Descente dans les entrailles de Paris

Pour Paris Fierté, qui connaît bien le pavé parisien, c’est un plaisir de faire découvrir   un Paris caché, celui de ses entrailles. Témoignage d’un de ses gamins de Paname qui faisait sa première descente.

A au moins 25 mètres sous nos pieds se trouve un dédale de galeries, catacombes, carrières, galeries du réseau électrique, égouts, métros … La capitale repose sur un véritable gruyère qui ne demande qu’à être exploré par les aventuriers urbains que nous sommes.

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Rendez-vous donc à 20h dans le 14ème arrondissement, pas loin de la petite ceinture. Il fait froid, mais l’excitation et l’appréhension de notre première soirée dans les « catas » nous fait vite oublier la météo. 20h15, nous sommes au complet et après avoir vérifié notre matériel (lampe frontale, bougies, casse-croûte, boisson) nous nous mettons en route à la suite de notre guide pour la soirée. Séparés en deux groupes, nous franchissons d’un bond la rambarde qui empêche l’accès à la petite ceinture et nous nous regroupons discrètement sur le ballast. Commence une marche de quelques minutes le long des rails, nous avançons dans l’obscurité, à tâtons, avant de pénétrer dans un tunnel. Notre guide cherche l’entrée de sa lampe en faisant courir le faisceau au niveau du sol le long des murs. Trouvée !
L’ouverture : un trou dans le mur, au ras du sol, à peine assez large pour laisser passer un homme couché. Nous nous y faufilons les uns après les autres et nous atterrissons dans une galerie où on ne tient qu’accroupis. Il est temps d’allumer nos lampes. Nous sommes dans les galeries d’une ancienne centrale électrique, les murs sont couverts de graffitis, des traces de gens qui marquent leur passage ou leur territoire à la bombe de peinture. Premier coude, la galerie s’agrandit, on peut tenir debout. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il fait bon sous Paris.

Notre guide mène la marche, carte en main et trajet en tête, nous voilà partis dans les entrailles de Paris. Notre trajet nous mènera d’abord à travers des galeries où passaient des câbles électriques, ponctuées d’anciens transformateurs peinturlurés.

Il a plu les jours précédents. L’humidité commence à se faire sentir, et ce n’est que le début. Bientôt nous traversons de grandes flaques, puis nous avons rapidement de l’eau jusqu’aux genoux, puis jusqu’en haut des cuisses, nous venons de traverser notre premier boyau inondé.

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Nous sommes dans un véritable dédale de galeries, les noms de rues peints sur les mus nous rappellent que nous évoluons sous notre ville ! Après avoir marché une bonne heure il est temps de prendre l’apéro, nous faisons notre première pause au cabinet minéralogique. Nous allumons les bougies et flambeaux et nous éteignons les lampes frontales afin de boire un coup et casser la croûte. Le cabinet minéralogique est un endroit cocasse, une petite pièce où des ossements étaient autrefois entreposés. Une petite chapelle, sculptée à même le mur, décore le fond de la pièce et des marches s’élèvent au milieu de celle-ci et s’arrêtent au plafond. Après avoir trinqué, nous reprenons notre périple.

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Nous voilà presque sous la place Denfert-Rochereau, près de l’entrée touristique des catacombes. Notre guide nous annonce que nous allons passer à la « Librairie », une niche qui, comme son nom l’indique, accueille les livres que les visiteurs y laissent ou souhaitent y emprunter. Nous y laissons symboliquement le Hors-série de Livr’Arbitres consacré à la Journée de la fierté parisienne. Nous traversons plusieurs grandes salles dont certaines ont été décorées par des grapheurs connus. Nous sommes maintenant sous Port-Royal. L’humidité est toujours présente mais les flaques sont plus petites, nous sommes au sec et nous marchons à la lueur de nos lampes et de nos flambeaux.

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Nous passons à proximité de la « Plage », une des plus grandes salles dans cette partie des catacombes, les rythmes techno qui s’en échappent trahissent la soirée qui est en train de s’y tenir. Cela fait maintenant bientôt 2h30 que nous sommes sous terre, il va falloir songer à dîner puis à rentrer. Dernier arrêt sur notre trajet à la « Chaumière », une salle avec des bancs et une table en pierre, parfaite pour se poser un instant et se restaurer. Sortez la ch

Rassasiés, nous nous dirigeons vers la sortie, ce qui, nous le verrons, ne sera pas de tout repos. A la lueur des flambeaux, nous progressons dans les boyaux. Tantôt debout, tantôt accroupis à marcher en canard, nous avançons tant bien que mal en évitant les flaques qui se font de plus en plus nombreuses. Nous tombons alors sur une autre galerie inondée, le niveau de l’eau monte au-dessus de la taille ! arcuterie et le vin, rallumez les bougies !

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Nous traversons en portant nos sacs au-dessus de nos têtes. Cela sera notre dernier obstacle de la soirée, mais pas des moindres.

Bientôt la sortie, après 3h dans les catacombes, sur une boucle nous ayant entraîné de Porte d’Orléans à Porte d’Orléans en passant sous Denfert-Rochereau et Port-Royal. Nous ressortons par la même chatière que nous avons empruntée à l’aller. Et nous voilà repartis le long de la petite ceinture, mouillés, fourbus, mais heureux d’avoir découvert un côté de Paris que nous ne connaissions pas…

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10 janvier 2015 – 10ème marche Sainte-Geneviève et 3è Journée de la fierté parisienne

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Corbeil-Essonnes

L’origine du nom de Corbeil.

corbeille essonneCorbeil-Essonnes est une localité francilienne située à une trentaine de km au sud de Paris, dans le département de l’Essonne. Selon les sources, le nom de Corbeil lui viendrait du fait qu’elle aurait été fondée par les habitants de la cité gauloise de Corbilo-sur-Loire ou par un Romain du nom de Gnaeus Domitius Corbulo ;  de sa parenté avec le nom du corbeau, cet oiseau étant (ou ayant été) commun dans la région ; du latin car bellicum, du fait de la réputation querelleuse des gens de Corbeil ; du fait que le plan de la ville évoquait jadis une corbeille ; de ce que les gens de Corbeil avait le cœur bel ; du mot « cormier » qui indique un aspect de la végétation et une région encore fortement boisée…

 

Corbeil-Essonnes, du Paléolithique à l’époque romaine.

camulogèneOn a cru jadis que Corbeil n’avait eu aucune existence avant l’an Mil, mais depuis, de nombreuses découvertes archéologiques ont permis d’établir une occupation bien plus ancienne des lieux. Ainsi évoque-t-on premièrement une occupation de la Seine, tant au Paléolithique qu’au Néolithique. La présence humaine pour cette dernière période est attestée par la découverte de plusieurs haches polies, des lames, des couteaux en silex, un burin, un grattoir en silex (aux Tarterêts). Une épée courte, une lame, un couteau, l’extrémité d’un fourreau, constituent, quant à eux, autant de témoignages provenant de l’âge du bronze. Découvert à Champdollent, dans un canton du vieux Corbeil, un trésor de monnaies senones atteste d’une présence celtique, gauloise, dans la région. A noter que Labienus aurait justement vaincu Camulogenos dans un lieu nommé le « Champ-Dolent ». L’historien de Corbeil, Jean de La Barre (milieu du 16e s.),  attribue la fondation de la ville aux habitants de la cité gauloise de Corbilo-sur-Loire, évoquée par Strabon. De même source, César nommait Corbeil, Metiosedum, la ville assise entre les deux villes de Lutèce et Melun. Cent cinquante ans après la construction de la ville gauloise du Vieux-Corbeil, la nouvelle ville, soit le « Nouveau-Corbeil » aurait été fondée par le Romain Gnaeus Domitius Corbulo (on notera la parenté de « Corbulo » et de « Corbeil », bien évidemment). On a démontré l’importance de l’agglomération d’Essonnes et de Corbeil, aujourd’hui confondues, à l’époque gallo-romaine. Y aurait été notamment découverte une voie romaine reliant Lutetia à Agedincum par la vallée de la Seine. A Essonnes, des sépultures païennes à incinération ont été découvertes. Les plus anciennes sont datées du Ier siècle par les monnaies. Elles ont précédé la nécropole chrétienne qui remonte au moins à l’époque de Tétricus (empereur des Gaules, de 271 à 274). L’église elle-même a vraisemblablement succédé à un temple païen : une première chapelle fut ainsi élevée à Exona, vers l’an 600, à l’emplacement d’un ancien temple païen. A Corbeil et au hameau voisin de Saint-Germain-lès-Corbeil, de nombreuses trouvailles faites soit dans des fouilles, soit dans la Seine, attestent l’occupation à l’époque romaine, mais seulement au bas Empire.

