L’hospice des Quinze-vingts

L’Hospice des Quinze-Vingts : de la rue des Echelles à la rue de Charenton.

L'hospice des Quinze-vingtsC’est à l’initiative du cardinal de Rohan, grand aumônier de France, qu’en 1780 on décida de transférer l’hospice des Quinze-Vingts à l’emplacement de la caserne des Mousquetaires-Noirs, situé au numéro 28 de la rue de Charenton (12e). Cette dernière avait été installée, en 1699, par Robert de Cotte, sur le site d’un hôtel du 16e siècle. On y caserna la deuxième compagnie des mousquetaires, nommés les Mousquetaires-Noirs du nom de la robe de leurs chevaux. Ils y restèrent de 1704 à 1775, année où on les supprima. Cinq ans plus tard, on y transporta les malades de l’hôpital des Qunze-Vingts, édifié par Saint-Louis, vers 1260, à la rue des Echelles, sur un terrain voisin du cloître Saint-Honoré et que l’on nommait alors communément le Champourri. Selon la tradition, lors de la septième croisade, que mena Saint-Louis, 300 chevaliers auraient eu les yeux crevés et c’est pour les recueillir que fut édifié l’hospice des Quinze-Vingts, qui comptait donc 300 lits ( 300 = 15 x 20 ; selon l’ancien système vigésimal de numération, système qui était utilisé dans une grande partie de l’Europe au Moyen-Âge et en gaulois, notamment pour le commerce qui ne nécessitait pas l’usage de grands nombres). La chapelle de l’hospice (située aujourd’hui au fond de la cour du n°26 de la rue de Charenton ; quelques tombeaux de l’ancienne chapelle furent transférés dans la nouvelle, dont celui de François de Gondi, premier archevêque de Paris), fut dédiée à saint Rémi et le roi alloua à l’hospice une rente de 30 livres, destinée au potage des 300 aveugles. Mais la cruauté humaine étant sans bornes, on trouva le moyen de s’amuser du malheur de ces aveugles. Ainsi, il est dit que Charles IX et Henri III ne manquaient jamais, lors de leurs séjours à Paris, de se rendre à l’hôpital des Quinze-Vingts pour se délecter d’un bien étrange spectacle dont une description, dans le contexte du quinzième siècle, est parvenue jusqu’à nous :

« En 1425, le dernier samedi du mois d’août, quatre aveugles armés de toutes pièces (c’est-à-dire : en armure) et d’un bâton en main, furent promenés par tout Paris avec deux hommes qui marchoient devant, dont l’un jouoit du haut bois, et l’autre portoit une barrière, où étoit représenté un pourceau. Le lendemain, équipés de même, ils se trouvèrent dans la cour de l’hôtel d’Armagnac, situé à la rue Saint-Honoré, vis-à-vis de celle de Froid-Manteau, où à présent se voit le Palais Cardinal ; et là, bien pis que les « Andabates », qui combattaient à ïeux-clos, au lieu d’attaquer un pourceau qui devoit appartenir à celui qui le tueroit, c’étoit eux-mêmes qu’ils attaquoient, et croyant frapper la bête, s’entredonnoient de si rudes coups, que sans ces armes défensives dont ils étoient couverts, qui pourtant ne les sauvoient pas de blessures, ils se seroient bientôt entr’assommés… » (« Histoire et recherches des Antiquités de la ville de Paris », t. II, H. Sauval, 1724 », cité par « Guide de Paris mystérieux », p.302).

Cet hospice pour aveugles resta établi à la rue des Echelles pendant plusieurs siècles avant d’être transféré, en 1719, à la rue de Charenton.

L'hospice des Quinze-vingts« Vers 1845, l’hôpital se composait de 300 aveugles de première classe, nourris, chauffés, habillés et recevant en outre 33 centimes par jour ; de 120 aveugles de seconde classe, qui ne recevaient point cette somme journalière, mais que l’on entretenait et qu’on instruisait, et qui pouvaient espérer parvenir à la première classe ; enfin des aveugles de tous les départements qui pouvaient prétendre à l’admission en faisant preuve de pauvreté et de cécité absolue. » (Guide de Paris mystérieux, p.302).

De nos jours, le 28 rue de Charenton abrite le Centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts.

 

Un mot sur la rue de Charenton.

La rue de Charenton est une longue artère du 12e arrondissement (arrondissement qu’elle traverse dans sa quasi-totalité) qui s’étend de la place de la Bastille, jusqu’aux limites de Paris, à hauteur de Charenton-le-Pont, dont elle tire son nom. Cette voie existe depuis l’antiquité romaine, mais elle était, à cette époque, située hors des murs de Lutèce. Elle est située sur la rive droite du lit supérieur de la Seine et toutes les constructions situées entre elles et la Seine se situent en zone inondable (ce qui s’est d’ailleurs produit en 1910)

Parmi les sites particuliers de cette rue on notera :

-N°2-22 : Opéra Bastille.

-N°23-25 : Maison du 17e.

-N°24-34 : Hôpital des Quinze-Vingts.

-N°49 : Lycée de Théophile Gautier.

-N°49-51 : Immeubles du 17e dits cour du Bel-Air.

-N°59-61 : Immeuble du 18e, ancienne manufacture Krieger.

-N°189 : Mairie du 12e arrondissement.

-N°304 : Borne murale datant de 1726 (règne de Louis XV), interdisant de construire au-delaà de cette limite jusqu’au village suivant.

-N°327 (jusqu’à la fin de la rue) : Cimetière de Bercy.

Eric TIMMERMANS.

Sources : « Connaissance du Vieux Paris – Rive Droite », J. Hillairet, Editions Princese, 1951-1953-1954, p. 357-358 / « Guide de Paris mystérieux », Les guides noirs, Editions Tchou Princesse, 1979.

