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En 53 avant J-C, les armées
de César envahissent la Gaule. Sur des îles,
au milieu d’un fleuve et de terres fertiles, ils
trouvent une tribu : les Parisii. Son territoire s’étend
jusqu’aux limites actuelles de l’Ile-de-France.
Depuis presque trois siècles, sur deux îles,
ce peuple a construit ses habitations. Cette cité
s’appelle Lutèce. Les Romains décrivent
des habitants braves et jaloux de leur territoire, courageux
au combat et sensibles à leurs femmes.
Au V° siècle, les peuples
barbares envahissent l’empire. Le monde romain
s’écroule. Lutèce entre dans le
Moyen Age. Quand il s’achèvera, un millénaire
plus tard, la petite citée sera devenue capitale
de la France.
Quand Clovis rencontre sainte Geneviève,
le sort de Lutèce est fixé : la cité
devient capitale des Francs et reçoit peu après
le nom de Paris. Les rois mérovingiens y naissent,
vivent, gouvernent et y sont enterrés. Cette
capitale, Charlemagne l’abandonne pour Aix-la-Chapelle.
Mais face aux invasions normande et au siège
viking de 885, Paris devient le symbole de la résistance
: autour de Charles le Chauve, les Parisiens repoussent
l’envahisseur pendant treize mois et emportent
la victoire.
En 987, Hugues Capet fixe à
nouveau la capitale du Royaume à Paris. Ses successeurs,
rois capétiens, le suivent dans cette voie. La
ville prospère grâce au commerce du fleuve
et, en 1163, commence la construction de Notre-Dame
qui ne s'achèvera qu'en 1330. En 1215, l’Université
de Paris est créée. Théâtre
des grandes heures, la capitale est aussi spectatrice
des heurts du Royaume : c’est sur l’île
aux Juifs, au centre de la Cité, que Jacques
de Mollay, grand maître des Templiers condamné
par la justice, est exécuté sur un bûcher
en 1314.
Le XIV° siècle est celui
du chaos.
En 1348, la Grande Peste touche Paris
En 1356, Etienne Marcel, prévôt de Paris
mène une révolte communale. Le roi Jean
II le Bon est prisonnier des Anglais. C’est son
fils, tout juste âgé de 20 ans Charles
V qui gouverne. Le jeune roi a une réputation
de faible. Etienne Marcel pense pouvoir en profiter
pour prendre le pouvoir de la cité. Il convainc
une partie de la bourgeoisie commerçante de Paris
et entraîne le peuple dans une lutte contre le
pouvoir royal. Le 22 février, au petit matin,
3000 émeutiers sont aux portes du palais. Leur
colère est renforcée quand ils apprennent
que Jean II a signé un traité avec les
Anglais leur cédant une partie du Royaume. Les
conseillers de Charles V sont assassinés, le
jeune prince humilié. Mais ce dernier réagit,
part en Picardie, rallie les nobles et paysans d’Ile-de-France
et reprend Paris. Etienne Marcel n’a pas tout
perdu : il fait désormais partie du conseil du
Roi.
C’est la première grande révolte
communale. Les Parisiens savent désormais qu’ils
représentent un pouvoir. Le peuple de Paris découvre
aussi qu’il peut être l’outil utile
des luttes de pouvoir de ceux qui le gouvernent, nobles
ou bourgeois.
Au XV° siècle, les Anglais
combattent encore en France. En 1436, ils occupent Paris.
Charles VII, sacré roi en 1425, vient au secours
de la cité ; la résistance s’organise
à l’intérieur des remparts. La cité
est délivrée en 1437 et Charles VII y
entre triomphalement.
Pendant ce temps, la capitale change
de visage et s’agrandit : le pont ND est constuit,
le Louvre détruit et reconstruit par François
I°, l’Hôtel de Ville reconstruit en
1533, les travaux de l’Eglise St Eustache amorcés.
Paris est capitale des arts, des lettres et des sciences.
Les humanistes qui sillonnent l’Europe y font
escale.
Cependant, le chaos touche à
nouveau la capitale pendant les guerres de religions.
A Paris, c’est le massacre de la Saint Barthélémy
qui décime les protestants le 24 août 1572
pendant qu’ailleurs les combats accablent les
catholiques. Une fois encore, la capitale vit de manière
intense les tourments du Royaume. Mais la grande cité
cultive son prestige : le Pont Neuf est érigé
au XVI° siècle. Henri IV agrandit le Louvre
et les Tuileries, il créé la place Royale
(future place des Vosges), transforme la Cité.
Les travaux sont achevés sous Louis XIII alors
que Paris devient le théâtre des duels
et des affrontements entre mousquetaires. Au milieu
du XVII° siècle, Richelieu fait construire
l’Académie française sur les bords
de Seine.
1653 : le peuple de Paris est à
nouveau un enjeu politique. Divisé, il est utilisé
par les nobles qui veulent obtenir du jeune Louis XIV
et de sa mère régente plus de leur privilèges.
