderie des Templiers de Coulommiers est aujourd’hui la dernière commanderie complète pour la France du nord de la Loire. Elle est régulièrement restaurée depuis 1966 par des bénévoles lors de chantiers internationaux, dans le cadre de l’Union REMPART. Elle a été classée comme Monument historique en 1994.
Le château de la duchesse de Longueville et le couvent des Capucins.
Le plus célèbre jardin public de Coulommiers est sans conteste le parc des Capucins. A cet endroit s’élevait jadis un château fort qui joua un grand rôle durant la guerre de Cent-Ans, de même que durant les guerres de religions. Il fut reconstruit au 17e siècle par la duchesse de Longueville, Catherine de Gonzague, mais il ne reste plus aujourd’hui de ce château, détruit au 18e siècle par le duc de Luyne, que les pavillons des gardes et quelques rares vestiges. On trouve également dans ce parc la chapelle des Capucins, aujourd’hui intégrée dans l’église Notre-Dame des Anges, qui fut construite en même temps que le château du 17e siècle. La première pierre de cette chapelle fut posée le 19 avril 1617, en présence de Catherine de Gonzague, et finalement consacrée le 13 juillet 1625. La chapelle, jadis associée à l’ancien couvent des Capucins, abrite aujourd’hui les collections archéologiques du musée municipal de Coulommiers. Divers édifices de Coulommiers furent détruits à travers les âges, soit le couvent Sainte-Foy (détruit sous la Révolution), la caserne Beaurepaire (qui occupait l’emplacement de l’actuelle gendarmerie) et la Halle-aux-Veaux (qui se situait à l’emplacement de l’actuelle place du 27 août).
Une statue d’Isis rue du Général-de-Gaulle.
C’est en octobre 1952 qu’au n°27 de la rue du Général-de-Gaulle fut exhumée une statuette en terre cuite représentant la déesse égyptienne Isis. Dans ses mains jointes, elle tient un objet qui, pour les uns, et un instrument de chirurgie, et selon d’autres, un germe de blé. La statuette d’inspiration égyptienne mais de style gallo-romain, est haute d’une dizaine de centimètres.
Le Coulommiers, fromage de la Brie.
Impossible d’évoquer Coulommiers sans évoquer également son patrimoine gastronomique et, plus précisément, le fromage de Coulommiers qui est l’un des fromages de la Brie. Le 24 juin 1887, on entama la construction d’une Halle aux Fromages, héritière des marchés aux formages qui se déroulaient à cet endroit et qui étaient principalement destinés aux fromages de Brie, dont le Coulommiers.
Un mot sur Coulommiers.
Les origines controversées de Coulommiers.
Coulommiers est une commune située dans la région francilienne de Seine-et-Marne. On nomme ses habitants les Columériens. Localisé au cœur de la Brie, sur les bords de la rivière du Grand Morin (qui s’y divise en plusieurs bras), Coulommiers est situé à 60 km à l’est de Paris. Pontmoulin, devenu la rue Pontmoulin, est l’un des principaux hameaux de Coulommiers. Coulommiers est un site très anciennement peuplé, comme en témoignent deux sépultures néolithiques découvertes : celle des Murs-Blancs et celle des Brodards. L’origine de la ville fait débat, mais on y a retrouvé une implantation romaine. Ainsi les troupes romaines y avaient-elles établi un camp retranché vraisemblablement doté d’un important colombier qui aurait donné son nom à la localité (de « Castrum Columbarium », château colombier, une tour garnies de pigeons, puis ensuite Colombarius, Collomiers, Coulommiers). La question est de savoir si le site était occupé par des populations celtiques, avant le passage des armées de César, ou si ce sont justement celles-ci qui ont fondé la cité. Une question qui, selon toute vraisemblance, ne pourrait être tranchée que par l’archéologie. Une enceinte aurait ainsi été élevée sous le règne de l’empereur Antonin (138-161), en 155 (906, selon le calendrier romain). Une seconde clôture aurait été édifiée par Clovis, mais cela aussi fait l’objet de débats. En fait, jusqu’à sa possession par les comtes de Champagne et Brie, en 920, les origines de la ville restent obscures.
Une sous-préfecture de Coulommiers (920-1926).