Jo Privat, le frisson de Paname de Claude Dubois

jo privat

 

Le 3 avril 1996, mourait Jo Privat. « Quel mec ! » disent de lui ceux qui l’ont connu. À Paris, en province, là où le musette reste à l’honneur, l’âme de Jo vivifie encore les pistes de danse. Dès que l’accordéon attaque Balajo, Sa préférée ou Mystérieuse, les gambilleurs s’y bousculent. Jo Privat a dû composer sept cents valses-musette. À la fin des années 1940, son « musette swingant » avait rénové le genre. Indissociable du musicien et du compositeur inspiré, il y avait le « mec ». Ses mille et une nuits que, clope aux lèvres, Jojo racontait de sa « voix pleine de rustines ». Pur jus de chique Ménilmuche, l’accent de Jo grasseyait un argot infiniment drôle. Privat aimait les truands, le milieu, « les canailles ». Il était de ce Paris aux limites populaire-voyou indécises. Emile Vacher, pionnier du musette, avait été son maître. En sa compagnie, à 15 ans en 1934, Jo jouait déjà à L’Ange bleu, près de la place Clichy. Le monde interlope « s’y dégrippait les mollets ». Pour Jo, l’avant-guerre avait été le zénith de ce Paris de la rue. Après Le Petit Jardin du 26, avenue de Clichy, en 1937 à 18 ans, il était entré au Balajo, 9, rue de Lappe à la Bastille. À la Libération tout était reparti, et la Bastaga s’est mise à rimer avec Jo Privat. Sa légende embrayait. Un exemple superbe de culture populaire parisienne, la mémoire unique de Paris. Ou, plutôt, de Paname.  Auteur :En 1993, avec Robert Lageat, le taulier du Balajo, Claude Dubois avait publié Des Halles au Balajo. Il entrait au coeur du célèbre bal de la rue de Lappe et de plain-pied, dans ce qu’il appelle « le Paris populaire mâtiné voyou ». Sur cet univers, Dubois a écrit ensuite Paris gangsterJe me souviens de ParisLa Bastoche – Une histoire du Paris criminelLa rue Pigalle, etc. Au Balajo, Claude Dubois s’était lié à Jo Privat, accordéoniste et argotier époustouflant. Des projets s’étaient ébauchés mais, jusqu’ici, Dubois n’avait qu’évoqué Privat. Il rend enfin hommage au roi de « la boîte à frissons », comme le facétieux Jojo aimait taquiner son instrument.

La rue du Jour

La rue du Jour.

la rue du jourVers 1370, Charles V se fit construire à l’emplacement de cette rue un pied-à-terre, raison pour laquelle cette artère fut nommée « rue du Séjour (royal ou du roi) » puis, par corruption, « rue du Jour ». Ledit séjour était situé entre le mur de Philippe-Auguste et le chemin qui conduisait à Montmartre. Quant à la rue proprement dite, elle date vraisemblablement du début du 13ème siècle. Tout le côté impair de la rue du Jour forme, jusqu’à la caserne des pompiers, un ensemble intéressant de maisons parisiennes datant du 17ème siècle.

Par numéros :

N°2 : Ancienne maison qui avant la Révolution appartenait au chapitre de Saint-Eustache. Elle était, à cette époque, occupée le citoyen-curé Poupart, ancien confesseur de Louis XVI.

N°3 : Ancienne maison portant l’enseigne « Au Cadran d’Or ».

N°4 : La maison que l’on peut voir à cette adresse aujourd’hui est une reconstitution fidèle de l’ancien Hôtel de Royaumont, bâtie à cet endroit en 1612 et qui fut démolie en 1950. On été conservés de l’ancien édifice, le porche de la cour d’entrée, les caves et les soubassements. Par dessus cet hôtel, on accède à une admirable vue sur le transept nord de l’église Saint-Eustache. A son pignon, on peut apercevoir une tête de cerf portant une croix entre ses bois, ce qui rappelle l’histoire célèbre de saint Hubert, mais également celle de saint Eustache.

N°5 :Ancienne maison qui porte l’enseigne « Au Beau Noir ». Elle était alors la propriété d’un teinturier. Depuis, cette enseigne a continué à être utilisée par tous les commerçants qui ont succédé au teinturier.

N°25 : Cet ancien hôtel fut édifié sur une partie de l’emplacement où fut bâti, en 1370, le « séjour » du roi Charles V. Il s’agit d’une construction Renaissance, datant de 1540 et refaite au 17ème siècle. A noter que la façade, la décoration du grand escalier et le plafond d’un ancien salon au premier sont classés.

N°27 : Restes d’un hôtel du 17ème siècle.

N°31 : Dans cet ancien hôtel meublé habita, en 1784, Nicole Leguay, connue sous le nom de la « baronne d’Oliva », celle de l’affaire du collier de la reine.

L’église Saint-Eustache.

église saint-eustacheC’est dans la rue du Jour que l’on trouve l’église Saint-Eustache. A l’origine, au 12e siècle, on avait établi à cet endroit un petit oratoire dédié à sainte Agnès et rattaché à Saint-Germain-l’Auxerrois. Le quartier se développa et fut nommé le « Nouveau Bourg Saint-Germain », aussi fallut-il envisager la création d’une nouvelle église. Au début du 13ème siècle, celle-ci fut dédiée à saint Eustache. On y transféra des reliques de ce saint dont le corps, dit-on, reposait depuis un siècle à l’abbaye de Saint-Denis. En 1532, on posa la première pierre d’une nouvelle église financée par François Ier et qui fut agrandie jusqu’en 1640. Les travaux reprirent en 1665 avec l’aide financière de Colbert et en firent le plus grand édifice religieux de la Renaissance à Paris. L’église Saint-Eustache fut, notamment, la première église à posséder le plus grand nombre de sépultures célèbres. « On y voyait celles de l’historien Haillan, mort en 1610, de Marie de Gournay, fille adoptive de Montaigne, de Voiture, mort en 1648, de Vaugelas, mort en 1650, de Benserade, de Furetière, du maréchal de La Feuillade, du maréchal de Tourville, du ministre Fleurien d’Armenonville, de Chevert. Le plus remarquable de ces tombeaux était celui de Colbert, sculpté par Coysevox et Tuby : on peut encore le voir dans la chapelle Saint-Louis-de-Gonzague. C’est à Saint-Eustache que l’on célébra les obsèques de La Fontaine, qui fut enterré au cimetière voisin de Saint-Joseph, ainsi que celles de Mirabeau, mais non celles de Jean-Baptiste Poquelin, l’archevêque ayant interdit l’accès de l’église à ce baladin. Comme son ami le fabuliste, Molière fut enterré au cimetière Saint-Joseph, en pleine nuit et à la clarté des flambeaux. » (« Guide de Paris mystérieux », p.423). L’apparence de cette église peut laisser un arrière-goût d’étrangeté, mais cela résulte tout simplement du fait qu’elle n’a jamais été terminée ! Il s’agit toutefois d’une des plus grandes églises de Paris, soit 105 mètres de long, ce qui en fait le plus vaste sanctuaire parisien après Notre-Dame.La statue de marbre sur l’autel, soit la Vierge tenant l’enfant, est de J.-B. Pigalle. Quant à la chapelle Saint-Pierre l’Exorciste, elle abrite une célèbre toile, communément attribuée à Rubens : Les Pèlerins d’Emmaüs. L’église Saint-Eustache, du fait de la proximité des Halles, fut, de tous temps, un centre important pour les corporations, les confréries de métiers. Citons, notamment, la confrérie de Notre-Dame de Bonne Délivrance, de saint Christophe et de saint Léonard, qui regroupait les fruitiers, les fromagers, les coquetiers et les beurriers ou encore celle de saint Eloi (orfèvres, joailliers, horlogers). Notons aussi que le banc d’œuvre de l’église présente une particularité : « à son revers, un cartouche renferme un faisceau de licteur entouré d’une couronne de feuilles de laurier. Certains ont voulu y voir les armes de Mazarin, d’autres un symbole républicain, ce qui assure la tradition, sauva le banc d’œuvre de la destruction en 1793. » (« Guide de Paris mystérieux, p.426).