Le peuple de Paris proteste quant à lui contre
les impôts. C’est la Fronde. Cette émeute
qui marque Louis XIV au point de lui faire choisir Versailles
comme lieu de son pouvoir. Les libelles pullulent, les
uns prenant parti pour les nobles et leurs privilèges,
les autres pour le roi. Après la révolte
d’Etienne Marcel, la Fronde vient montrer que
le peuple de Paris tient un pouvoir qu’il sait
utiliser. Il sait aussi donner ses fils pour servir
une cause, mobiliser ses femmes et apprendre à
se battre à ses enfants. Divisé, hétéroclite,
passionné, il s’enthousiasme parfois pour
ceux qui ne souhaitent que sa perte. Mais ce peuple
vit.
Peu à peu, le Paris moderne
apparaît, dès les XVII° et XVIII°
siècles. Les Champs Elysées sont plantés,
les Invalides, la place Vendôme, les quais, l’Eglise
Sainte Geneviève, l’Ecole militaire…
sont construits. La ville ne cesse de s’étendre.
Aux petites ruelles encore médiévales,
s’ajoutent des grandes avenues classiques. En
1789, débute la construction de l’enceinte
des fermiers généraux. Son but n’est
pas de défendre la cité mais de faciliter
le prélèvement des impôts. Le peuple
de Paris est mécontent. Les bourgeois de la capitale
plus encore. La Révolution approche. Le peuple
aime son roi mais pas les nobles. Les bourgeois rêvent
de décapiter l’aristocratie. Pris dans
la tourmente révolutionnaire, Paris se divise.
Et devient, pour de longue décennie, le siège
du pouvoir de la république jacobine.
Le XIX° siècle arrive, siècle
des révolutions bourgeoises et des émeutes
populaires.
En 1870, la Prusse et la France sont en guerre. Les
Germains assiègent Paris. Sous la pression populaire,
le gouvernement impérial de Napoléon est
remplacé par la III° République, dirigée
par Thiers et Ferry. La France ne parvient pas à
repousser les Prussiens. Thiers, président du
conseil, s’incline. Mais Paris tient encore. Alors
que l’Assemblée majoritairement élue
par les hobereaux de province souhaite la capitulation,
le peuple de Paris ne veut pas céder. Il réunit
les canons à Montmartre, aux Buttes-Chaumont
et à Belleville. L’entrée des troupes
étrangères dans la capitale est prévue
pour le 27 février. Elles n’y entrent finalement
que le 1°mars pour se replier dès le lendemain
à l’extérieur de la ville. Le 17
mars, les troupes françaises reçoivent
l’ordre d’aller récupérer
les canons. Mais les soldats fraternisent avec les Parisiens.
Thiers prend peur et part à Versailles. Les Parisiens
ressentent ce départ comme une désertion
face à l’ennemi. Un comité central
est mis en place chargé de mener la révolution.
Le peuple de Paris se divise alors car pour beaucoup,
il ne s’agit pas de faire la Révolution
mais de protéger la cité face à
l’ennemi. Des luttes fratricides déchirent
la Commune. Les églises deviennent la cible des
révolutionnaires tandis que les populations commencent
à se terrer chez elles. L’anarchie cède
le pas à la dictature. Le gouvernement de la
III° République demeure impuissant jusqu’au
21 mai. Les troupes gouvernementales entrent alors dans
Paris ; les derniers fédérés résistent
en vain pendant une semaine. Les rebelles sont exécutés
sans procès. Le 27 mai, au cimetière du
Père Lachaise, les derniers résistants
sont fusillés. Pour la République bourgeoise,
l’épisode est clos. Pour les partis de
gauche, la Commune devient un symbole récupéré.
Pour le peuple de Paris, elle reste le signe que son
histoire, construite aussi dans sang, dépasse
la dimension administrative de la démocratie
jacobine.
Le calme revenu, Paris se transforme.
Devient la ville lumière du tourisme mondial.
Les vieux quartiers insalubres sont détruits.
Les terrasses de café fleurissent. Les larges
avenues d’Haussmann sont aménagées
pour faciliter la circulation, mais aussi pour permettre
aux troupes de la République de réprimer
les émeutes et de combattre les éventuelles
barricades. Le pouvoir craint le peuple de la vieille
cité.
Le XX° siècle s’ouvre
sur la guerre. Jusqu’en 1918, le peuple de Paris,
aux côtés de ses frères des provinces
françaises, combat sur le front. Les monuments
aux morts qui jalonnent ça et là les rues
de la cité en témoignent. , Trente ans
plus tard, occupé pendant la Seconde Guerre mondiale,
Paris se divise et combat dans un camp ou dans l’autre.
Ce sont les années grises de compromission et
de lâcheté. Les années d’après-guerre
ne réconcilient pas ce peuple avec son histoire.
Blessée dans sa mémoire, la cité
ne vit plus officiellement que pour le tourisme, l’économie
et l’administration de la République. Comme
en 1848, c’est la bourgeoisie qui descend dans
la rue en mai 1968. Cette jeunesse urbaine est malade
de son confort. L’émeute ne dure que quelques
jours. Les seules traces qu’elle laisse sont idéologiques.
La capitale retrouve le calme policé des cités
où les peuples ont perdu l’habitude de
se souvenir.
Après vingt cinq siècles
d’histoire, un peuple continue de vivre dans la
cité, pour que Paris ne soit pas seulement la
capitale administrative d’une République
jacobine.
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