Ainsi les premiers comtes de Troyes et de Meaux, nommés par la suite comtes de Champagne et de Brie, possédaient-ils Coulommiers dans leur domaine. Ils y venaient dans le château des Salles qui devait devenir plus tard le couvent des religieuses de la congrégation de Notre-Dame-de-la-Paix. En 1080, le comte Thibault Ier dota la localité d’un prieuré qui allait bientôt, comme nous l’avons dit, être occupé par des religieux de Conques. Ledit prieuré occupait l’emplacement où l’on trouve aujourd’hui le palais de justice, la gendarmerie, l’ex-sous-préfecture et la place Beaurepaire. Cette partie de la ville est nommée le Montcel. En 1172, le comte Thibault II étendit son domaine dans la partie sud -alors que la localité s’était jusqu’ici étendue dans la partie est- en faisant creuser un canal nommé le brasset des Tanneurs. L’industrie de la tannerie devait constituer, sept siècles durant, la seule richesse commerciale du pays. La région de Coulommiers eut à souffrir de la guerre de Cent Ans. Ainsi les Anglais assiégèrent-ils et pillèrent-ils la localité, en 1430, mais ils furent finalement chassés par les habitants. Passèrent les guerres de religions. A la mort de son mari, tué par un coup d’arquebuse en entrant dans Doullens, le 20 avril 1595, la duchesse de Longueville fit construire un château qui fut détruit quelques décennies plus tard et dont il ne reste plus que quelques rares vestiges. Survint la Révolution au cours de laquelle fut notamment détruit le couvent de Sainte-Foy. Les Anglais revinrent en 1914, mais cette fois pour défendre la ville contre les Allemands, ils durent toutefois se retirer sous la pression de l’ennemi, le 4 septembre. C’est le 10 septembre 1926 que l’arrondissement de Coulommiers fut supprimé, suite au décret Poincaré. La localité devint alors un chef-lieu d’arrondissement. Au dernier recensement effectué par l’INSEE, en 2009, la commune comptait 14163 habitants.
Eric TIMMERMANS.
Sources : Guide de l’Île-de-France mystérieuse, Les Guides Noirs – Editions Tchou, 1969, p. 377-380 / Démons et Sorciers – Les créateurs du diable, Le noueur d’aiguillette, Marie-Charlotte Delmas, Omnibus, p. 107-112.
Le petit homme rouge des Tuileries
Le fantôme des Tuileries.
Jean l’Ecorcheur.
Un fantôme a longtemps hanté les Tuileries : celui de Jean dit l’Ecorcheur, qui vécut au temps de Catherine de Médicis. Lorsque celle-ci décida, en 1564, d’établir aux Tuileries le jardin qui porte aujourd’hui son nom, Jean l’Ecorcheur travaillait dans l’abattoir qui était situé à cet endroit. A cette époque, à la place du futur château, il n’y avait « qu’une petite résidence royale, cadeau de François Ier à sa mère, une sablonnière, des hangars où, depuis longtemps, on fabriquait des tuiles, et un abattoir où Jean, aidé de ses deux fils, exerçait paisiblement son métier. » (Guide de Paris mystérieux, p.713). Or, Jean avait découvert, dit-on, certains secrets de la reine mère. C’est ce que lui précisa avant de le tuer, son meurtrier, un certain Neuville. Mais au moment d’expirer, Jean aurait promis qu’il reviendrait d’entre les morts… Et il ne tarda pas à tenir sa promesse : alors que Neuville s’en retournait pour rendre compte de l’accomplissement de sa mission à la reine, il sentit derrière lui comme une présence. Il se retourna brusquement et découvrit, non sans stupeur, Jean qui se tenait là, debout, trempé de sang. Neuville sortit son épée et voulut en frapper le spectre sanguinolent, mais l’arme ne rencontra que le vide et le fantôme de Jean s’évanouit. Neuville retourna sur le lieu de son forfait d’où le corps de Jean avait disparu. Seule restait une flaque de sang. Lorsqu’il raconta son histoire à Catherine de Médicis, celle-ci en rit.
Catherine de Médicis face au spectre écarlate.
Mais quelques jours plus tard, son astrologue, Cosmes Ruggieri, lui apprit qu’ayant eu à travailler sur son thème astral, de même que sur celui de son fils, il avait vu apparaître dans son cabinet, un brouillard rouge d’où surgirent des formes humaines (sans doute les victimes protestantes de la Saint-Barthélémy !) puis qui prit les contours d’un homme, d’un spectre écarlate. Avant de disparaître, celui-ci apprit à l’astrologue qu’il connaissait l’avenir des Tuileries, de même que celui, généralement funeste, de ses occupants. Il ajouta qu’il chasserait la reine du palais des Tuileries et que celle-ci mourrait « près de Saint-Germain »… Catherine de Médicis, troublée, voulut se retirer dans ses appartements, lorsque surgit de la pénombre le spectre écarlate de Jean l’Ecorcheur. Le cri de terreur de la reine fit accourir ses suivantes à qui elle confia d’emblée de quitter au plus vite les Tuileries.
La vision de Marie-Antoinette.
Il semble que l’Homme Rouge ne fit plus parler de lui jusqu’au règne de Louis XVI (1754-1793). Les Parisiens avaient ramené de force Louis XVI et la famille royale, de Versailles aux Tuileries. Un soir, la lectrice de Marie-Antoinette, Madame de Campan, laissa la reine seule quelques instants. Lorsqu’elle revint, Marie-Antoinette était blanche comme un linge et déclara qu’elle avait vu un nuage rouge sang se former et qu’un homme en avait surgi avant de disparaître. La reine rapprocha sa vision de celle d’un certain Jean Lerouge qui, quelques jours plus tôt, avait porté au bout d’une pique le cœur d’un veau associé à l’inscription « cœur d’aristocrate »… On sait ce qu’il advint par la suite.