La tête de la déesse.

Vers 1670, on découvrit dans les gravats d’une tour proche de l’église Saint-Eustache et datant de l’époque de Philippe-Auguste (règne : 1180-1223), dans le jardin de l’abbé Berrier, une œuvre d’art antique qui fit se poser bien des questions. Il s’agit d’une tête de femme en bronze, surmontée d’une tourelle et d’une hauteur totale de 75 cm. Cette pièce, de facture romaine, fut assimilée à la déesse Isis, à une personnification divine de la ville de Lutèce ou à la déesse Tyché, déesse grecque de la Fortune (qu’il faut entendre non dans le sens de « richesse », mais dans le sens « hasard », la fortune pouvant être bonne ou mauvaise), à laquelle correspond la Fortuna romaine. La tourelle dont elle est coiffée aurait peut-être aussi pu faire penser à Cybèle, d’autant qu’elle est très élevée et prolonge naturellement la tête. A la fin du 19ème siècle, on s’interrogea sur l’origine et la datation de cette découverte. Etait-elle d’origine parisienne ou romaine ? Etait-elle réellement antique, de l’époque des Antonins, ou n’était-elle qu’une copie moderne ?  « Il fallut attendre l’analyse par M. Jean Charbonneaux en 1960 pour soulever, en partie tout au moins, le voile de l’énigme. La conclusion s’imposa : on était en présence d’une œuvre authentique. La patine noirâtre recouvrait en effet une patine beaucoup plus ancienne, de couleur vert clair. La tête de déesse surmontée d’une tourelle datait de l’époque des Antonins (ndr : 96 à 192), est « l’une des rares têtes colossales de bronze qui existe dans les collections françaises » (Paul-Marie Duval : « Paris antique, des origines au IIIe siècle », Paris, 1961). Toutefois, cela n’explique pas la raison de sa présence au lieu de sa découverte : comment un bronze authentique de cette qualité aurait-il pu être réutilisé dans l’enceinte de Philippe-Auguste ? Peut-être l’objet a-t-il été importé d’Italie à Paris avant 1670 ou qu’il fut importé à Lutèce dès l’antiquité. Il semble que le mystère de sa provenance demeure. En 1979, le « Guide mystérieux de Paris » (p.420), précise que la tête antique était conservée au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale.

théâtre de l'hôtel de bourgogneLe comédien farceur et le curé courroucé.

A proximité de l’église Saint-Eustache, se trouvait, à la rue Mauconseil, le théâtre de l’hôtel de Bourgogne. Un accord tacite était intervenu entre les comédiens et le clergé de Saint-Eustache : le dimanche, les vêpres devaient se terminer à 15 heures, afin de permettre aux fidèles de ne pas rater le début du spectacle. Mais un dimanche, le prêche, qui s’éternisait, fut interrompu par le roulement d’un tambour : le célèbre comédien Jean du Pontalais appelait à la première représentation ! S’en suivit un violent dialogue de sourds entre le prêtre et le comédien. Soudain, le curé sortit un couteau de sa poche et, à l’aide de celui-ci, creva la peau du tambour… Pour toute réponse, le comédien en coiffa le prêtre ! Quand ce dernier parvint finalement à se libérer, il était seul : les fidèles avaient préféré suivre le comédien !

Les écarts de la marquise de Marny.

Nous sommes au temps de Louis XIII (règne : 1610-1643). Une certaine Régine de Marny, marquise de son état et régulièrement mariée, collectionnait les aventures amoureuses. Mais elle éconduit un jour l’un de ses nombreux soupirants : Paul de Gondy, le futur cardinal de Retz. Celui-ci jura de se venger cruellement. La marquise, malgré sa vie quelque peu déréglée, était parfois en proie à de violentes crises de mysticisme. Elle passait alors de longues heures en prières à Saint-Eustache, à proximité du tombeau de la fille de Montaigne, qui avait été son amie. Léonor de Montaigne (décédée en 1616) fut la seule des six filles du célèbre philosophe à avoir survécu. Un soir, notre marquise se rendit donc à Saint-Eustache où elle se plongea dans la méditation. Soudain, elle eut l’impression qu’une présence étrange hantait ces lieux. Dans l’obscurité, elle tentait sans succès de distinguer quelqu’un, lorsqu’une voix se fit entendre : « C’est ici que le fidèle dort ! Après le crime et le désordre vient l’expiation ! C’est ici que la prière continuelle rachète les fautes ! » (Guide de Paris mystérieux, p.425). Prise de panique, Régine de Marny alla se jeter au pied de son mari, lui avoua son infidélité avant de l’implorer pour qu’il lui permette d’aller se cloîtrer pour le restant de ses jours, dans un château que le marquis possédait en Dauphiné, de même que le droit d’acheter une tombe à Saint-Eustache et de s’y faire enterrer, ce que le mari aussi cocu que magnifique, accepta… La marquise entreprit alors les démarches nécessaires auprès du curé. Mais ce dernier, qui était aux ordres de Paul de Gondy, différa chaque jour l’achat de la tombe, tant et si bien que la belle Régine de Marny tomba dans les griffes de Gondy. Un rendez-vous fut fixé dans les appartements du presbytère où Paul de Gondy obtint les faveurs de la marquise pour prix de son titre de propriété funéraire. Régine de Marny mourut peu après, quant à son époux il fut tué au siège de Lérida (Espagne, Catalogne ; premier et second siège de Lérida en 1646 et 1647, les Espagnols étant assiégés et les Français assiégeant ; ces derniers y subiront deux défaites successives).