Corbeil-Essonnes : de l’Antiquité à nos jours.

corbeille essonneCe sont les invasions normandes qui vont donner à la ville son importance stratégique, suite à la construction d’un château pour la défense de la Seine. Il ne subsiste aujourd’hui de ces bâtiments de défense (enceinte dotée de cinq tourelles et un donjon nommé « tour du Hourdy », le tout étant entouré d’un bras artificiel de la Seine), édifiés sous le règne de Charles III le Gros (833-888), que les fondations sur la rive droite (Corbeil). C’est à cette époque que la ville changea d’implantation et que l’on put clairement distinguer Corbeil et Essonnes. Un pont devait être édifié sur le fleuve vers l’an 900. La construction des bâtiments de défense de Corbeil est attribuée à Aymon de Corbeil, qu’une certaine tradition désigne comme le père des légendaires « Quatre Fils Aymon » ! La localité se vit doublée d’une renommée religieuse, lorsque l’on déposa dans deux églises ( Saint-Spire et Saint-Guanaul) de précieuses reliques : celles de saint Exupère (ou saint Spire), premier évêque de Bayeux, de saint Loup, autre évêque de Bayeux et du saint breton Guenaul (ou saint Gwenaël). Ainsi Corbeil devint-elle plus importante qu’Essonnes qui jusque-là avait été une terre du fisc où les rois battaient monnaie. Au 11e siècle, le territoire des deux villes se couvrit d’un vignoble. Unification avec le royaume de France en 1120. Au 12e siècle, les Grands moulins de Corbeil devinrent moulins du roi, la commune fournissant Paris en pain « Chaland » de qualité. Cette activité alimentaire se verra complétée par des tanneries, une poudrerie, un laminoir et une activité de batellerie . L’activité diplomatique y est également importante on y signe notamment plusieurs traités et nombre de personnages illustres visitent la cité : Blanche de Castille, Saint-Louis, François Ier. Durant la guerre de Cent Ans, Corbeil subira de nombreux sièges et on y constituera un corps d’arquebusiers. Septembre 1590, lors du siège de Paris, prise de Corbeil par Alexandre Farnèse, ce qui permit de ravitailler Paris, assiégée par Henri IV. En 1628, explosion de la poudrière qui incendia Corbeil. 1800, création de l’administration  préfectorale : Corbeil devient sous-préfecture du nouveau département de Seine-et-Oise. 1940 (17 septembre), mise en service de la ligne de chemin de fer, Paris-Corbeil. A noter que le célèbre artiste wallon (originaire de Namur), Félicien Rops (1833-1898), passa les quinze dernières années de sa vie à Essonnes. Expansion du secteur industriel dans les années 1880-1890. 1906 (8 juillet), inauguration de l’Hôtel de Ville de Corbeil. 1907, violente répression de la grève des ouvriers-papetiers d’Essonnes ; retentissement national. 1914, édification de l’Hôtel de Ville d’Essonnes. 1918, bombardement de la localité ; destruction des vitraux des églises. 1928-1971, biscotterie Exona. 1944 (13 août), bombardement de la ville par les Alliés ; un train de munitions allemand explose en gare de Corbeil. 1944 (nuit du 7 au 8 juin), bombardement de l’ensemble des gares importantes et destruction d’un bombardier Halifax par la Flak (DCA allemande) ; le bombardier s’écrase sur un pavillon de la rue Gournay. En outre, dans leur fuite, les Allemands détruiront  le pont sur la Seine, unique point de passage entre Melun et Villeneuve-Saint-Georges. La volonté de fusionner Corbeil et Essonnes remonte vraisemblablement à 1789. Le projet fut remis sur la table en 1946, avant de se voir finalement concrétisé en 1951. En 1955, le pont Patton rétablit les communications routières entre les deux rives du fleuves. En 1999, 17,4 % de la population de Corbeil-Essonnes étaient de nationalité étrangère (ajouter les populations naturalisées d’origine étrangère), parmi lesquels on compte, au nombre des extra-européens, les Algériens (3,5 %) , les Marocains (1,9 %), les Turcs (0,6 %) et les Tunisiens (0,3 %). La commune souffre d’insécurité, notamment dans les quartiers dits « sensibles » (actes de délinquance fréquents, braquages, agressions de fonctionnaires de police, manifs « pré-insurrectionnelles »…).

De nombreux édifices religieux.

-Saint-Vincent (Corbeil) : Essonnes, nous l’avons dit, fut une terre du fisc, où les rois battaient monnaie. Or, il est dit qu’au 6e siècle, saint Germain, évêque de Paris, guérit un des serviteurs du fisc –un nommé Gildomer- d’une infirmité qui lui était venue parce qu’il avait voulu travailler un dimanche. Le même saint Germain fit, dit-on, bâtir sur la terre du vieux Corbeil, une église en l’honneur de Saint-Vincent. A l’emplacement de cette église, l’évêque s’était couché  sur l’herbe verte et l’on dit que, par la suite, l’herbe resta miraculeusement verte à cet endroit.

notre-dame essonne-Notre-Dame (Essonnes) :D ’après Suger, abbé de Saint-Denis, une petite chapelle s’élevait, au début du 12e siècle, au lieu-dit les Champs. Elle était en ruine et sur son autel paissaient des troupeaux d’ovins et de caprins. Mais un jour, plusieurs personnes affirmèrent y avoir vu, le samedi, des cierges allumés. Aussitôt, des malades accoururent pour demander leur guérison et, selon la tradition, l’obtinrent. La chapelle devint alors un lieu de pèlerinage et fut reconstruite par des religieux de Saint-Denis. Cela déplut au comte de Corbeil, Eudes, qui n’aimait guère voir ces moines si près de ses terres. Aussi décida-t-il de prendre l’argent qu’ils gardaient dans un coffre. L’excommunication suivit, puis, la maladie. Le comte n’eut d’autre choix que de rendre l’argent volé et, en outre, d’abandonner aux moines, les droits qu’il percevait sur le foin et la chair de porc. Les « miracles » purent ainsi se poursuivre dans la chapelle. Suger fit bâtir un cloître, un réfectoir et un dortoir. Il y envoya ensuite une douzaine de religieux placés sous les ordres d’un prieur. Le cloître, qui possédait de nombreuses prairies et vignes, en plus d’un moulin, d’un pressoir et d’un four, était totalement autosuffisant. Ultérieurement, , le roi Louis VII dit « le Jeune » (1120-1180)., leur accorda le droit de pêche dans l’Essonnes. L’église Notre-Dame proprement dite fut vraisemblablement élevée au 11e siècle, sans que l’on sache exactement par qui, ni en quelle année. L’église devait abriter une châsse qui, elle-même, devait contenir les ossements de saint Yon, un martyr régional dont une localité francilienne portait également le nom et qui prétendait détenir les vrais reliques de saint Yon, mais on trancha, en 1383, en faveur de Corbeil-Essonnes. D’autres reliques étaient également entreposées dans cette église : celles de saint Can, martyr d’Aquilée, qui provenaient de l’église Notre-Dame d’Etampes. L’église Notre-Dame fut finalement détruite en 1819.

-Saint-Spire (Corbeil) : C’est le premier comte de Corbeil, Aymon, père, selon la tradition, des quatre célèbres fils du même nom, qui fit bâtir la première église de la localité. Elle fut nommée Saint-Spire (alias Saint-Exupère), vers le milieu du 10e siècle (957). Cette église abritait les corps de saint Spire, premier évêque de Bayeux, et de saint Loup, un autre évêque de Bayeux. L’église Saint-Spire fut incendiée vers 1140, reconstruite peu après et modifiée aux XIVe, XVe siècles et XVIIIe siècles. En 1317, les corps des deux évêques furent transférés dans une châsse précieuse et une procession solennelle parcourut la ville et les faubourgs. Cette procession fut ensuite renouvelée chaque année le dimanche précédent les Rogations. Une nouvelle translation sera effectuée en 1619. Au 18e siècle, la châsse de saint Spire était toujours exposée, chaque année, à la vénération publique. Elle était porté en procession au pré de Saint-Jean où l’on réunissait une centaine de paralytiques et de boiteux qui touchaient la châsse et, dit-on, repartaient guéris. Certains d’entre eux, revenaient d’ailleurs l’année suivante…pour être guéris de la même maladie ! Semble-t-il averti de la chose, un groupe de jeunes incrédules décida, en 1781, de se rendre au lieu des miracles prétendus, armés de fouets. Ils firent si bien jouer ceux-ci que boiteux et paralytiques supposés en vinrent bien vite à prendre leurs jambes à leurs cous, laissant saint Spire sans ouvrage ! Depuis, Spire n’osa plus faire de miracles dans le pré Saint-Jean. L’église Saint-Spire de Corbeil échappera toutefois aux affres de la Révolution, mais ses vitraux seront détruits lors du bombardement (allemand) intervenu dans la nuit du 22 au 23 mai 1918. Il le seront à nouveau lors du bombardement (allié) du 13 août 1944. L’église Saint-Spire, devenue cathédrale en 1966, fut classée une première fois en 1840 et à nouveau le 30 décembre 1913.

-Saint-Etienne (Essonnes) : L’église Saint-Etienne d’Essonnes est attestée depuis le 10e siècle au moins. Elle a changé plusieurs fois de propriétaire pour être finalement cédée à l’abbaye de Cluny. L’église sera endommagée, en 1628, lors de l’explosion d’un moulin à poudre. Le chœur (13e siècle) fut restauré au Second Empire. L’édifice fut classé comme monument historique, le 25 mars 1930. On en fit de même pour la cloche de bronze de 1784, le 27 avril 1944. La base du clocher et le portail auraient été construits au 11e siècle. A l’occasion de travaux de rénovation, est révélée, le jeudi 10 mars 2011, la découverte d’une fresque, au plafond, qui daterait du 15e siècle. Il s’agit d’une fresque de couleur rouge et ocre qui pourrait s’étendre sur 300 m². Selon les spécialistes, il s’agit là d’une découverte exceptionnelle, d’ampleur nationale. La fresque représente des anges musiciens, qui accompagnent une scène plus vaste, probablement un jugement dernier. L’église est dédiée au « martyr Etienne », désigné comme « premier martyr de la chrétienté » ou « protomartyr ». Il semble être à l’origine du culte des saints dans l’église catholique.