Ascension et déchéance d’un Empereur.
C’est aux Tuileries que le vainqueur de Toulon (1793) devait poser l’acte qui allait le propulser à la tête de la Nation française. Profitant des dissensions républicaines, 40.000 royalistes voulurent marcher sur les Tuileries. La Convention, épouvantée, chercha un sauveur et le trouva en la personne de Napoléon Bonaparte. Celui-ci, dit-on, hésitait encore entre le camp républicain et le camp royaliste. Ce dernier commit toutefois l’erreur de le mésestimer en ne lui proposant que de l’argent et non la reconnaissance qu’un poste ou des titres lui auraient conférés. On le trouva enfin après de frénétiques recherches. Après avoir fait chercher les canons remisés aux Sablons, il courut aussitôt aux Tuileries, qu’il transforma en camp retranché. Les royalistes avaient massé leurs troupes rue Saint-Honoré et rue Saint-Roch. De là, le 13 Vendémiaire an IV (5 octobre 1795), ils lancèrent la charge et furent massacrés par les canons que le jeune officier d’artillerie Bonaparte avait judicieusement fait bourrer de mitraille. Les royalistes laissèrent des centaines d’hommes sur le terrain et le « général Vendémiaire », comme on appela alors Bonaparte, devint un héros national. Mais si les Tuileries lui furent favorables lorsqu’il n’était encore qu’un simple général d’artillerie issu de la roture, elles ne lui réservèrent que l’aveu d’un mauvais présage lorsque durant les Cent-Jours il voulut retrouver son trône impérial. Ainsi, affirme la légende, en 1815, peu de temps avant la bataille de Waterloo (18 juin), Napoléon, assis dans un fauteuil de son cabinet de travail du Palais des Tuileries, sentit comme une torpeur s’emparer de lui, puis vit un brouillard rouge se former devant lui. De celui-ci surgit un homme qui aussitôt disparut. Cet homme portait un bonnet de laine semblable au bonnet phrygien. Quelques jours plus tard, la Garde mourut sans se rendre et l’Empereur alla se perdre à Sainte-Hélène.
La mort annoncée de Louis XVIII.
Aux Tuileries, Louis XVIII (1755-1824) succéda à Napoléon. Il confia au comte d’Artois qu’il avait senti sa tête s’alourdir avant de voir apparaître un nuage dont un homme couleur de sang sortit avant de se dissoudre. Le monarque devait mourir quelques jours plus tard.
Dans les flammes de la Commune.
Les communards furent semblent-ils les derniers à avoir vu le spectre de Jean l’Ecorcheur. En 1871, alors qu’ils venaient de bouter le feu au château des Tuileries et qu’ils contemplaient l’incendie, ils virent apparaître dans les flammes, aux fenêtres de la salle des Maréchaux, un spectre rouge qui finit par s’évanouir. Après cela, on n’entendit plus jamais parler de l’Homme Rouge des Tuileries.
Un mot sur les Tuileries.
L’origine des Tuileries.
Dès le 13e siècle, un quartier de Paris portait le nom de Tuileries parce qu’il était occupé par des fabriques de tuiles. De fait, on y trouva longtemps une manufacture installée sur le sol argileux de ce terrain propice à la confection de tuiles. Il était situé entre le palais du Louvre, la rue de Rivoli, la place de la Concorde et la Seine. Au siècle suivant, le prévôt de Paris, Pierre des Essarts, y possédait un logis et quarante arpents de terre labourable. Au 16e siècle, Neufville de Villeroy, secrétaire aux Finances, y fit édifier un hôtel que François Ier acheta pour sa mère, Louise de Savoie (1476-1531). Devenu décharge publique, le terrain fut racheté par Catherine de Médicis qui fit raser le bâtiment susmentionné, et ce afin d’y établir en en lieu et place, un nouveau palais (le Palais-Royal ou Palais des Tuileries), de même qu’un jardin à l’italienne situé à l’ouest de celui-ci (le Jardin des Tuileries). En 1564, l’architecte Philibert Delorme fut chargé de l’ouvrage. Jean Bullant devait lui succéder six ans plus tard. Le parc, quant à lui, fut embelli par Le Nôtre (1613-1700) au siècle suivant. Un siècle durant, le grand jardin resta séparé du château par un haut mur et par une ruelle sordide conduisant à la rivière; l’avenue Paul-Déroulède la recouvre de nos jours.
Des machines volantes aux Tuileries.