Ode à la truffe !

Jadis, le numéro 3 de la rue du Jour abritait un magasin qui s’était spécialisé dans la vente des truffes du Périgord. Il est dit que c’est là que le cuisinier du roi Georges Ier de Grèce (qui régna de 1863 à 1913, année de son assassinat à Thessalonique) allait se ravitailler. Au cours d’un repas, le cuisinier fit servir une poularde généreusement truffée et accompagnée du quatrain suivant :

Sur la chair blanche et rose,

Exquise volupté,

La Truffe se repose

Comme un grain de beauté.

(Guide de Paris mystérieux, p. 427)

Le Maître de Hongrie et la croisade des Pastoureaux.

croisade des pastoureaux

En 1250 (et non en 1520, comme il était écrit dans le « Guide de Paris mystérieux », p.424, du fait, vraisemblablement, d’une petite faute de frappe), un moine de Citeaux, d’origine hongroise, parcours les routes de France et proclame avoir reçu de la Vierge Marie une lettre ( !) affirmant que jamais les puissants, les riches et les orgueilleux ne pourront reprendre Jérusalem et que seuls les pauvres, les humbles et les bergers (que l’on nommait alors « pastoureaux »), dont il prétend devoir être le guide, pourront réaliser cet exploit. De fait, la septième croisade voit l’armée chrétienne piégée dans Mansourah et décimée par la peste. En 1250, Saint-Louis (Louis IX) est fait prisonnier, de même que deux de ses frères. Malgré la chape de superstition religieuse qui pèse alors sur les consciences, certains en viennent tout de même à se poser cette question toute empreinte de logique rationnelle : comment un roi aussi pieux que Saint-Louis a-t-il pu être abandonné par Dieu ? C’est là qu’interviennent les nombreux prédicateurs, dont fait partie notre moine cistercien hongrois que l’on nomme Job, Jacques ou encore, Jacob. Selon lui, l’orgueil de la chevalerie a déplu à Dieu et voilà pourquoi Saint-Louis pu si aisément tomber dans les mains des mahométans… Cette explication d’un exemplaire simplisme tout apte à plaire à une populace inculte vit se rassembler, à l’appel solennel de la Pâques 1251, des milliers de bergers et de paysans qui prendront la croix et marcheront notamment vers Paris, armés de haches, de couteaux et de bâtons. C’est ce que l’on nommera la croisade des Pastoureaux. Jacob, qui se fait appeler le « maître de Hongrie », marche sur Paris à la tête d’une troupe qui, partie d’Amiens, rassemble de 30.000 à 100.000 hommes. Le moine, dit-on, avait une allure terrible, avec sa longue barbe et son visage décharné. De sa voix puissante, il prétendait qu’il avait été mandaté par les anges et la Vierge Marie pour prêcher une nouvelle croisade. C’est dans ce contexte qu’il chassa les prêtres de Saint-Eustache et qu’il massacra tous ceux qui ne soutenaient pas son projet démentiel et fanatique. On le vit même revêtir les habits de l’évêque puis, affublé de la sorte et assisté de ses lieutenants, confesser les pénitents, dénouer les mariages, attirer les femmes, enlever les filles, prélever des aumônes et piller les maisons. Cette croisade des « purs » se transforma donc bien vite en une opération de pillage… Jacob sera reçu par Blanche de Castille et finira par quitter Paris doté d’un confortable butin. De là, il marchera sur Orléans. Quant au clergé, il reprit possession de Saint-Eustache mais, tremblant encore de terreur, hésita longtemps avant d’oser excommunier le « maître de Hongrie » et ses séides.  Le mouvement des « pastoureaux » finira par prendre, dirions-nous aujourd’hui, une dimension « internationale » en s’étendant à la Rhénanie et au nord de l’Italie. Mais sa répression sera de plus en plus féroce et seuls quelques rescapés finiront par rejoindre Marseille pour s’embarquer pour Acre, où ils rejoindront les croisés.

Eric TIMMERMANS.

Sources : « Connaissance du Vieux Paris », J. Hillairet, Editions Princesse, 1982 / « Enigmes, Légendes et Mystères du Vieux Paris », Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006 / « Guide de Paris mystérieux », Les Guides noirs, Editions Tchou Princesse, 1979.

Journée de la Fierté Parisienne – Souvenirs en vidéo

Le pilori du roi de la rue pirouette

Le Pilori du Roi.