Saint-Guenaul (Corbeil) : Ou Saint-Gwenaël. C’est encore au comte de Corbeil, Aymon (10e s.), que l’on attribue la construction de l’église Saint-Guenaul, et ce afin d’y déposer les reliques du saint breton, Gwenaël/Guenaul. Elle fut rebâtie au 13e siècle. Le 28 décembre 1255, l’évêque Renaud de Corbeil y déposa ce qui fut présenté comme « une épine de la sainte couronne de Notre-Seigneur, donnant des indulgences à ceux qui viendraient la vénérer ».

Saint-Jean-en-L’Isle-lez-Corbeil (Corbeil) : Dans la seconde moitié du 13e siècle, les frères de l’Hôpital Saint-Jean de Jérusalem commencèrent à acquérir des terres et des droits seigneuriaux dans la ville de Corbeil. En 1184, les Hospitaliers reçurent, à titre d’aumône, d’Alice de Bergeres, huit arpents de terre dans l’île de Corbeil. C’est là qu’ils établirent leur demeure et leur chapelle (1185). Suite à une donation, ils agrandirent leur domaine de deux arpents de prairie, que l’on nommer Prés Saint-Jean (voir l’histoire de Saint-Spire et de ses « miracles »). La chapelle fut nommée Saint-Jean, le Petit-Saint-Jean ou encore le Petit-Saint-Jean-de-l’Ermitage. On y déposa les reliques de saint Quirin et de sainte Pience. Selon une étrange coutume, le curé de Saint-Port, au diocèse de Sens, devait au prieur de Saint-Jean, le jour de saint Jean-Baptiste, trois chapeaux de roses vermeilles et trois paires de gants rouges pour une terre sise à Saint-Port et nommée la terre des Chapeaux. Il devait les apporter au prieur pendant son dîner, sous peine de cinq ans d’amende. Mais la Maison de l’Hôpital de Corbeil prit toute son importance avec la fondation d’un prieuré que la reine Isburge (Ingeburge, Isambour ou Isemburge), en 1223. Isburge, princesse d’origine danoise, fut l’épouse de Philippe Auguste, épouse toute théorique toutefois, puisqu’elle fut répudiée par le roi, au lendemain de leur mariage (1193). Il se trouve que, selon une certaine tradition, Philippe Auguste se trouva dans l’impossibilité de dépuceler la reine…  Incompatibilité d’humeur ? Impuissance passagère ? Rationnellement, on préféra incriminer un quelconque… « nouage d’aiguillette » (acte magique supposé être capable de rendre impuissant !). Le mariage fut aussitôt déclaré nul, ce qui permit au roi de se remarier avec, cette fois, plus de succès. La pauvre Ingeburge passa dès lors nombre d’années en exil et en prison dans le château d’Etampes, jusqu’à la mort du roi, en 1223. Jouissant à titre de douaire du comté de Corbeil, elle s’y retira et fonda le prieuré précité, dont l’église sera nommée Saint-Jean-en-L’Isle-lez-Corbeil, du fait de sa situation géographique dans une île formée par la Juine avant de se jeter dans la Seine. Ingeburge y établit douze prêtre faisant profession de la règle de Saint-Augustin, avec à leur tête, un prieur et un commandeur. Confisqué durant la Révolution, le prieuré fut ensuite inclus dans le domaine de la Poudrerie Royale pour en faire une carboniserie (brûlage du fusain). Suite à plusieurs explosions successives et aux plaintes des riverains, la Poudrerie fut fermée en 1820. L’ancien prieuré servira encore à plusieurs usages avant d’être finalement transformé en musée. La Commanderie a été inscrite comme monument historique, le 23 juin 1947 et classée depuis septembre 2005.

Saint-Nicolas (Corbeil) : Corbeil eut aussi, au sud de la ville, une église Saint-Nicolas. Elle fut vraisemblablement construite au 14e ou au 15e siècles. Elle fut détruite au 16e siècle, durant les guerres de religions. A noter qu’une chapelle royale érigée en 1258 par Saint-Louis, disparut à la même époque

L’école d’Abélard.

pierre abélardPierre Abélard (1079-1142), fils du seigneur du Pallet, vécut sous le règne de Louis VI (1081-1137). Destiné par son père au métier des armes, Abélard finira par renoncer à son héritage et à venir à Paris où il ser l’élève de Guillaume de Champeaux, dont il deviendra par la suite, le rival sur le plan philosophique. A 22 ans, Abélard dirige les écoles de Corbeil et Melun. Son intention est alors, vraisemblablement, de vouloir contrecarrer les écoles que Guillaume de Champeaux avaient établies à Melun. Mais les élèves d’Abélard ne trouvant pas à Corbeil les facilités nécessaires à leurs études, persuadèrent leur professeur de s’établir à Paris. Abélard ouvrit alors une école didactique sur la montagne Sainte-Geneviève. Pierre Abélard, qui a la quarantaine accomplie,  connaît un réel succès auprès des Parisiennes, et, bien que destiné à l’Eglise, notre philosophe n’hésite pas à payer de sa personne. Selon la chronique, ses conquêtes furent nombreuses. Et c’est à ce tournant de sa vie que le chanoine Fulbert l’invite à enseigner à sa ravissante nièce de 17 ans, Héloïse, une jeune « nonne » jugée savante pour son âge. La passion s’en mêle et l’amour entre le professeur et son élève ne restera pas longtemps platonique. Héloïse est bientôt enceinte des œuvres d’Abélard. Afin de fuir le scandale, le couple s’enfuit en Bretagne, chez Abélard, où ils se marient discrètement. Que devint l’enfant ? On ne sait. Héloïs rentre à Paris et est nommée Prieure du couvent d’Argenteuil. Abélard le rejoint, mais Fulbert lance sur eux l’anathème : sa nièce déshonorée, promise à un bel avenir, ne peut plus rien espérer. Cela réclame vengeance. Deux écorcheurs vont agresser Abélard et le châtrer. Louis VI, prévenu du crime, soumettra les agresseurs à la loi du talion et imposera une sanction strictement pécuniaire à l’oncle vindicatif. Sur ce, Abélard concocte un traité de mariage dans lequel il prône…l’obligation de réprimer désir et plaisir physique. Héloïse accepte  et ne renoncera jamais à son bel amour… En 1817, la mairie de Paris fera déposer les ossements du couple au Père-Lachaise où ils reposent à jamais.

Du « Corbeillard » au corbillard.

Nous l’avons dit, dès le 12e siècle, les Grands moulins de Corbeil, devenus moulins du roi, fournissaient Paris en pain « Chaland » de qualité. On le faisait parvenir dans la cité au moyen de coches appelés les « Corbeillards ». Durant la pandémie de Peste noire du 14e siècle, ces coches furent utilisés pour transporter ses victimes. C’est ainsi que fut institué le mot de « corbillard ». Les Grands moulins actuels, construits au 19e siècle et inscrits aux monuments historiques, sont un exemple de l’architecture industrielle de Corbeil, au même titre que la halle du marché couvert (1893) et les bâtiments de la papeterie Darblay (1823-1959). Ils font partie, avec les églises Saint-Jean-en-L’Isle, Saint-Spire et Saint-Etienne, des six édifices inscrits aux monuments historiques.

E. TIMMERMANS. Sources : Guide de l’Île-de-France mystérieuse, Tchou Editeur – Les Guides Noirs, 1969.

La rue Saint-Augustin et le passage Choiseul

La rue Saint-Augustin.