-Le 26 novembre 1783, les curieux purent observer un aérostat suspendu à l’entrée de la grande allée des Tuileries et que l’on avait baptisé du nom de « Globe », œuvre du physicien Charles et des frères Robert (qui habitaient une maison sise place des Victoires). Le ballon fut gonflé le 1er décembre et il s’éleva bientôt avec lenteur et majesté. A 15h45, le ballon venait se poser dans la prairie de Nesles, près de Hédouville. L’expédition avait duré deux heures et le ballon avait parcouru 9 lieues. Charles fut acclamé par 30.000 personnes au Palais-Royal. Une médaille devait être ultérieurement frappée aux effigies conjointes des Montgolfier et de Charles.
-Le 18 août 1871, près des ruines du palais, décolla un étrange engin qui avait été baptisé le planophore : ce fut le premier appareil plus lourd que l’air à quitter le sol. L’inventeur de cet appareil se nommait Alphonse Pénaud. Il avait 21 ans. Il construisit également un « oiseau mécanique à ailes battantes » (simple divertissement que son concepteur savait sans avenir) et un hélicoptère à deux hélices mues par un caoutchouc tordu. Ayant compris la véritable théorie du vol, il se heurta au problème du moteur et avoua humblement que ce problème ne serait vraisemblablement résolu qu’après sa mort. De santé fragile, épuisé par ses travaux, Alphonse Pénaud, qui le premier fit le pari de l’aéroplane, se donna la mort, d’un coup de revolver, en octobre 1880.
La fin du palais des Tuileries.
En août 1871, le « planophore » décolle donc non à proximité du Palais, mais bien près des ruines du Palais des Tuileries. Que s’est-il passé ? Le 26 mars de la même année, la Commune de Paris proclame le pillage du palais qui est ainsi vidé, saccagé et démantelé. Deux mois plus tard, autant pour détruire un « symbole de la tyrannie » que pour tenter de ralentir l’avance des troupes versaillaises, trois communards nommés Boudin, Bénot et Bergeret vont, à grand renfort de poudre, de goudron liquide, d’essence de térébenthine et de pétrole, mettre le feu à l’édifice. Durant trois jours et trois nuits, du 23 au 26 mai, le palais des Tuileries et ses deux ailes (les pavillons de Flore et de Marsan) brûlèrent. Après plus de deux cents ans d’existence, le Palais-Royal (ancien Palais-Cardinal légué à Louis XIII par Richelieu), celui-là même qu’en octobre 1643 la régente Anne d’Autriche, et ses deux fils, Louis XIV et Philippe d’Orléans, occupèrent après avoir quitté le Louvre, celui qui fut occupé par tant d’autres têtes couronnées, qui abrita l’Empereur, avant de voir son jardin foulé par les bottes des occupants prussiens, le Palais des Tuileries, donc, ne devait jamais voir le 20e siècle. Ses ruines furent abattues en 1883.
Eric TIMMERMANS.
Sources : Connaissance du Vieux Paris – Rive Droite, J. Hillairet, Editions Princesse, 1951-1953-1954, p. 180-196 / Enigmes, Légendes et Mystères du Vieux Paris, Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006, p.21 à 24 / Guide de Paris mystérieux, Les guides noirs, Editions Tchou Princesse, 197, p. 712-715 / « Routard Paris », 2004, p.102-103.
L’Opéra Garnier et son fantôme
Le squelette du communard et le lac souterrain.
Le squelette du communard et le lac souterrain : un fantôme bien « réel » ?
« Le fantôme de l’Opéra a existé. Ce ne fut point, comme on l’a cru longtemps, une inspiration d’artistes, une superstition de directeurs, la création falote de cervelles excitées de ces demoiselles du corps de ballet, de leurs mères, des ouvreuses, des employés du vestiaire et de la concierge. Oui, il a existé en chair et en os, bien qu’il se donnât toutes les apparences d’un vrai fantôme, c’est-à-dire d’une ombre. » Voilà ce que clame Gaston Leroux, auteur du Fantôme de l’Opéra. Que faut-il en penser ? Les exécutions de communards organisées par les Versaillais, en 1871, dans l’un des sous-sols de l’Opéra Garnier, et plus encore la découverte du squelette de l’un d’eux, ont alimenté la légende d’Erik, le « Fantôme de l’Opéra ». Et voici comment on découvrit le squelette du communard. Lorsque les progrès du phonographe autorisèrent la « mise en boîte » des voix des chanteurs et des cantatrices célèbres, l’on décida d’enterrer dans les caves de l’Opéra un coffre d’acier contenant les enregistrements des grands morceaux de répertoire sur rouleaux Edison. Des travaux furent donc entrepris dans ce but. Quand les terrassiers défoncèrent le sol, ils découvrirent un squelette que l’on identifia officiellement comme celui d’une victime des événements de 1871. Mais pour Gaston Leroux, il s’agissait bien là du squelette de son terrible fantôme !