http://2.bp.blogspot.com/-wWJEVlDyR0Q/UGtUgdbqJ6I/AAAAAAAAAis/Wmkh7HnVBjg/s1600/pilori_des_halles.jpgC’est dans le débouché de l’actuelle rue Pirouette (1er arrondissement), dans la rue Rambuteau, que se dressait jadis le Pilori du Roi, construit sous Saint-Louis. Un autre pilori, situé derrière l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, étant le Pilori de l’Abbé. « Dans l’ordre des peines criminelles du Moyen Âge, les piloris, dont l’appareil d’exposition tournait au sommet d’une tour, différent des échelles qui étaient, soit de véritables échelles surmontées d’une plate-forme, soit de simples carcans ou colliers de fer accrochés à un poteau. D’après Sauval, leur nom vient de ce que le premier était situé près du puits d’un bourgeois nommé Lori : puits Lori. » (« Guide de Paris mystérieux », p.577). Le pilori était donc une tour de maçonnerie dotée, à son sommet, d’une roue horizontale en fer à laquelle le condamné était attaché par les mains et la tête. Une enseigne signalait aux passants le crime qui lui avait valu de se retrouver dans une aussi inconfortable posture : commerçants ayant usé de faux poids, femmes adultères et entremetteuses (qui étaient amenées au pilori, assises à rebours sur un âne), blasphémateurs, faux témoins, fraudeurs de beurre… A noter toutefois que nombre de ceux qui furent condamnés à ce supplice, le furent non pour des raisons, dirait-on aujourd’hui, de « droit commun », mais en raison de leurs opinions religieuses. De nombreuses victimes de la répression religieuse firent donc également connaissance avec le pilori. Ledit pilori pouvait accueillir six condamnés et sa roue effectuait un tour complet toutes les deux heures. La population était en droit de leur montrer son mépris en les insultant, en leur jetant à la tête des ordures et de la boue, mais rien qui puisse les blesser. Une première ordonnance fut faite en ce sens, en 1347, par Philippe IV (1293-1350, règne : 1328-1350). Elle sera complétée par une autre ordonnance de Louis XI (1424-1483, règne : 1461-1483). Les peines des condamnés du pilori étaient appliquées par le bourreau du roi, qui logeait au rez-de-chaussée du pilori. « Outre ses attributions d’exécuteurs des hautes œuvres, le bourreau était propriétaire des échoppes et des emplacements du Carreau. Chaque matin, vêtu d’une blouse rouge et jaune, chaussé de bottines vertes, il traversait le marché et, à l’aide d’une longue cuiller d’étain, prélevait une part sur les marchandises à vendre. C’était le droit de la havée. Dès qu’un commerçant avait acquitté sa dette, un valet le marquait au dos avec une craie. Pour éviter les resquilleurs, le bourreau choisissait chaque jour une craie de couleur différente. » (« Guide de Paris mystérieux », p.579).Ajoutons que des livres furent également mis au pilori : « en 1707, Sébastian Le Prestre de Vauban, abandonnant l’architecture militaire, publia un ouvrage dans lequel il demandait à Louis XIV d’instaurer un impôt égal pour tous. Par ordre de justice, le livre fut mis au pilori, et Vauban en mourut peu après de chagrin. » (« Guide de Paris mystérieux », p.577). Le Pilori du Roi fut maintenu jusqu’à la Révolution.

Un mot sur la rue Pirouette.

http://lexicocity.free.fr/images/large/PirouetteAtget_large.jpgLa rue Pirouette est une artère du 1er arrondissement que l’on situe au niveau -2 du Forum Central des Halles, entre le palier de la porte Lescot et le passage de la Réale. La rue Pirouette n’a pas été créée lors de l’aménagement du secteur du Forum Central des Halles. Elle existait déjà au 12e siècle. A partir de 1911, elle fut réduite à un seul côté qui n’avait qu’une seule maison portant le n°3. Ainsi a-t-on pu croire qu’elle avait définitivement disparu du paysage parisien. La voie sera donc recrée lors de l’aménagement du Forum Central des Halles et, le 18 décembre 1996, un arrêté municipal lui attribuera le nom qui fut toujours le sien et qui faisait référence au sinistre pilori dont nous venons de parler. En effet, du fait de l’existence  d’un dispositif tournant permettant de montrer le condamné des deux côtés du marché des Halles, on disait que le supplicié « faisait la pirouette »…

 

Un mot sur les Halles.

http://themasq49.free.fr/index_fichiers/Les_halles_de_Paris/LesHalles_VueGenerale.JPGDurant environ un millénaire, le quartier des Halles étaient recouverts de champs résultant de la mise en culture d’anciens marécages. Ce terrain porta le nom de campelli, puis des Champeaux ; les noms de rue des Petits-Champs et de Croix-des-Petits-Champs rappellent cette époque. Le premier marché public fut établi aux Champeaux, en 1135, par le roi Louis VI le Gros. En 1183, Philippe-Auguste lui adjoignit la foire Saint-Ladre (ou Saint-Lazare), et fit construire deux bâtiments –l’un pour les drapiers, l’autre pour les tisserands- afin d’abriter vendeurs et marchandises, qu’il fit également entouré d’une muraille dont les portes furent fermées la nuit. Ces édifices furent dès lors dénommés « les Halles ». En 1190, l’enceinte de Philippe-Auguste eut pour effet de les incorporer dans Paris. Vers 1269, Saint-Louis fit élever trois autres bâtiments. L’un d’eux fut destiné à la vente des poissons de mer qui arrivait des ports du Nord par les actuelles rues des Poissonniers, du Faubourg-Poissonnière, Poissonnière, des Petits-Carreaux et Montorgueil. Un autre bâtiment fut ajouté vers 1284 par Philippe-le-Hardi, pour les cordonniers et les peaussiers. Les Halles s’apparentaient alors à un immense bazar où l’on vendait de tout, des draps aux œufs, et des miroirs à la viande. C’était aussi le « marché du roy », ouvert seulement 3 jours par semaine (mercredi, vendredi, samedi). Le roi percevait bien évidemment une taxe sur toutes les transactions. En 1553, Henri II fit reconstruire les Halles qui se virent désormais entourées de maisons sur piliers. Au centre de ce complexe se situait le Carreau, soit le marché du pain, du beurre, des fromages et des œufs. Au cours des trois siècles qui suivirent, les Halles ne subirent que peu de changements, si ce n’est deux extensions sur l’emplacement du cimetière des Innocents, dont la dernière fut réalisée en 1788. Les Halles furent démolies en 1854 et remplacées, en 1866, par dix pavillons que l’on doit, pour la plupart, à Balfard. Ces nouvelles Halles furent l’objet d’un grand émerveillement et nombre de villes, tant en France qu’à l’étranger, en édifièrent de semblables. En 1936, deux autres bâtiments furent construits, au prix de la destruction de la rue de la Coquillière, qui était un vestige de l’enceinte de Philippe-Auguste. En 1960, on décide de transférer les Halles à Rungis et à La Villette : il sera effectué au début de l’année 1969. En 1975, un projet de réaménagement qui avait la faveur des Parisiens, est repoussé au profit du projet du Forum des Halles, inauguré en 1979. Le réaménagement des Halles tourne au désastre urbanistique, en 1983, avec les « parapluies » de l’architecte Jean Willerval. Et l’horrible « centre culturel Beaubourg », voulu par le président Pompidou, en 1969, complète le tableau. En 2004, une nouvelle rénovation du quartier est décidé : l’occasion d’un nouveau saccage urbanistique. Des travaux sont actuellement toujours en cours. L’actuel quartier des Halles, où s’additionnent les erreurs urbanistiques, les commerces de mauvais goût, une pullulation démographique sans pareille et un coût de la vie élevé, s’il est considéré comme le cœur de Paris, n’est que bien peu cher au cœur de nombre de Parisiens…

Eric TIMMERMANS.