La rue Saint-Augustin est une artère du 2e arrondissement parisien. Elle début au 75 rue de Richelieu et se termine au 14 rue d’Antin. Elle fut ouverte en 1633 entre les rues Notre-Dame des Victoires et de Richelieu, et en 1650, entre cette dernière et la rue Gaillon  La rue Saint-Augustin tient son nom de l’ancien couvent des Augustins-Déchaussés (ou Petits-Pères) qu’elle longeait. La congrégation des Augustins Déchaussés naquit en Espagne, en 1592, puis s’implanta en Italie. C’est de Rome que partirent, en 1595, les religieux français qui allaient fonder le premier établissement de cette congrégation en France (Dauphiné). Au fil de la multiplication des fondations, la branche française se détacha progressivement des autres pour acquérir son indépendance définitive entre 1610 et 1630. La première implantation parisienne des Augustins déchaux, initiative de Marguerite de Valois, date de 1609. Chassés par les Petits-Augustins, en 1613, ils reviennent dans la capitale en 1619 et acquièrent, dix ans plus tard, des terrains situés dans le quartier situé autour de la rue de Richelieu. Louis XIII, qui accepte de se déclarer fondateur de leur couvent de Notre-Dame-des-Victoires, référence à ses récentes victoires contre les protestants, vint en personne poser la première pierre de l’église le 9 décembre 1629. Lorsqu’éclate la Révolution, un assez grand nombre de religieux quittent le couvent. En 1791, l’église est transformée en paroisse puis accueille la Bourse. Les bâtiments conventuels sont utilisés par l’armée et des administrations. Lorsque l’église fut rendue au culte, seuls deux religieux étaient encore sur place. Le couvent ne sera jamais rouvert.  Parmi les curiosités de cette artère, comptons : l’emplacement de l’entrée de l’ex-Hôtel de Lorges, de Conti, de Vallière et de Deux-Ponts (n°34) ; emplacement de l’Hôtel Courtois (1670), puis de la famille Frémour (jusqu’en 1750) ; ensuite Hôtel Lallemand de Nantouillet (n°33 à 27). N°27 : Fenêtres. Au n°22, se trouve l’emplacement  d’un hôtel ayant appartenu, en 1702, à Charles de Ferriol, beau-frère de Mme de Tencin. Il fut ambassadeur de France en Turquie d’où il ramena une circassienne nommée Aïssé. En 1746, des héritiers vendirent l’hôtel à un fermier général. Mlle Mars et l’architecte Visconti l’habitèrent au 19e siècle. En 1869, l’hôtel fut démoli et remplacé par l’immeuble actuel. Citons encore la rue Monsigny (n°25), qui accueille l’une des entrées du théâtre des Bouffes-Parisiens (n°4), ancien théâtre Comte, et la rue de Gramont (n°14), ouverte en 1765 au travers d’un hôtel (n°12 à 10) ayant appartenu au financier Nicolas Monnerot, que Louis XIV devait finalement confisquer au profit de la famille des Gramont qui le conservèrent pendant quatre générations. Mais dans cette rue c’est le passage de Choiseul qui fera plus précisément l’objet de notre attention.

Le passage de Choiseul.

passage choiseulLe passage de Choiseul, plus communément appelé le « passage Choiseul », est un passage couvert situé dans le 2e arrondissement parisien. Il s’étend entre les rues des Petits-Champs (sud) et Saint-Augustin (nord). Le passage de Choiseul s’inscrit dans le prolongement de la rue dont il tient son nom et à partir de laquelle on accède, au départ du métro Quatre-Septembre. C’est au n°23 de la rue Saint-Augustin que l’on trouve l’entrée nord du passage Choiseul, l’entrée sud se situant rue des Petits-Champs. En outre, au n°52 du passage Choiseul, se situe le passage Sainte-Anne (47 m) qui permet d’accéder directement à la rue du même nom (n°59). Ouvert en 1829, il fut inscrit au titre des monuments historiques en 1974, en même temps que le passage Choiseul. Combien de fois me suis-je faufilé par cette petite artère couverte, pour aller écluser quelques verres à La Tartine, un bar enraciné, très « terroir », aujourd’hui disparu. Rencontres inattendues, discussions passionnantes, chants enflammés (mais se voulant discrets), vin, bière et alcool coulant à flots, et puis les chats, animant le lieu de leur augusteprésence ! Que de souvenirs ! Merci à toi Bernard, honorable et fidèle ! Mais revenons-en à notre passage Choiseul. L’entrée de la rue Saint-Augustin (pilastres et fronton triangulaire), ouvert en 1825, n’est autre que l’entrée d’un hôtel construit, à la fin du 17e siècle par Lepautre. Sous la Régence, il devint un célèbre tripot qui fut affermé pour 10.000 livres par mois à un certain Poisson, comédien de son état. Le Passage Choiseul fut édifiée entre 1825 et 1827, à l’initiative de la banque Mallet et Cie qui achètera quatre hôtels particuliers –de Lionne, de Langlée, de Gesvres, dont le porche est celui de l’entrée nord du passage, et Radepont-, qu’elle fera détruire dans le but de réaliser une opération d’ordre spéculatif, en projetant d’y construire de nouveaux immeubles à leur place. Seul le passage de Choiseul fut finalement construit, le projet d’origine ayant été bouleversé par la construction du théâtre de l’Opéra Comique (de nos jours : salle Ventadour). Ce sont les architectes Mazois, puis Tavernier qui se chargeront de l’ouvrage. Avec ses 190m, c’est le plus long des passages couverts parisiens. Tombé en désuétude au fil du temps, le passage Choiseul devait connaître une explosion de sa fréquentation au début des années 1970…quand un couturier de renom vint y ouvrir une boutique « branchée ». Aujourd’hui stabilisée, la fréquentation du passage, ouvert du lundi au samedi, de 8h à 20h, est tributaire des heures de bureau. A noter que c’est au numéro 23 du passage Choiseul que se trouvait la librairie d’Alphonse Lemerre, éditeur de Verlaine et des Parnassiens, Leconte de Lisle, Hérédia, Barbey d’Aurelly, Sully Prudhomme ou Catulle-Mendès.

Céline : un auteur et son passage.

passage choiseulFernand Destouches est « correspondancier » (selon les mots de Céline) dans une compagnie d’assurance, « Le Phénix ». Son épouse, Marguerite Guillou, est propriétaire d’un magasin de mode, à Courbevoie. C’est dans un appartement attenant à ce magasin que, le 27 mai 1894, naît Louis Destouches qui se fera connaître plus tard sous le nom de plume de « Céline » ou encore « Louis-Ferdinand Céline ». En 1899 que la famille Destouches va s’établir dans le passage Choiseul. Au numéro 67, d’abord, où Marguerite Guillou-Destouches ouvre un magasin de « nouveautés », puis, à partir de 1904, au n°64, et ce jusqu’en 1907. C’est donc au « Passage » que Louis-Ferdinand vivra toute son enfance. Le 12 mai 1936, Denoël et Steele publient Mort à crédit dans lequel  Céline immortalisera le passage Choiseul, rebaptisé par ses soins « Passage des Bérésinas » ou sa « cloche à gaz » (référence à l’installation de l’éclairage au gaz dans la galerie). Il y décrira sa vie, son enfance, dans la boutique du « Passage » : « Fallait se méfier du vol et de la casse, les rogatons c’est fragile. J’ai défiguré sans le faire exprès des tonnes de camelote. L’antique, ça m’écoeure encore, c’est de ça pourtant qu’on bouffait. C’est triste les raclures du temps…c’est infect, c’est moche. On en vendait de gré ou de force. Ca se faisait à l’abrutissement. On sonnait le chaland sous les cascades de bobards… les avantages incroyables…sans pitié aucune…Fallait qu’il cède à l’argument…Qu’il perde son bon sens…Il repassait la porté ébloui, avec la tasse Louis XIII en fouille, l’éventail ajouré bergère et minet dans un papier de soie. C’est étonnant ce qu’elles me répugnaient moi les grandes personnes qui emmenaient chez elles des trucs pareils… » (Mort à crédit).

Après son enfance au « Passage », Louis-Ferdinand passera son adolescence à l’étranger, de pension en pension : en Allemagne (1907-1909) d’abord (Diepholz, près de Hanovre : un an ; Karlsruhe : quatre mois), puis en Angleterre, où il sera pensionnaire de deux collèges, de février à novembre 1909. Revenu à Paris en 1910, il entre en apprentissage chez un marchand de tissus puis, successivement, chez trois joailliers. Le 28 septembre 1912, Louis-Ferdinand s’engage au 12e régiment de cuirassiers de Rambouillet. Blessé au bras (et non à la tête, comme on le croit souvent) dans les Flandres, durant la première guerre mondiale, il est affecté au service des passeports au consulat général de France, à Londres, en janvier 1915. Fréquentation des music-halls et du milieu des proxénètes français de Londres. En mars 1916, il est engagé comme « surveillant » de plantation à Bikobimbo, au Cameroun. Durant la traversée qui le mènera de Liverpool à Douala, il écrit son premier texte connu Des vagues. Rapatriement en France, en mars 1917, pour cause de dysenterie. En juillet 1919, Louis passe son bac à Rennes, puis entreprend des études de médecine. Mariage avec Edith Follet, le 19 août de la même année. Le 1er mai 1924, il présente sa thèse consacrée à l’œuvre de Philippe Semmelweis. A noter que Louis-Ferdinand sera engagé par deux fois par la société Rockefeller, en mars 1918, dans le cadre d’une campagne contre la tuberculose, et en 1924, année où il sera mis à la disposition de la commission d’hygiène de la SDN ; il s’installe à Genève. 1925-1926 : missions médicales aux Etats-Unis, en Afrique et en Asie. Juin 1926 : divorce d’avec Edith Follet. 1928-1929 : début de la rédaction de Voyage au bout de la nuit.1932, mise en vente du roman pour lequel son auteur obtient le prix Renaudot. En 1935, il rencontre Lucienne Almanzor, qu’il épousera en 1943. Publication de Mort à crédit, le 12 mai 1936.