Le « lac souterrain ».
Un autre élément concret va permettre à Leroux de créer le cadre de son récit : la découverte d’une nappe d’eau souterraine, sous l’Opéra Garnier. En effet, lors des travaux entrepris pour l’établissement des fondations, Garnier découvrit une immense nappe d’eau alimentée par les infiltrations de ruisseaux souterrains. « Ceux-ci se jetaient jadis dans le bras de Seine qui suivait l’itinéraire de la République à Chaillot par les rues du Château-d’Eau et de Provence. » (Guide de Paris mystérieux, p. 525). Mais Garnier parvint finalement à isoler les sous-sols par un double mur et à créer une cuve dont l’installation n’était pas prévue à l’origine. C’est dans cet endroit que Gaston Leroux décida de situer la « chambre des supplices » d’Erik le Fantôme. Pratiquement, l’importante quantité d’eau contenue dans ce réservoir et son emplacement stratégique (sous la cage de scène) donnent un sérieux avantage aux pompiers au cas où un incendie se déclarerait. L’accès à la cuve est rendu possible par un petit escalier, la surveillance de l’état général de la cuve étant régulièrement effectuée sur une barque. En outre, on trouve dans ses eaux des poissons (jadis des carpes ou des truites, mais ces dernières, plus prisées gastronomiquement, firent l’objet d’une pêche intensive et durent finalement être remplacées par des barbeaux !), nourris par les techniciens responsables du lieu !
Le Fantôme de l’Opéra, entre légende et fiction.
Erik, le Fantôme de l’Opéra.
Ainsi donc, sous l’Opéra Garnier, existerait un immense monde souterrain où évoluerait une créature qui tiendrait à la fois du fantôme et du mort-vivant. Erik est son prénom. Certains disent qu’il vit là depuis des temps immémoriaux, d’autres qu’il fut abandonné en ce sombre lieu par une mère qui ne l’aurait jamais embrassé, tant son aspect est repoussant. Est-il le fantôme de ce communard dont on découvrit le squelette dans les sous-sols de l’Opéra ? A-t-il été élevé, après son abandon, par les créatures de la nuit qui, dit-on, peuplent les souterrains ténébreux de l’Opéra Garnier ? Nul ne le sait. Mais certains affirment l’avoir vu et on le craint. Il apparaîtrait habillé de noir et sa tête serait celle d’un mort. Une étrange et sinistre musique d’orgue s’élèverait parfois des souterrains. Et puis il y a tous ces morts qui devraient leur triste sort à une trop grande curiosité… Au fil du temps, la légende du fantôme prit une considérable ampleur : dans le corps de ballet toutes les ballerines prétendaient avoir au moins aperçu le monstre.
Christine Daaé, l’amour impossible.
Mais dans les ténèbres d’Erik survint bientôt une lumière, en la personne de la jeune et belle cantatrice Christine Daaé. Privées momentanément de leur principale cantatrice, la Carlotta, les autorités de l’Opéra avait dû faire appel à Christine pour remplacer ladite cantatrice au pied levé, dans le rôle de la Marguerite de Faust, alors qu’elle n’avait été jusque là qu’un espoir prometteur. En définitive, son interprétation provoqua un véritable triomphe ! Et l’on chuchota bientôt que les maléfices du fantôme pourraient bien avoir favorisé ce succès inattendu. Mais le fantomatique et monstrueux Erik n’était toutefois point le seul à avoir succombé au charme de la belle et talentueuse Christine Daaé : un certain Raoul de Chagny s’était également épris d’elle. En faisant irruption dans la vie de Christine, Raoul provoqua, bien évidemment, la jalousie et la fureur du monstre qui, tapi dans l’ombre, préparait une revanche d’autant plus inéluctable, qu’Erik restait insaisissable. Ainsi le voyait-on apparaître dans la foule des spectateurs, le visage blême et lugubre, mais lorsqu’on voulait l’approcher, il avait déjà disparu. La légende du fantôme devint si populaire qu’on en vint même, par plaisanterie, à imaginer de lui réserver la première loge n°5. Cette idée cocasse fit suite à un courrier écrit à l’encre rouge et expédié à la direction de l’Opéra : il faisait état de revendications d’un certain F. de l’O. ! Des lettres menaçantes du mystérieux F. de l’O., parvenaient d’ailleurs régulièrement à la direction, le fantôme exigeant notamment le remplacement définitif de la Carlotta par Christine Daaé.
La chute de la Carlotta et l’enlèvement de Christine.