Sources : « Connaissance du Vieux Paris », J. Hillairet, Editions Princesse, 1951/1953/1954, p. 100-101 / « Enigmes, légendes et mystères du Vieux Paris », Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006 / « Guide de Paris mystérieux », Les guides noirs, Editions Tchou Princesse, 1979.

 

 

Histoires et légendes de Saint-Cloud

Clodoald, Saint Cloud et les Clodoaldiens.

NovigentumLes habitants de Saint-Cloud sont nommés les Clodoaldiens, du nom d’un certain Clodoalde qui fut ultérieurement vénéré sous le nom de saint Cloud. A la mort de Clovis, une guerre de succession éclata et un certain nombre d’héritiers potentiels de sa lignée fut massacré. Seul échappa le petit Clodoald qui se fit oublier le temps d’atteindre l’âge d’homme. Mais il fut en âge de revendiquer le trône de son père, Clodoald préféra revêtir l’habit de moine et se retirer auprès de l’ermite Sèverin. Il passa dès lors sa vie en prières et pèlerinages. Et Clodoald fut finalement ordonné prêtre. Il s’établit alors sur les terres de Novigentum qui lui avait été données par son oncle Childebert. Les moines se mirent à défricher le terrain et à édifier une église, mais jugeant le rythme des travaux trop lent, Clodoald gravit la colline avec une colonne destinée à soutenir le temple. Mais durant son ascension, il dérapa et dut, pour reprendre son équilibre, s’appuyer si fort qu’il imprima la marque de son pied sur une pierre ! Depuis, dit-on, ni le temps, ni les hommes n’ont pu effacer la marque du pas de saint Cloud qui a donné son nom à une petite place –place du Pas-de-Saint-Cloud- au milieu de laquelle trône encore la pierre marquée (en 1903, elle aurait toutefois été déplacée, dit-on, de quelques mètres…). En 560, Clodoald mourut et la localité de Novigentum prit le nom de Saint-Cloud (alias saint Clodoald).

Le Diable dupé à Saint-Cloud.

Une servante désespérée…

Nous sommes au 16e siècle, sous le règne du roi Henri III (1574-1589). Dans la région de Saint-Cloud on connaissait un hameau connut, pour une raison inconnue, sous le nom de Pont-au-Jour, non-loin de Boulogne-sur-Seine (à la Révolution, le village de Boulogne la Petite est agrandi de presque un tiers en acquérant le territoire que possédait Saint-Cloud, le long de la rive droite de la Seine ; la commune prend le nom de Boulogne-sur-Seine, en 1790 et sera baptisée Boulogne-Billancourt, en 1926). Au Pont-au-Jour vivait un vieux gentilhomme de noble lignée nommé Egidius Cressère qui était autant connu pour son caractère de bon vivant que pour son esprit travailleur. Il avait à son service une servante prénommée Marguerite, mais que tout le monde appelait par son diminutif de Gritte. Du point de vue du travail, exigeant envers lui-même, Egidius Cressère l’était également à l’égard de son personnel. Aussi, alors que Gritte s’était déjà préparée pour aller à une fête qu’elle attendait depuis longtemps, le maître de maison, s’étant rappelé qu’il fallait impérativement  disperser plusieurs charrettes de fumier sur toute la surface d’un champ, rappela sa servante et lui donna l’ordre de se mettre immédiatement à l’ouvrage. C’est donc la mort dans l’âme que Gritte se vit obligée de retirer ses habits de fêtes, de revêtir ceux du labeur quotidien, pour se rendre aux champs. Et à la vue de l’immensité du travail qui l’attendait, sa tristesse vira au désespoir : jamais elle ne pourrait finir l’ouvrage avant la nuit !

Le Diable dupé…

Mais soudain, un étrange petit être lui apparut : tête énorme, visage pâle, long nez, habit bourgeois, quel étrange petit bonhomme ! Celui-ci adressa à Gritte un singulier sourire et fit remarquer à la servante qu’il lui semblait avoir bien de l’ouvrage pour un dimanche. Et Gritte de raconter son histoire et de se lamenter. Le petit homme lui proposa alors le marché suivant : il la débarrasserait de son labeur si elle consentait en échange à lui donner, le lendemain matin, la première botte qu’elle lierait à son réveil. Trop heureuse de s’en tirer apparemment à si bon compte, Gritte accepta vivement le marché et aussitôt, une troupe de nains bizarres fit son apparition et termina l’ouvrage en moins de temps qu’il faut pour le dire ! Le petit bonhomme et sa troupe disparurent et Gritte resta un moment consternée à l’idée qu’elle venait de demander l’aide à des êtres, de toute évidence, surnaturels. Mais bien vite, elle pensa à la fête où elle pourrait désormais se rendre, et c’est ce qu’elle fit après avoir revêtu ses habits festifs. Mais lorsque Egidius Cressère l’aperçut à la fête, il l’interpella sévèrement. Quoi, cette jeune femme de 20 ans prétendait avoir fait en une heure, le travail qu’un homme ferait à peine en une journée ? Gritte lui raconta alors son histoire et le maître comprit tout de suite que sa servante avait été la victime de quelque diablerie. Aussi se décida-t-on bien vite à aller trouver le curé auquel Gritte fit part de son aventure. La conclusion tomba : c’est bien la route de Satan que la jeune fille avait croisé ! Le curé lui conseilla de lier la botte, comme prévu, mais de prendre garde à ne serrer aucun lien de ses vêtements, auquel cas c’est elle que le Diable emporterait ! Le lendemain matin, le petit bonhomme fit sa réapparition et Gritte pu voir distinctement sur sa tête deux petites cornes qui pointaient. Lorsqu’il vit qu’il n’emporterait avec lui que la botte de paille, le petit Diable hurla  et sortit par un trou qu’il fit dans le toit de la grange (celui-ci, dit-on, ne put jamais être réparé). Marguerite était sauvée. Le vieil Egidius, lui, qui faisait travailler ses serviteurs le dimanche, s’appauvrit de plus en plus et laissa ses enfants dénué. Quant au Diable, il tenta de revendre sa botte foin dans le secret espoir que les vaches qui le mangeraient mourraient, poussant leurs propriétaires à proférer quelque blasphème.  Sans succès. De rage, il finit par broyer la botte de paille et en jeter les débris dans les égouts de Paris et voilà pourquoi, dit-on, ils puent depuis…