Publication des célèbres pamphlets antisémites Bagatelles pour un massacre (décembre 1937) et L’Ecole des cadavres (novembre 1938). Céline participe à des réunions d’officines antisémites et correspond avec leurs animateurs. Polémique autour de L’Ecole des cadavres, dont six pages litigieuses seront finalement retirées. Publication des Beaux Draps en 1941. Sous l’Occupation (1941-1944), Céline poursuit son œuvre littéraire : nouvelle édition de Mort à crédit, réédition de L’Ecole des cadavres et de Bagatelles pour un massacre. Dans Au pilori, Céline appelle à la constitution d’un parti unique et à une réunion des personnalités anti-juives. Il assiste aussi à un meeting de Jacques Doriot au Vel d’Hiv, puis se rend à Berlin. En 1944, sentant le vent tourner, le couple Destouches, accompagné de leur chat Bébert, entreprend de partir pour le Danemark, où Céline a mis de l’argent en sûreté. Dès le 17 juin 1944, commence alors pour eux un périple qui les conduira successivement à Baden-Baden, Berlin, Kraenzlin, Sigmaringen, Flensburg et Copenhague (27 mars 1945), où Céline et sa femme seront finalement arrêtés, en décembre 1945. Si son épouse est rapidement relâchée, l’auteur, lui, restera en prison jusqu’au 24 juin 1947. En mai 1948, le couple Destouches s’installe dans la propriété de leur avocat danois, à Klarskovgaard. Si Céline est condamné, le 21 février 1950, à un an de prison, à 50.000 francs d’amende, à l’indignité nationale et à la confiscation de la moitié de ses biens, il n’en n’est pas moins amnistié en avril 1951. Au mois de juillet de la même année, le couple Destouches rentre en France, non sans appréhension : depuis l’assassinat de l’éditeur Robert Denoël, en décembre 1945, Céline craint les représailles. Aussi décide-t-il de s’installer, non à Paris, mais à Meudon. L’ensemble de son œuvre romanesque est réédité entre mars et mai 1952. Livraison des Entretiens avec le professeur Y  en juin 1954. Céline est plus actif que jamais et accorde notamment une trentaine d’interviews, entre 1957 et 1961. Il poursuit également la rédaction du troisième volet de la célèbre trilogie dans laquelle il évoque son périple à travers l’Allemagne en 1944-1945, soit Nord, D’un château l’autre et Rigodon. C’est le 30 juin 1961 qu’il achèvera la seconde rédaction de Rigodon. Céline meurt le lendemain d’une rupture d’anévrisme.

Les Bouffes Parisiens et Offenbach.

bouffes-parisiensLe théâtre des Bouffes-Parisiens est une salle de spectacles située au 4 rue Monsigny. Une sortie secondaire donne sur le passage Choiseul. Cette salle fut construite, en 1826, à l’initiative du magicien et ventriloque, Louis Comte qui en cèdera la direction à son fils Charles, en 1846. En 1855, Offenbach vient d’inaugurer son théâtre des Bouffes-Parisiens, sur les Champs-Elysées, mais il cherche une salle susceptible de l’accueillir pour l’hiver. Ce sera la salle du passage Choiseul qui deviendra les Bouffes d’hiver, la salle des Champs-Elysées devenant les Bouffes d’été. Mais lorsqu’en 1859, Offenbach abandonne définitivement sa salle des Champs-Elysées, celle du passage Choiseul reprend le nom générique de théâtre des Bouffes-Parisiens. En 1862, pour des raisons juridiques, Offenbach doit céder la direction de sa salle du passage Choiseul à son chef d’orchestre, Alphonse Varney qui fit raser la salle pour en reconstruire une, plus spacieuse. A Varney succède Edouard Prévost, qui sera lui-même remplacé par Charles Comte qui, entre temps est devenu le gendre d’Offenbach. Comte renoue avec le succès en présentant des œuvres de son illustre beau-père : L’île de Tulipatan, La Princesse de Trébizonde ou encore, après l’interruption provoquée par la guerre franco-prussienne de 1870, Madame l’Archiduc. La renommée du théâtre ne fera que s’accroître et il accueillera nombre de grands artistes français : Yvonne Printemps, Arletty, Jean Gabin, Maurice Chevalier, Michel Simon, etc. Beaucoup d’auteurs célèbres sont également représentés : Jean Cocteau, Louis Verneuil, Sacha Guitry… De 1985 à 2007, les Bouffes-Parisiens sont dirigés par Jean-Claude Brialy.  A sa mort, il sera remplacé par son compagnon et collaborateur, Bruno Finck. Dominique Dumond prend la direction du théâtre en septembre 2013 et est rejoint par Alain Sachs en 2014.

Jacques OffenbachJacques (Jacob) Offenbach naît, quant à lui, à Cologne, le 20 juin 1819, Il est le fils d’Isaac Judas Eberst (1779-1850), cantor à la synagogue. Isaac adopte, vers 1810, le patronyme d’Offenbach en vertu du décret napoléonien du 28 juillet 1808, étant originaire de la localité d’Offenbach-sur-le-Main. Son fils Jacob devait révéler très jeune ses dons pour le violoncelle, aussi Isaac l’envoie-t-il poursuivre ses études musicales à Paris, dès 1833. De fait, la capitale française est à l’époque la seule ville dans laquelle un artiste juif peut espérer faire carrière. Admis au Conservatoire de Paris, à titre dérogatoire, dans la classe de violoncelle. Il y reste un an, puis rejoint l’orchestre de l’Ambigu-Comique, puis de l’Opéra-Comique. Ayant francisé son nom en « Jacques », Offenbach mène en parallèle une carrière de soliste virtuose. Grâce à la notoriété acquise par ses mélodies, il devient directeur musical de la Comédie-Française, en 1847. Et comme nous l’avons dit, il crée son propre théâtre, en 1855, les Bouffes-Parisiens, qu’il dirige jusqu’en 1862. Durant ses quarante années d’activité, Jacques Offenbach produit une centaine d’œuvres dont certaines sont devenues des classiques du répertoire lyrique : Orphée aux enfers (1858), La Belle Hélène, la Vie parisienne… Son succès lui vaut bien des inimitiés et suscite bien des jalousies. Mais la guerre franco-prussienne va mettre brutalement fin à cette période de gloire. Offenbach fait désormais l’objet d’attaques virulentes s’exprimant des deux côtés du Rhin : les uns l’accusent d’être un traître, les autres le désignent comme un espion. Il quitte Paris quelques jours avant le commencement du siège, par l’armée prussienne, le 19 septembre 1870. Durant l’année qui suit, on le retrouve dans plusieurs villes européennes : Bordeaux, Milan, Vienne, Saint-Sébastien. Il revient à Paris en mai 1871. Offenbach prend la direction du théâtre de la Gaieté, en juin 1873. Brillant artiste mais mauvais gestionnaire, il se retrouve en faillite, en 1875. Après avoir réglé ses dettes grâce à sa fortune personnelle, il entreprend une tournée aux Etats-Unis, en 1876. L’une de ses œuvres les plus populaires, issue du répertoire de l’opéra-comique patriotique, est La fille du tambour-major (1879). Jacques Offenbach meurt dans la nuit du 4 au 5 octobre 1880 au boulevard des Capucines (n°8), des suites d’une crise de goutte et quatre mois avant la création de son opéra fantastique, Les contes d’Hoffmann, qui lui apporteront enfin la reconnaissance officielle à laquelle il avait aspiré durant toute sa carrière. Ce sera désormais l’un des opéras français les plus joués au monde. Jacques Offenbach est enterré au cimetière de Montmartre (9e division). Sa tombe fut réalisée par Charles Garnier.

Allan Kardec et la mode spirite.

Allan KardecC’est au passage Choiseul que, de 1858 à 1870, l’on situe le premier siège de la revue spirite. La mode du spiritisme et des tables tournantes déferlait alors sur l’Europe entière. L’un des principaux chef de file de ce courant spirite fut Denizard Rivail, mieux connu sour le nom d’Allan Kardec, auteur du Livre des Esprits. Kardec créa également un journal, ce fut la Revue spirite, dont le 1er numéro parut le 1er janvier 1858. On y recueillit, dit-on, de nombreux messages de « désincarnés » aussi prestigieux que Voltaire, Saint-Louis, Luther, saint Augustin ou La Bruyère… Et lorsque le clergé condamna ses pratiques, Etienne Dolet, l’éditeur de Rabelais, qui savait de quoi il parlait vu qu’il avait connu les affres du bûcher, intervint vigoureusement, en personne ! Le plus triste de ses spectres errants, fin gastronome de son vivant, fut certainement celui qui assura avoir assisté à son repas de funérailles sans pouvoir y participer, faute d’encore posséder un estomac… Tantale lui-même, surgissant du fond du Tartare n’aurait pas dit mieux ! Certains esprits semblèrent s’excuser même de ne pas avoir pris au sérieux, de leur vivant, les travaux sublimes de Rivail-Kardec. On fonda bientôt une Société des Etudes Spirites qui prit ses quartiers au passage Sainte-Anne où l’on se livra à toutes les « expériences » fantasmagoriques que l’on peut imaginer. De pseudo-scientifique « spirituel », Kardec devint prophète. On dit qu’à Bordeaux, il apparut devant dix mille spectateurs et qu’à cette occasion, un orateur, s’étranglant d’émotion, les salua par ces mots : « Vous, l’élu de Dieu… » Au-delà de l’aspect passablement fantasque de l’aventure spirite, reconnaissons qu’Allan Kardec se consacrait entièrement à son œuvre et s’imposait un rythme de vie effréné qui finit par lui coûter la vie. Il succomba d’une rupture d’anévrisme, au passage Sainte-Anne, le 31 mars 1869. Il est supposé reposer au cimetière du Père-Lachaise, sous un dolmen érigé deux ans plus tard par ses disciples, sous lequel on peut voir son buste de bronze.