Si les sceptiques se gaussaient de ces apparentes absurdités, d’autres, par contre, commençaient à trembler et à redouter le pire. Mais malgré tous les avertissements et toutes les menaces du fantôme, la direction du théâtre décida de maintenir la Carlotta dans le rôle de Marguerite et la fit se produire dans une salle que l’on pouvait désormais considérer comme « maudite ». Survint la catastrophe : au milieu de son répertoire, la Carlotta poussa un horrible « couac » et put poursuivre. Les spectateurs s’indignaient, quand soudainement, un grand lustre s’écrasa sur l’assistance (cet événement historique se produisit bel et bien en 1896 mais non en 1877, année durant laquelle Leroux place son récit, écrit en 1910), blessant des dizaines de personnes et tuant une malheureuse fille qui était supposée remplacer l’ouvreuse, Mme Giry, qui bénéficiait vraisemblablement des faveurs du fantôme… Christine Daaé, quant à elle, s’était tout bonnement volatilisée !
L’amour perdu de Raoul de Chagny.
Raoul se mit activement à la recherche de Christine. Il apprit bientôt qu’elle était avec son prétendu « bon génie », l’Ange de la musique. Celui-ci, lui dit-on, refusait à Christine le droit de se marier. La pauvre fille était désormais sous l’emprise du Fantôme de l’Opéra. Après une brève entrevue avec son bien-aimé, Christine dut retourner auprès du monstre. Raoul, désormais, entreprendrait tout ce qui était en son pouvoir pour la libérer, en vain. Laid d’apparence, Erik était plus monstrueux encore de cœur. Et Christine devait bientôt le découvrir. N’avait-il pas constitué dans son antre une « chambre des supplices » ? En descendant dans les ténèbres souterraines pour délivrer sa bien-aimée, Raoul put observer Erik et sa captive. Il vit son amour perdu chanter alors que le monstre l’accompagnait de sa musique d’orgue. Christine était désormais la prisonnière et a cantatrice personnelle d’un horrible spectre. Plus jamais elle ne devait revoir la lumière du jour.
Le Fantôme de l’Opéra au cinéma.
-La première version cinématographique de l’ouvrage de Gaston Leroux sortit en salle en 1925 (production : Universal, Etats-Unis). Le film fut réalisé par Rupert Julian. Le rôle du fantôme est tenu par Lon Chaney et celui de la jeune cantatrice Christine Daaé par Mary Philbin. Erik le fantôme apparaît dans ce film sous les traits d’un squelette vivant et c’est probablement là la plus horrible représentation qui en fut faite au cinéma. Elle est, en outre, fidèle à l’œuvre de Leroux : Erik est un être monstrueux qui vit dans les sous-sols de l’Opéra Garnier, il tombe amoureux de Christine Daaé et va intriguer pour lui permettre d’obtenir le premier rôle. En échange, il exige d’elle un amour impossible. Horrifiée par la profonde laideur de son diabolique protecteur, Christine va tout faire pour échapper à son emprise, avec l’aide de son prétendant, Raoul.
-La seconde version cinématographique du Fantôme de l’Opéra vit le jour aux Etats-Unis, en 1943. L’histoire d’origine y est considérablement malmenée. Un certain Erique Claudin (Claude Rains) vient d’être licencié de son poste de premier violon, ce qui doit l’empêcher, à l’avenir, de payer des leçons de chant à sa fille Christine (Susanna Foster). Il finira par tuer un commerçant qui avait refusé de lui acheter ses partitions, avant de se faire défigurer par une cuvette d’acide. Il se cache alors dans les sous-sols de l’Opéra Garnier et entreprend d’enlever sa fille Christine, en pleine représentation, ce qui provoquera, on s’en doute, une sérieuse panique dans l’assistance. Mais un admirateur de la jeune et belle cantatrice, Raoul d’Aubert (Edgar Barrier), découvre un passage secret qui mène aux souterrains où une terrible vengeance est en train de se tramer. Le « fantôme », alias Erique Claudin, alias Claude Rains, apparaît sous les traits d’un homme masqué. Le film a été réalisé par Arthur Lubin.
-La troisième version de l’histoire de Gaston Leroux fut montrée en salle en 1962. Dans ce film britannique, réalisé par Terence Fisher pour Hammer Film Productions, le Fantôme apparaît sous l’aspect d’un être monstrueux au visage couturé. Il porte le nom de « Professor Petrie » (Herbert Lom).
-En 1974, aux Etats-Unis, le livre de Leroux va inspirer un film de Brian De Palma nommé The Phantom of the Paradise, un genre de comédie musicale qui s’éloigne pour une bonne part de l’œuvre d’origine.
-Une cinquième version du Fantôme de l’Opéra fut réalisée aux Etats-Unis, en 1983. Ce film a été réalisé par Robert Markowitz.