Le Pont de Saint-Cloud.

Pont de Saint-CloudEn 841, Lothaire Ier menaça Paris et Charles le Chauve plaça ses troupes entre Saint-Denis et Saint-Cloud. Mais la Seine était en crue et les troupes de Lothaire ne purent franchir, dont il était fait mention pour la première fois, semble-t-il. Dans la première moitié du 15e siècle, quoique toujours en bois, ledit pont était fortifié en son milieu, par une tour en pierre avec pont-levis. Ceci n’empêcha pas le pont d’être pris et repris par les Bourguignons et les Armagnacs durant leur célèbre conflit. En 1556, on décida finalement de construire un pont en dur, en dos d’âne, avec quatorze arches en pierre. L’ouvrage fut mené avec une telle rapidité que l’on accusa l’architecte d’avoir reçu l’aide du Diable, en échange de l’âme du premier être vivant qui l’emprunterait, histoire classique que l’on retrouve très répandue dans notre légendaire européen. Aussi, le jour de l’inauguration, toute l’assistance se tint-elle à distance plus que respectueuse. Seul le bailli osa s’avancer et le Diable riait d’ores et déjà sous cape. Mais au moment où le téméraire allait s’engager sur le pont, un chat jaillit de sa manche, et passa comme une flèche devant le Diable qui ne put le saisir et fut berné, une fois de plus, le premier être vivant ayant franchi le pont, sans qu’il ne put s’emparer de son âme !

Le Parc de Saint-Cloud.

Le Parc.

le parc de Saint-cloudLe parc de Saint-Cloud est situé au sud de la commune de Saint-Cloud, et partiellement sur les communes de Marnes-la-Coquette et de Sèvres. Domaine national, le parc de Saint-Cloud, avec ses 460 ha, est considéré comme l’un des plus beaux jardins d’Europe et a obtenu en 2005 le label « Jardin remarquable ». Il fut réalisé, en 1658, par le duc d’Orléans, frère de Louis XIV, en même temps que le château. La forêt fut fortement endommagée par la tempête de Noël 1999 et sa restauration se poursuit actuellement.  Le parc est notamment connu pour abriter le pavillon de Breteuil qui contient le célèbre mètre-étalon. Nombre d’édifices de l’ancien parc de Saint-Cloud n’existent plus, tels que l’orangerie et la salle de théâtre (détruites sur ordre de Napoléon III, en 1863), de même que la gare des Chaumes, qui était réservée au couple impérial, le château (détruit en 1870 et rasé en 1892), la Lanterne de Démosthène, détruite en 1870. La structure originelle du par, quant à elle, subsiste, avec son jardin à la française et son jardin à l’anglaise, quelques carrés boisés, le jardin fleuriste de Marie-Antoinette, une dizaine de fontaines, des cascades et de grandes allées. La ferme du piqueur subsiste également ; c’est aujourd’hui une ferme pédagogique ouverte au public. Parmi les événements historiques ayant jalonné l’histoire du parc, on citera, bien évidemment, l’assassinat d’Henri III par le moine Jacques Clément dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1589, mais également quelques faits liés au Premier Empire : Coup d’Etat du 18 brumaire An VIII (9 et 10 novembre 1799) dans l’Orangerie du château ; proclamation de Napoléon Ier comme Empereur des Français, le 18 mai 1804 ; mariage civil de Napoléon Ier avec Marie-Louise d’Autriche, le 1er avril 1810. Louis-Napoléon tentera d’ailleurs de renouer avec cette tradition impériale, en recevant dans la galerie d’Apollon, le Sénatus-consulte, qui rétablit l’Empire, le 1er décembre 1852.

La Lanterne de Démosthène.

La lanterne de DémosthènePromenade très fréquentée, le parc connaît sans doute son peuplement le plus dense de la terrasse dite de La Lanterne, à 94 m d’altitude. Ce point de vue est vraisemblablement connu depuis des temps immémoriaux. Ainsi, un habitat néolithique a-t-il été retrouvé, en 1938-1939, légèrement à l’ouest de cette terrasse, entre l’allée royale et l’allée d’Orléans. On a découvert dans une fosse ovale divers grattoirs, des haches polies en silex et en grès, de même que des flèches. Mais pourquoi a-t-on donné à cette terrasse, qui dispose d’un point de vue étendu sur Paris, le nom de Lanterne ou, plus précisément, de Lanterne de Démosthène ? Il existait jadis une lanterne qui était la reproduction d’un petit édifice original en marbre, situé à Athènes, et dont quelques moulages avaient été rapportés en France. Sur cette base, on en réalisa une imitation en terre cuite. Elle fut finalement offerte au Premier Consul qui la fit transporter à Saint-Cloud où on la plaça sur un genre d’obélisque en pierre, surmonté d’une sorte de phare. Lorsque l’Empereur était présent au château, une lanterne était allumée pour informer les Parisiens de sa présence. Mais point de repère trop visible (18 m de haut), l’édifice fut détruit à l’explosif par les Prussiens, dans la nuit du 12 au 13 octobre 1870.

le chateau de saint-cloudLe château.