L’hôtel et la rue de Choiseul.

Hôtel de Choiseul-PraslinLorsqu’en 1701 l’enceinte de Paris fut élargie et que la porte de Richelieu fut rasée, Pierre Crozat (dit le Pauvre, en comparaison de son frère Antoine, mais qui n’en possédait pas moins une immense fortune), décida, vers 1704-1706, de se faire construire un hôtel particulier à l’extrémité de l’actuelle rue de Richelieu (n°s 90-98). Ultérieurement, le duc Etienne François de Choiseul en devint le propriétaire de par son mariage avec Louise Honorine Crozat, fille de Louis François Crozat, marquis du Châtel, et petite –fille de Pierre Crozat.

L’importance de ce personnage qu’était Etienne François de Choiseul (1719-1785), d’abord comte de Choiseul, puis duc de Choiseul-Stainville, mérite qu’on s’y attarde quelque peu, bien qu’il ne soit guère évident de résumer une vie aussi riche. Lorrain d’origine, né à Nancy, le duc de Choiseul (du village de Choiseul en Bassigny, Haute-Marne) fut un homme d’Etat de premier plan. De fait, il fut le premier ministre de Louis XV de 1758 à 1770 mais…sans en avoir le titre officiel. Son influence fut telle qu’on le considérait comme le véritable  « vice-roi de France ». Il se montra particulièrement attaché à la modernisation du royaume de France et au renforcement de l’Etat face au pouvoir de l’Eglise. Il symbolisa l’alliance sociologique et politique d’une certaine frange libérale de la noblesse européenne et la bourgeoisie progressiste d’affaires. Perçu, par ses détracteurs –Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie, notamment- comme un « boute-feu », le duc de Choiseul œuvrera essentiellement, en tant que ministre des Affaires étrangères (1758-1761) de Louis XV, à l’établissement d’une alliance défensive –au combien visionnaire !- entre le royaume de France et l’empire d’Autriche. Las, ce sera là un accélérateur de la Guerre de Sept Ans. Il fut également ambassadeur auprès du Saint-Siège (1753-1757) et en Autriche (1757-1758). Il accède donc réellement au pouvoir en 1758. En 1761, il devient Secrétaire d’Etat à la Guerre et à la Marine. En 1766, il reprend les Affaires étrangères. Il est fait « duc » et « pair de France », entre 1766 et 1770. Le duc de Choiseul fut aussi à l’origine d’une tentative de réforme de l’agriculture qui tourna court et suscita des révoltes dans des dizaines de ville. Protégé de Madame de Pompadour, il n’en vécut pas moins le déclin progressif de la faveur royale. A la mort de sa protectrice, Choiseul espéra placer auprès du roi Louis XV, sa sœur, la duchesse de Grammont, ou toute autre femme à sa dévotion, mais ce fut en vain. Il dut assister, impuissant, à l’ascension de la nouvelle favorite, Mme Du Barry, soutenue par le parti dévot, qui lui fit perdre une part de son influence auprès du roi. En 1770, c’est avec dureté et de manière menaçante que Louis XV allait chasser le duc de Choiseul de la  Cour. En 1771, on lui demanda même de démissionner de sa charge de colonel des Suisses. Etienne-François de Choiseul se vit ainsi sommé de se retirer dans son château de Chanteloup. Mais on le regretta bientôt à la Cour, alors que toute l’opposition lui rendait visite à Chanteloup. Marie-Antoinette verra d’un très mauvais œil la disgrâce de Choiseul et le fera rappeler, le 10 mai 1774, à l’avènement de Louis XVI. Malgré le peu le sympathie que lui portait le nouveau roi, Choiseul reparaît à la cour, le 12 juin de la même année. Mais mal accueilli par Louis XVI, le duc comprend qu’il n’a plus rien à espérer et repart pour Chanteloup dès le lendemain. Etienne François de Choiseul mourut à Paris, le 8 mai 1785, d’une bronchite mal soignée. Ruiné par un train de vie somptueux, il résidait depuis quelques années à l’hôtel Delaunay, ayant été obligé de vendre par parcelles pour lotissements le jardin de son splendide hôtel de la rue de Richelieu, où il vécut de 1754 à 1772. De fait, il y avait des sommes énormes à tirer de l’emplacement de cet hôtel. Le financier Laborde, qui l’habitat après le duc Choiseul, se chargea de la suite de ces transactions.

En 1776, la comtesse douairière de Choiseul-Beaupré reçut l’autorisation d’ouvrir sur les jardins de sa résidence allant jusqu’au boulevard, une impasse qui fut transformée en rue, en 1779 : la rue de Choiseul. Comme nous l’avons dit, l’Hôtel de Choiseul-Stainville fut largement amputé et, en 1780, l’on perça également sur ses jardins, les rues D’Amboise, Saint-Marc, Favart, Grétry et Marivaux. En 1781-1783, on y construisit une salle de théâtre pour la Comédie-Italienne, jusqu’alors installée dans la salle du théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, rue Montorgueil. C’est cette « salle des Italiens » qui donna son nom au boulevard. L’Hôtel de Choiseul-Stainville finit par disparaître complètement, en 1868, avec le percement de la rue du Quatre-Septembre. Il n’en reste plus aujourd’hui qu’un vestige, à savoir la façade d’un pavillon qui a été réédifiée dans la cour de l’Hôtel Carnavalet, face à la grille ouvrant sur la rue des Francs-Bourgeois.

Eric TIMMERMANS.

Sources : Connaissance du Vieux Paris, J. Hillairet, Editions Princesse, 1951, 1953, 1954 / Enigmes, légendes et mystères du Vieux Paris, Patrick Hemmler, Editions Jean-Paul Gisserot, 2006 / Guide de Paris mystérieux, Les Guides noirs, Editions Tchou Princesse, 1979 / « Céline », d’après une chronologie d’André Derval, Magazine Littéraire – Février 2011, p.51 à 54 / Mort à crédit, Céline, Folio-Gallimard, 1972.

 

 

Meudon, de Rabelais à Céline

Meudon, localisation et historique.

MeudonMeudon (hab. : les Meudonais)  se situe dans la partie méridionale du département des Hauts-de-Seine,  à 4 km au sud-ouest de Paris. La localité, qui fait partie de l’arrondissement de Boulogne-Billancourt et de la communauté d’agglomération Grand Paris Seine Ouest (créée en 2010), est divisée en plusieurs quartiers – Centre-Ville, Bellevue, Val-Fleury, Meudon-sur-Seine (historiquement : Bas-Meudon), Meudon-la-Forêt- possédant chacun leur propre histoire.

L’exploitation de divers sites archéologiques a permis de démontrer que a région de Meudon est occupée depuis au moins l’époque néolithique. Ainsi, d’importants gisements préhistoriques ont été trouvés dans la Forêt de Meudon, notamment à proximité de l’étang de Trivaux où l’exploitation de sablières a permis de mettre au jour un habitat préhistorique avec des vestiges appartenant au Mésolithique, au Néolithique et à l’Âge du Fer.

Le nom de Meudon viendrait du gaulois « Mellodunos » ou « Mole-Dun » (« dun » = oppidum, forteresse, enceinte fortifiée, citadelle, mais également mont ou colline ; très répandu dans la zone d’expansion des peuples celtiques). Les Romains en auraient ensuite fait Moldunum/Melodunum, qui devait finalement devenir Meudon.

Le nom du seigneur le plus anciennement attesté à Meudon est celui d’Erkenbold, en 1180. Dès l’époque médiévale, la localité est fortement liée à la famille de Meudon, de très ancienne noblesse française. Bien qu’il ne soit pas fait mention, avant le 13 siècle, des droits de l’abbaye Saint-Germain à Meudon, il apparaît que le monastère y possédait une Seigneurie , au moins depuis le 12 e siècle. L’abbaye devait, par la suite, racheter d’autres terres à Meudon. En 1333, Robert de Meudon devenait panetier du roi. Quant à son fils, Henri, il fut nommé Grand Veneur, en 1342. En 1539, la terre de Meudon appartient au cardinal Antoine Sanguin, qui la laisse ensuite à sa nièce, Anne de Pisseleu, maîtresse de François Ier. Elle-même vendit Meudon au cardinal Charles de Lorraine, qui y fit bâtir un château. Meudon continua de passer ainsi de mains en mains durant les 17e et 18e siècles, jusqu’à la Révolution.

La Convention conserva les deux châteaux de Meudon et le Comité de salut public y plaça des ateliers pour construire des machines, objets et matières utiles à la guerre. Le plus vieux château fut détruit par un incendie en 1795 et rasé en 1803, alors que l’autre fut restauré par Napoléon Ier et Marie-Louise qui y séjourna avec son fils durant la campagne de Russie. Les restes actuels appartiennent à un bâtiment érigé par le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, qui a hélas brûlé quelques jours après la guerre franco-prussienne de 1870-1871. En 1864, Meudon est la première commune de la banlieue parisienne à se voir dotée de l’éclairage public au gaz. Depuis 1958, Meudon est notamment jumelée avec la commune bruxelloise de Woluwé-Saint-Lambert. En 2011, Meudon comptait 45.010 habitants (20.797 en 1946, 52.875 en 1975).