-Une sixième version de l’œuvre de Leroux fut réalisée aux Etats-Unis, en 1989, par Dwight H. Little, qui ne trouvera rien de mieux que de transposer la légende de l’Opéra Garnier à Londres. Ainsi, une jeune soprano nommée Christine découvre un manuscrit d’opéra. Alors qu’elle le fait auditionner, elle est blessée par un morceau de décor qui l’assomme. Elle s’incarne instantanément dans le corps d’une diva, Christine Day (Jill Schoelen) qui se produit à Londres, en 1881. Sa beauté et ses prouesses vocales vont séduire un mystérieux homme en noir, qui n’est autre qu’un compositeur dont le visage a été brûlé et qui vit sous l’opéra. Là, notre Fantôme, alias Erik Destler (Robert Englund) rêve que Christine chante pour lui la partition qu’il vient de terminer.
-Il semble qu’une septième version du Fantôme de l’Opéra ait été réalisée, également aux Etats-Unis, par Tony Richardson, en 1990.
-Une huitième version du Fantôme de l’Opéra a été réalisée par Dario Argento, en 1998. C’est la fille du réalisateur, Asia Argento, qui tient le rôle de la jeune cantatrice Christine Daaé, alors que Julian Sands incarne Erik le fantôme. Cette version italo-hongroise n’est pas, loin s’en faut, la meilleure interprétation de l’œuvre de Leroux. Le talent d’Asia Argento et les décors, d’ailleurs souvent lourds et surchargés, ne parviennent pas à sauver ce film de la noyade (dans le « lac souterrain » du Palais Garnier ?). Si la trame suit de près l’œuvre de Leroux, le film nous fait par trop souvent sombrer dans le burlesque (la Carlotta assommée sur scène ; les tueurs de rats montés sur une machine infernale, hybride de « caisse à savon » et d’aspirateur ; le vieux pervers, tué par le fantôme, s’effondrant dans une pluie de friandises…) et le fantôme aux allures de hippie blond est aussi peu convaincant que Raoul, le prétendant de Christine, est fade et impersonnel. On pouvait espérer mieux de l’unique version cinématographique non-anglo-saxonne de l’œuvre de Gaston Leroux. On ne peut qu’être déçu par cette pitoyable contre-performance.
-Neuvième et dernière version du Fantôme de l’Opéra, le film américano-britannique de Joël Schumacher, sorti en 2004. La trame et le cadre imaginés par Leroux à son œuvre sont respectés : l’histoire se déroule à l’Opéra Garnier, le rôle de la cantatrice Christine Daaé est interprété par Emmy Rossum et celui du Fantôme par Gérard Butler.
-Le Fantôme de l’Opéra a également inspiré plus d’une demi-douzaine de comédies musicales.

Gaston Leroux et son œuvre.
Gaston Alfred Louis Leroux est né à Paris, le 6 mai 1868. Avocat de profession, il va se lancer dans l’écriture, ce qui lui permettra d’arrondir ses fins de mois. Il rédige des comptes-rendus pour le journal L’Echos de Paris, puis va devenir le chroniqueur judiciaire attitré du journal Le Matin. Dès 1901, devenu grand reporter, il effectuera de nombreux voyages en France, en Espagne et au Maroc. Il se lancera ensuite dans la fiction en écrivant pour Le Matin, un premier feuilleton nommé Le Chercheur de trésors. Il se spécialisera dans les romans policiers, empreints de fantastique. Parmi ses œuvres principales, on peut citer Le mystère de la chambre jaune (1908), La poupée sanglante (1923) et, bien évidemment, l’ouvrage qui nous occupe ici, Le Fantôme de l’Opéra (1910). Gustave Leroux mourra à Nice, le 15 avril 1927.
Un mot sur l’Opéra Garnier.
L’Opéra de Paris voit le jour officiellement le 28 juin 1669. Il s’installera dans plusieurs endroits : sur le site actuel de la rue Jacques-Callot (1671), rue de Médicis (1672), rue Saint-Honoré (1673 et 1770), dans la salle des Tuileries (1763), rue Bergère (1781), Porte Saint-Martin (1781), square Louvois (1794), rue Le Peletier (1821). Le 14 janvier 1858, Napoléon III échappe à un attentat fomenté par Felice Orsini devant l’Opéra de la rue Le Peletier. Dès le lendemain, Napoléon III ordonne la construction d’un nouvel « Opéra de Paris ». Cette construction revêtait une grande importance sociale et économique : elle consacrait l’avènement d’une nouvelle élite non plus aristocratique mais bourgeoise, qu’imposait l’édification d’une nouvelle société de type industriel. Cette élite devait pouvoir se retrouver et se rencontrer en un lieu particulier afin de favoriser la dynamique industrielle et le développement économique : ce seront les 800 abonnés de l’ « Opéra de Paris » qui, bien longtemps constitueront le vrai « Tout Paris ». Ils avaient chacun une loge réservée où ils pouvaient se restaurer, se faire servir des liqueurs mais également profiter des charmes des jeunes ballerines, les célèbres « petits rats de l’Opéra », dont la compagnie était particulièrement prisée… La