En 1658, un château avait été construit à Saint-Cloud en même temps que le parc. Cet édifice est ensuite devenu la résidence et lieu de plaisir des différentes familles princières, royales et impériales. Occupé par les Prussiens, en 1870, il fut la cible de l’artillerie française dont un obus, tiré depuis la forteresse du Mont-Valérien, provoqua une explosion et un incendie qui détruisit le château le 13 octobre 1870. On décida de le raser complètement en 1892. L’emplacement du château est aujourd’hui délimité par des ifs.

Un mot sur Saint-Cloud.

Saint-Cloud (756 ha)est une commune située à 9,9 km, à l’ouest de Notre-Dame, et à 3 km des portes de Saint-Cloud et d’Auteuil. Construite sur une colline, elle s’étend sur les pentes qui dominent la rive gauche de la Seine, en face du bois de Boulogne. Nous l’avons vu, l’implantation humaine est très ancienne et remonte au moins jusqu’au Néolithique. A l’époque de la guerre des Gaules, il semble que le territoire de l’actuel Saint-Cloud ait accueilli un camp de prisonniers gaulois chargés de défricher et d’aménager ce coin de terrain sur lequel s’étendait alors l’immense forêt de Rouvray. Une localité gallo-romaine nommée Novientos (Noventium, en latin, ce qui signifie « La Nouvelle », devait ensuite voir le jour. Les Francs en firent ultérieurement Novigentium qui allait, en définitive devenir Nogent-sur-Seine, du fait que Clodoald, que nous avons déjà évoqué, s’était retiré dans le bois de Nogent et y avait fondé un ermitage où il mourut. Après la mort de Clodoald, la localité prit le nom de Saint-Cloud. Dans la seconde moitié du 9e siècle, on signale plusieurs invasions normandes : les Vikings passent par Saint-Cloud (qu’ils incendient en 845) pour aller piller Paris. Saint-Cloud eut également à souffrir de la guerre de Cent Ans (elle fut à nouveau incendiée en juillet 1358, par les Anglais, cette fois), de même que des guerres de religions : le roi Henri III y fut lui-même assassiné par le moine Clément, mais Henri IV s’y fit ensuite reconnaître roi. Louis XIV acheta la terre de Saint-Cloud qui fut érigée en duché pairie pour les archevêques de Paris, en 1674. Durant la Révolution, Saint-Cloud porte les noms de La-Montagne-Chérie et de Pont-la-Montagne. Le château joua un rôle de premier plan dans l’histoire de France, durant tout le 19e siècle : Napoléon Bonaparte y réalisa son coup d’Etat en 1899 et en fit sa résidence favorite, puis s’y maria avec Marie-Louis, en 1810 ; Blücher, ivre de vengance, devait s’y conduire comme le dernier des soudards, en 1815, en dévastant plusieurs pièces du château ; le château devint résidence royale en 1817 et la colline de Montretout (dont le sommet offre la belle perspective qui lui a donné son nom) fut par la suite convertie en jardin réservé pour le duc de Bordeaux ; c’est aussi du château de Saint-Cloud que Charles X partira pour l’exil et Napoléon III y fut proclamé empereur en 1852 ; des combats opposeront Français et Prussies, à Saint-Cloud, et notamment autour de la redoute de Montretout, aux cours de la guerre de 1870-1871 (la vile fut incendiée par les Prussiens : la guerre contre la Prusse n’avait-elle pas été déclarée au palais de Saint-Cloud ?). A la fin des années 1960, on disait que les vieux Parisiens se souvenaient encore de la joyeuse Foire de Saint-Cloud. Il s’agissait d’une fête foraine qui, à l’instar de la fête de Neuilly, faisait courir tout Paris. De nos jours, Saint-Cloud figure parmi les localités les plus prospères et huppées de France.

Histoires de poison…

Il est dit que Henriette d’Angleterre, épouse de Monsieur, frère de Louis XIV, se vit préférer par ce dernier, la fréquentation du chevalier de Lorraine, et que pour cette raison, elle mourut empoisonnée. « Madame se meurt ! Madame est morte ! », et voilà notre altesse bientôt réduite à l’état de spectre ! Et celui-ci ne trouva rien de mieux à faire que d’aller un jour hanter un bosquet de Saint-Cloud où Henriette aimait à venir se reposer ! Du moins est-ce ce que l’on crut un temps, avant que le capitaine-concierge du château ne découvrit dans ledit bosquet, une pauvresse de Saint-Cloud, nommée Philipinette qui s’amusait ainsi à terroriser les âmes trop crédules ! Et Madame sombra dans l’oubli. Bien réel, celui-là- fut le cas du docteur Castaing qui, en 1823, fut accusé d’avoir empoisonné son ami, Auguste Baillet, à l’auberge de la Tête-Noire. Le docteur fut guillotiné sans jamais, toutefois, avoir avoué être l’auteur du crime dont on l’accusa.

Les filets de Saint-Cloud.

Des filets avaient, prédendait-on, été tirés dans la Seine, à hauteur de Saint-Cloud, pour recueillir toutes les épaves emportées par le fleuve. Ils étaient-dit-on, si efficaces, que l’on pouvait retrouver prisonniers de leur étreinte, une multitude d’habits, de chapeaux, de perruques, de même que de nombreux livres que leurs propriétaires n’avaient point appréciés. On disait également que nombre de cadavres étaient ainsi arrêtés par les filets de Saint-Cloud… Légende, bien évidemment : placés à fleur de l’eau, ils auraient forcément entravé la navigation ; placés au fond, les épaves passeraient au-dessus… Mais la légende eut la vie dure, et, en 1842, la Gaité offrit la représentation d’un drame nommé Les Filets de Saint-Cloud au cours de laquelle on pouvait même voir la cabane du gardien des filets… Il fut démontré que les seuls filets qui ont jamais existé à Saint-Cloud sont ceux qui appartenaient à des pêcheurs ayant obtenu l’autorisation  d’en garnir le pont, déploiement qui a occasionnellement permis d’arrêter certaines épaves et quelques cadavres en nombre plus que limité, puisque les pêcheurs n’en envoyaient pas un par an à la morgue !

Eric TIMMERMANS.

Sources : Démons et Sorciers – Les créatures du Diable, Le grand légendaire de France, Marie-Charlotte Delmas, Omnibus, p. 94-99 / Guide de l’Île-de-France mystérieuse, Les Guides Noirs, Tchou Editeur, 1969, p. 664 à 669.

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