Des menhirs et des druides…

cromlech meudonDans la Forêt de Meudon (plus précisément dans la partie dénommée Bois de Clamart, situé sur le territoire de la commune du même nom), on trouve un  menhir authentique nommé la Pierre aux Moines (ou Pierre de Chalais) et classé monument historique. Au carrefour des Missions, on trouve un cromlech rassemblant un autre menhir et plusieurs dolmens entourant un chêne tricentenaire, le Chêne des Missions. Las, au risque de décevoir nos amis les plus romantiques, ces monuments-là ont été élevés en 1895 par des missionnaires de Meudon, d’origine bretonne, du fait que le chêne présent à cet endroit était dédié à Notre-Dame des Aspirants. Le menhir semble être originaire du bois de Vélizy, en Bretagne. Quant à la demi-douzaine de dolmens qui lui ont été adjoints, du plus petit au plus grand, ils seraient de fabrication locale. Meudon possédait également une allée couverte qui fut signalée lors de l’aménagement de la grande avenue qui conduit à la terrasse, en 1845. Ladite allée pouvait mesurer une douzaine de mètres de longueur et contenir environ deux cents squelettes. Déjà violée à l’époque romaine, cette sépulture mégalithique fut finalement détruite. Il n’en reste aujourd’hui que trois dalles qui ont permis la reconstitution fantaisiste d’un dolmen sur la terrasse de l’Observatoire. Quelques restes du mobilier d’origine se trouvent au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. Par ailleurs, en 1896, un archéologue breton nommé Jean-Baptiste Piketty (1827-1894) et habitant Meudon, décida de se faire enterrer dans un dolmen ! Il choisit le plus grand des trois dolmens de Ker-Han (Saint-Philibert, près de Carnac) et, malgré de vives oppositions, le fit transporté dans le cimetière des Longs Réages, à Meudon où il sert toujours de sépulture familiale. Il a été inscrit à l’inventaire en 1996. Menhirs, dolmens, cromlechs : il n’en fallut pas moins pour enflammer l’imagination de certains . Un jour des « druides des Parisii » revendiquèrent Notre-Dame de Paris (qui serait construite sur l’emplacement d’un autel celtique) pour lieu de culte. Comme ils furent éconduits, ils décidèrent de se réunirent à Meudon, une fois l’an, six jours après la pleine lune qui suit le Solstice d’Hiver… On ne rappellera jamais assez qu’il n’existe aucun témoignage prouvant que les Celtes célébraient le Solstice d’Hiver, même si leurs quatre fêtes principales (Imbolc-1er février, Beltaine-1er mai, Lugnasad-1er août, Samain-1er novembre) correspondent bien aux équinoxes et aux solstices, mais avec un décalage calendaire que l’on ne s’explique pas. Autre rappel essentiel : les Celtes n’ont jamais élevé de menhirs, de dolmens ou de cromlechs. Ces constructions mégalithiques datent d’une époque largement antérieure à l’arrivée des Celtes dans nos régions !

Rabelais, le curé de Meudon.

RabelaisFrançois Rabelais devient titulaire de la cure de Meudon en 1551. Il n’existe toutefois aucune preuve qu’il y ait rempli ses fonctions. Il est probable que Rabelais  n’exerça jamais les fonctions curiales par lui-même. Ainsi, dans la démission qu’il donnera de cette cure le 9 janvier 1552, est-il qualifié de simple clerc du diocèse de Tours. Et l’abbé Lebœuf d’ajouter que « Rabelais résidait si peu à sa cure qu’Eustache du Bellay, évêque de Paris, y faisant la visite au mois de juin 1551, ne le trouva pas, mais seulement Pierre Richard, son vicaire, avec quatre autres prêtres ». A l’inverse, en 1648, l’abbé Lebeuf, Antoine Leroy, chanoine de Sens, qui écrivit une vie de François Rabelais, voit en lui un curé exemplaire ! Ce que ne mentionnent guère les registres de l’évêché de Paris… Rabelais mourut à Paris, sur la paroisse Saint-Paul, rue des Jardins, et fut inhumé au cimetière de l’église de Saint-Paul, le 9 avril 1553. Sous la monarchie de Juillet (1830-1848), au grand dam du conseil de fabrique de l’église Saint-Paul, il fut décidé de placer le corps de Rabelais au Panthéon. La cérémonie du transfert eut bien lieu –les registres du conseil de Saint-Paul l’attestent…mais la dépouille de Rabelais ne parvint jamais au Panthéon. Qu’est-elle devenue ? Mystère… Durant la Révolution, Meudon sera rebaptisé du nom de Rabelais. Aujourd’hui, une place Rabelais existe au centre de la ville. En outre, une statue du père de Pantagruel et de Gargantua, envoyée à la fonte par les Allemands, durant la seconde guerre mondiale, et refaite ultérieurement par Saupique, se dresse de nos jours, dans le jardin de la mairie.

La catastrophe du Paris-Versailles.

catastrophe ferroviaire de meudonLe 8 mai 1842, le train Versailles-Paris, comptant dix-huit wagons et attelé de deux locomotives , revenait de Versailles, où il y avait eu d’importantes inondations. Soudain, le train dérailla et prit feu, à l’emplacement où s’élève le petit oratoire Notre-Dame-des-Flammes. Las, à cette époque, les portes étaient fermées à clé par les chefs de train, d’où le lourd bilan : 45 morts (dès lors, les portes durent rester ouvertes en marche, disposition qui ne disparut qu’en 2003). Parmi les victimes, l’amiral Dumont d’Urville et sa famille. Parmi les rescapés, le grand-père de Marguerite Yourcenar. Ce fut l’une des premières catastrophes ferroviaires de l’Histoire. Il est dit que, suite à cet accident, un évêque français prononça une homélie évoquant l’arrogance des hommes et le courroux du ciel contre les chemins de fer. Mais voilà que, le même mois, le Vatican décidait de se doter d’un train pontifical sur l’initiative du pape Grégoire XVI !

Lieux et monuments.

-Le Couvent des Capucins : Le Couvent des Capucins de Meudon a aujourd’hui disparu. Il a toutefois donné son nom à une rue de Meudon. Les frères mineurs capucins étaient une branche de l’ordre des religieux franciscains, fondé en Italie, par saint François d’Assise, au début du 13e siècle. Ils vinrent en France, en 1572, et le roi Henri III leur offrit le domaine de Meudon, dont il était le seigneur. Ce fut le premier couvent des Capucins de France. Le cardinal Joseph, dit le « Père Joseph », éminence grise de Richelieu, fut le supérieur du Couvent des Capucins de Meudon, au 17e siècle. Aldous Huxley lui consacrera un ouvrage, tout naturellement intitulé « L’Eminence grise ». Du Bastion des Capucins, on peut encore voir aujourd’hui un superbe panorama de Paris. Une tradition locale prétend qu’un important trésor aurait été caché par les moines dans un souterrain, près de l’étang de Villebon, dans le bois. Des fouilles furent effectuées en 1880, par l’administration des Eaux et Forêts. Sans succès.

-L’église de Meudon : L’église de Meudon est mentionnée dès le 13e siècle. Elle fut, dès l’origine, dédiée à saint Martin. Elle fut partiellement reconstruite au 16e siècle (1540 et 1580), puis totalement reconstruite en 1682. Le clocher est installé sous sa forme actuelle en 1709. La façade sera modifiée au 19e siècle, puis restaurée en 1985. L’orgue, installé en 1864, sera, quant à lui, restauré en 2013. L’église de Meudon fut inscrite à l’inventaire des monuments historiques, en 1969, puis classée monument historique, en 1996.

-La maison d’Armande Béjart : Le musée d’Art et d’Histoire de Meudon est installé depuis 1943 dans la maison d’Armande Béjart (1641 ( ?) – 1700), comédienne qui fut également l’épouse de Molière. Mais au 16e siècle, la même demeure  avait été habitée par Ambroise Paré ( 1510 ( ?) – 1590).

-L’Observatoire de Meudon : L’Observatoire de Meudon est l’un des trois sites de l’Observatoire de Paris implantés à Paris (avenue de l’Observatoire), Nançay et Meudon. C’est en 1927 que l’Observatoire de Meudon sera rattaché administrativement à celui de Paris. A cet endroit se dressait jadis le château de Meudon. Incendié en 1795 et en 1871, on envisagea sa démolition. Il fut finalement transformé en observatoire, en 1876.

-La Forêt de Meudon : Forêt domaniale la plus proche de Paris, la Forêt de Meudon s’étend sur le territoire de plusieurs communes (Chaville, Clamart, Sèvres et Meudon, dans les Hauts-de-Seine ; Vélizy et Viroflay, dans les Yvelines). Sa superficie est d’environ 1100 ha, dont 520 ha à Meudon. Cette forêt constitue une importante réserve d’oxygène pour Paris. Elle abrite également une flore et une faune (renards, écureuils, sangliers, fouines, belettes, martres, ragondins, oiseaux de diverses espèces, batraciens…) variées, une partie du bois étant volontairement laissé à l’état sauvage. Cette forêt faisait jadis partie d’un vaste massif boisé nommé forêt du Rouvray.