première pierre du Palais Garnier fut posée en 1862. Mais le coût de la construction dut être revu à la hausse et les travaux s’éternisèrent. En 1870, la défaite de Sedan et l’occupation de Paris par les Prussiens provoquent la chute du Second Empire et l’arrêt des travaux du « Palais Garnier ». Napoléon III meurt avant d’avoir pu profiter de son nouvel opéra. En 1871, surviennent les événements de la Commune de Paris. Les communards utilisent les premières salles construites de l’Opéra pour y entreposer des vivres et de la paille pour les chevaux. Le 21 mai, les Versaillais entrent dans Paris et transforment un sous-sol de l’Opéra en cachot où de nombreux communards seront exécutés. La découverte d’un squelette datant de cette époque sera à l’origine de la légende du fantôme. Au début de la IIIe République, le « Palais Garnier » se voit considéré comme un symbole du pouvoir impérial honni et Garnier est renvoyé. Mais le 28 octobre 1873, un incendie anéantit la salle de la rue Le Peletier et Garnier est rappelé d’urgence pour terminer son ouvrage. L’Opéra est livré en 1874 et officiellement inauguré le 15 janvier 1875. L’ « Opéra de Paris » est né et s’imposera seul jusqu’à l’ouverture, le 14 juillet 1989, de l’ « Opéra Bastille ». L’ « Opéra de Paris » devint alors l’ « Opéra Garnier ». En 1990, une grande campagne de restauration du Palais Garnier fut entreprise. Le bâtiment est un palais de marbre et d’or doté d’un grand escalier et de divers foyers, abondamment décorés de peintures et de sculptures, à tel point qu’il est tout à la fois théâtre et musée. L’ « Opéra Garnier » se visite librement tous les jours de 10h à 17h (accès jusqu’à 16h30).
Un mot sur Charles Garnier (1825-1898).
Enfant, Charles Garnier allait régulièrement passer ses vacances chez sa grand-mère, à Saint-Calais, en Sarthe, et voilà pourquoi on a parfois cru qu’il y était né. En fait, Charles Garnier est né à Paris, rue Mouffetard., le 6 novembre 1825. Son père était entrepreneur et louait des voitures hippomobiles. Il épousa Félicie Colle, fille d’un capitaine de l’Empire, en 1824. La scolarité du jeune Charles le destinait à l’architecture. Ainsi fut-il nommé architecte par la Ville de Paris en 1860. Charles Garnier voyagea beaucoup et gagna le concours de l’Opéra de Paris, le 30 mai 1861 : c’est lui qui construisit l’Opéra Garnier dont la première pierre fut posée l’année suivante. En 1867, à l’occasion de l’exposition universelle, Napoléon III demanda qu’une première inauguration du bâtiment eût lieu pour la seule façade principale. C’est à l’occasion de cet événement que l’on situe l’incident qui opposa l’impératrice Eugénie et l’architecte Garnier. L’impératrice, commentant l’architecture du Palais Garnier, se serait exclamée : « Quel affreux canard ! Cela n’a pas de style, ce n’est ni grec, ni romain ! » Doué d’un grand esprit de répartie, Charles Garnier aurait alors répondu : « C’est du Napoléon III, Madame ! » Les tragiques événements des années 1870-1871 viendront interrompre les travaux de Garnier qui se voit même renvoyé. Mais en 1873, suite à l’incendie de la salle Le Peletier, il est rappelé pour terminer son ouvrage. L’Opéra fut officiellement inauguré le 15 janvier 1875. L’acoustique se révéla excellente. Pour l’anecdote, il est dit que Garnier se présenta à l’Opéra et qu’il se vit dans l’obligation de payer sa place dans une seconde loge ! Ce ridicule incident fut largement raillé par la presse qui en profita pour exprimer son rejet des autorités de la IIIe République. On doit aussi à Charles Garnier le tombeau de Jacques Offenbach (cimetière de Montmartre), de même que le Théâtre Marigny. Charles Garnier décéda à Paris le 3 août 1898. On décida alors de lui ériger un petit monument qui fut inauguré en 1903. Il s’agit d’un buste représentant l’architecte accompagné, de chaque côté, par un personnage féminin en bronze doré. Cette œuvre a été installée au Palais Garnier, au pied de la rotonde de l’Empereur, en retrait des grilles qui en protègent l’accès.
Eric TIMMERMANS.
Sources : Dictionnaire des symboles, J. Chevalier et A. Gheerbrant, Robert Laffont / Jupiter, 2004 / Dictionnaire encyclopédique de l’histoire de France, Charles Le Brun, Maxi Poche Histoire, 2002 / Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles (1857), Eugène Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides Noirs, Editions Tchou Princesse, 1978 / Guide du Routard Paris, 2004 / Histoire et dictionnaire de Paris, Alfred Fierro, Robert Laffont, 1996 / Ils ont choisi Bruxelles, Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production, 2004 / Le fantôme de l’Opéra, Gaston Leroux, Maxi Poche Fantastique, 2001.