-Le Pavé des Gardes (aussi appelé route des Gardes ou route du pavé des Gardes) : Nom d’une célèbre route historique qui traverse les communes de Chaville, Sèvres et Meudon. Elle relie les vallées de la Seine et du ru de Marivel (Chaville). Le Pavé des Gardes constitue également l’itinéraire le plus court pour se rendre de Paris à Versailles. Sous l’Ancien Régime, le Pavé des Gardes était emprunté par les armées royales pour se rendre de Paris à Versailles, d’où son nom. Le dénivelé de cette voie étant de 150m, la famille royale, elle, passait par la vallée de Marivel, afin d’éviter les fortes pentes.

-Le viaduc de Meudon : Le viaduc de Meudon (ou pont Hélène, nom donné en l’honneur de la duchesse d’Orléans, Hélène de Mecklembourg-Schwerin), initialement appelé viaduc du Val-Fleury a été ouvert en 1840. Il permet la traversée du ru d’Arthelon séparant les collines de Meudon de celles de Clamart. Une arche du viaduc laisse passer le chemin de fer allant vers la gare de Val-Fleury, et au-delà vers Versailles Rive Gauche. Ce pont en pierre ou maçonné mesure 142, 7 m et compte sept travées.

-Les carrières : Eparpillées dans de très nombreux endroits de la ville et de la forêt. Parmi les plus remarquables, on compte les carrières de Montalets et des Brillants. Il s’agit d’anciennes carrières souterraines de craie qui constituent une grande partie du sous-sol de Meudon et de ses environs. Celles-ci ont été exploitées du 18e siècle à 1925.

-Céline et Rodin : Parmi les anciens et illustres habitants de Meudon, on compte :

° Le sculpteur Auguste RODIN (1840-1917). Sa maison, la Villa des Brillants, est l’un des deux sites du musée Rodin, avec l’Hôtel Biron (rue de Varenne, 7e arrondissement). La tombe du sculpteur est située sur le même site. Rodin habite cette demeure, avec sa compagne, Rose Beuret, à partir de 1893. Sa visite permet une entrée dans la vie quotidienne de l’artiste.

CélineQuant à CELINE, de son nom de baptême Louis-Ferdinand DESTOUCHES (1894-1961), rentrant, en juillet 1951, de son exil de Sigmaringen (Allemagne), puis du Danemark, s’installe, avec son épouse, chez des amis, à Nice. Son éditeur, Robert Denoël, ayant été assassiné en 1945, Céline craint de rentrer à Paris, et décide de s’installer, en octobre de la même année, à Meudon, dans un pavillon vétuste, sis 25ter Pavé des Gardes (ou route des Gardes, chemin des Gardes). Il y exercera sa profession de médecin et son épouse, Lucette Almanzor, y donnera des cours de danse. En 1957, Céline renoue avec le succès grâce à sa « trilogie allemande », à savoir la narration romancée de son exil, relatée dans un ouvrage unique dont trois volets seront publiés successivement et séparément, à savoir D’un château l’autre (1957), Nord (1960) et Rigodon (publié à titre posthume, en 1969). Louis-Ferdinand Destouches vient de terminer Rigodon lorsqu’il décède à son domicile le 1er juillet 1961. Il sera inhumé au cimetière des Longs Réages, à Meudon. En mai 1968, un incendie détruit  totalement le bureau de Céline. Accident ou crime ? On ne l’a jamais su. Mais la date à laquelle intervient cet « accident » apparaît, aux yeux de certains, plus que suspecte… Quoiqu’il en soit, la maison des Destouches se dresse toujours aujourd’hui au 25 ter, Pavé des Gardes.

Eric TIMMERMANS. 

Sources : Guide de l’ïle-de-France mystérieuse, Les Guides Noirs – Tchou Editeur, 1969, p.594-597

Le pont-aux-ânes

Du Pont-aux-Ânes au Pont-au-Double.

pont-aux-ânesLe Pont-au-Double relie aujourd’hui le 4e arrondissement, au niveau du parvis de la cathédrale Notre-Dame, sur l’île de la Cité, au 5e arrondissement, sur le quai de Montebello. Il est dit que jadis, un simple pont de bois enjambait un petit bras de Seine à cet endroit et qu’on l’appelait le « Pont-aux-Ânes », nous y reviendrons. En 1515, il fut demandé à François Ier de construire à cet endroit un pont de pierre, afin d’installer des malades près de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu, surpeuplé. Ce n’est toutefois qu’en 1626 que l’hôpital obtiendra gain de cause. Un pont en pierre de trois arches est alors construit. Et en 1634, on édifiera dessus un bâtiment à deux étages destiné aux malades. Un passage court le long de ce bâtiment et les riverains aimeraient l’utiliser, vu que le Petit-Pont tout proche est régulièrement sujet aux embouteillages. Après moult tergiversations, ils parviennent à obtenir gain de cause mais sous réserve de s’acquitter d’un droit de passage fixé à un double denier pour les hommes à pied et à six deniers pour les cavaliers. C’est à ce péage d’un double denier pour les piétons que ce pont doit le nom qui lui est resté jusqu’à nos jours. Ledit péage subsista jusqu’à la Révolution. Quant au pont lui-même, il s’écroulera les 31 décembre 1709, puis sera reconstruit avec les salles de malades qui le coiffent. Il subsistera sous cette forme jusqu’en 1847, date à laquelle il fut décidé de construire un nouveau pont ne comportant qu’une seule arche et construit en maçonnerie de meulière, et cela afin de rendre ce petit bras de Seine navigable. Il fut finalement remplacé par une arche en fonte, légèrement décalée par rapport à l’ancien pont qui se prêtait mal aux besoins de la navigation.

Des ânes et une mégère apprivoisée.

pont-au-doubleMais pourquoi le pont de jadis portait-il le nom de « Pont-aux-Ânes » ? Tout simplement parce que ce vieux pont de bois était emprunté depuis des temps immémoriaux par de nombreux troupeaux –dont des troupeaux d’ânes- qui le franchissaient tous les matins et tous les soirs pour aller brouter dans les prairies situées dans les lieux occupés de nos jours par le Jardin des Plantes et par la Halle aux vins : l’herbe, disait-on, y était meilleure qu’aux autres berges de la Seine, et les chardons, met favori des ânes, y dressaient plus superbement leurs longues hampes de fleurs bleues. Or, vivait en ce temps là un meunier originaire de Gentilly, nommé Michel Pasquier. Celui-ci avait épousé une jolie fille dont il était fortement épris et jaloux. La, la jouvencelle était volage et cocufiait son nigaud de mari à son nez et à sa barbe ! Aussi le pauvre homme était-il désespéré et en était à se demander s’il devait se séparer de son épouse ou de se jeter dans la Seine. Mais il décida finalement d’aller demander conseil  à un célèbre docteur de la place Maubert qui était à la fois médecin, astrologue et alchimiste. Il se nommait Messire Lorgnelune. Notre Pasquier vint donc le visiter et, après lui avoir exposé son douloureux problème, demanda à l’alchimiste ce qu’il devait faire. De sa voix caverneuse, celui-ci commença par lui réclamer cinq sols et, voyant que le meunier rechignait, se mit à gronder, reprochant à Pasquier son avarice ! Celui-ci s’exécuta finalement en exhalant un fort soupir et l’alchimiste consentit alors à lui parler : « Vous allez, en sortant d’ici, vous poster sur « le Pont-aux-Anes ». Vous observerez le spectacle que ce pont et ses alentours offriront à vos regards et vous accomplirez après les gestes que vous verrez faire » (Contes du Vieux Paris, p. 70). Sur ce, il indiqua la porte au meunier qui tentait vainement d’obtenir quelques éclaircissements, car il ne comprenait rien aux paroles de Messire Lorgnelune. Une fois sorti, il pesta d’abondance contre ce dernier dont il croyait avoir été la dupe. Puis, se disant qu’il n’avait rien à perdre, suivit le conseil du mage et alla se poster devant le Pont-aux-Ânes.

Soudain, il vit apparaître les âniers qui, dévalant dans la prairie, se mirent en devoir rassembler leurs bêtes, qui couraient d’ici de là, à grands coups de gourdin ! Et c’est à ce moment que notre meunier su quoi faire pour faire entrer au bercail son épouse volage ! Un soir, alors qu’elle rentrait tardivement au logis après une journée de débauche, l’épouse infidèle fut accueillie, elle aussi, à grands coups de gourdin, par son meunier de mari ! Et c’est ainsi, dit cette fable moralisatrice, que l’épouse infidèle se rangea et devint un modèle de vertu…

Deux proverbes parisiens.

Cette légende est aussi à l’origine de deux proverbes parisiens qui portent le nom de « Pont-aux-Ânes ». Le Pont-aux-Âne désigne un remède facile, à la portée du premier venu, qui ne nécessite aucune perspicacité particulière, un obstacle apparent qui n’en est pas un. De fait, le centre du pont à arche, tel qu’il nous l’est présenté ici, est plus haut que les parties qui sont situées sur chaque rive, ce qui peut donner l’impression à l’âne d’un obstacle difficile à franchir. Le Pont-aux-Ânes incarne également l’idée de réussite, si on le franchit, et d’échec, si on n’y parvient pas. Ainsi, un professeur pourrait dire à un élève qui bloque devant un problème élémentaire : « vous ne passerez jamais le Pont-aux-Ânes ».

Eric TIMMERMANS.

Sources : Contes du Vieux Paris, Pierre Jalabert, Fernand Lanore, 1966, p. 67-74.  

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