COMMUNIQUE DU 10 AVRIL 2005

* * *

NUIT DES HUSSARDS
8-9 avril 2005

* * *

Dans la nuit du 8 au 9 avril 2005, une cinquantaine de jeunes Parisiens se sont réunis pour commémorer les Hussards à l’appel de l’association Paris Fierté.

Sur leurs traces, dans le quartier de Saint Germain des Prés, ils ont lu des textes de Blondin, Nimier, Perret, Déon et Laurent. Les bars de Saint Sulpice et les rues du VI° arrondissement ont ainsi à nouveau entendu, pendant quelques heures, les mots de ceux qui ont refusé le conformisme littéraire des années 1950.

Leur objectif ? Se souvenir que l’identité parisienne, loin des paillettes, de Paris-plage et de la société du spectacle, existe avant tout grâce à un patrimoine littéraire, historique et humain.


L'invitation à la Nuit

Texte d'introduction à la Nuit :

Pourquoi faire une sortie nocturne sur le thème des Hussards avec Paris Fierté ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir qui ils étaient, d’où ils venaient, comment ils se connaissaient, ce qu’ils ont apporté à la littérature et surtout ce que nous pouvons tirer de leur exemple.

Des écrivains frappés d’ostracisme
Il faut nous mettre dans le contexte de l’époque pour comprendre le rôle important que Nimier a joué dans les cénacles littéraires des années 1950. Vous savez qu’après la Seconde Guerre mondiale, la France fut marquée par l’épuration. De nombreux écrivains ont été bannis, exécutés, se sont exilés ou se sont suicidés. Après guerre, pratiquement aucun écrivain de droite n’a voie au chapitre. Soit pour collaborationnisme comme Brasillach et Drieu, soit pour s’être tu comme Giono ou Aymé. Seuls les écrivains staliniens ou gaullistes peuvent écrire et publier. Le monde des lettres était couvert d’une chape de plomb tandis que les vainqueurs de la guerre ont, eux, la possibilité de diffuser leurs œuvres, œuvres fortement marquées et empruntes d’idéologie. Dans les années 1950, Jean-Paul Sartre fait office de gourou dans le landerneau littéraire de Saint-Germain-des-Prés. Sont mis au ban ceux qui se démarquent de la sacro-sainte parole existentialiste.

Nimier
La reprise d’Opéra par Nimier a été assez discrète au début. Peu à peu, le bruit a couru que ce jeune ancien de la 2° DB se revendiquait de la lignée de Brasillach et de Drieu. C’est avec insolence qu’il s’en est pris à la littérature engagée et avec affection qu’il se plaça sous le patronage des écrivains bannis. Voilà un jeune homme qui côtoie Jouhandeau, Chardonne, Léautaud, Morand, Anouilh, Aymé, Giono, Cendrars, Montherlant, Gallimard, Simonin et bien sûr Céline. C’est grâce à Nimier qu’ils furent remis au goût du jour. Chardonne disait : « Nimier est la chance de votre vie » et Morand : « Nimier, vous m’avez ressuscité ». C’est à la suite de Nimier que nombre de jeunes gens refusant de rentrer dans le rand de la bien-pensance sartrienne vont se mettre à écrire non plus des livres à forte odeur stalinienne mais de la littérature pleine d’humour et d’impertinence.

 

La cavalcade des Hussards
Pendant une quinzaine d’années, Blondin, Déon, Laurent, Millau, Nourrissier, Dutour, Maulnier, Revel, Haedens, Mac Orlan, Perret et d’autres vont faire office de troubles fêtes dans le grand concert beauvaro-sartrien. Dans diverses publications, ils délivrent leurs critiques littéraires, théâtrales, cinématographiques, sportives. On appelle ces jeunes gens les Hussards. C’est Bernard Frank, journaliste de gauche à l’esprit libre qui, à partir du Hussard bleu de Nimier, invente le terme pour désigner Laurent, Nimier, Déon et Blondin. Pourtant, ces quatre là ne se connaissent pas tous. Des différends les ont parfois opposés au cours de leur carrière, mais pour eux, seule la littérature comptait. Point de politique chez eux, à l’exception d’un certain anti-gaullisme (sauf chez Nimier) et un anti-communisme féroce. C’est la fin de la guerre d’Algérie qui les plongea dans la lutte partisane. Ils prirent fait et cause pour l’armée et l’Algérie française à l’heure où les écrivains de gauche soutenaient le FLN et pour certains portaient des valises en métropole. Ils brocardèrent sans relâche l’étroitesse d’esprit des mammouths de la littérature. Ils préféraient rire d’eux-mêmes et prenaient avec désinvolture les attaques de l’autre camp qui n’hésitait pas à les taxer de nazisme. C’est avec humour qu’ils réagissaient aux assauts et aux drames du moment. Sans se prendre au sérieux, ils avaient toutefois un regard lucide et désabusé sur eux-mêmes et leurs contemporains.

Les femmes, la vitesse et le champagne
Frank disait d’eux qu’ils n’aimaient que les femmes, la vitesse et le champagne. Leur fuite en avant, leur excès en tout leur donnaient la réputation d’écrivains frivoles. C’est vrai que Nimier est mort dans son Aston Martin lancée contre un platane. Sa vie fut consommée à 200 à l’heure, les femmes et l’alcool consommés sans discernement et sans modération. Blondin, lui, était porté sur la bouteille et les bistrots. Il les a fréquentés avec assiduité, surtout ceux du quartier Saint-Germain. Il en mourut. Il disait de lui et de Nimier qu’ils étaient inséparables à la ville et au champagne. Déon, dans sa retraite irlandaise est très attaché au Paddy et ses livres sont, comme ceux de Jacques Laurent à l’époque de son pseudonyme Cécil Saint Laurent, quasiment érotiques. Ce qui est nous rassemble ce soir, c’est évidemment leur troisième vice. Ils fréquentaient tous le quartier, ils écumaient les bars et les boîtes de nuit pour y passer de longues nuits éthyliques. C’est ici que Nimier et Blondin se rencontrèrent. C’est en s’inspirant de ces lieux qu’ils écrivirent les Gens de la nuit, Monsieur Jadis et le Vent dans les voiles.

Pourquoi nous inspirer d’eux ? Pour leur insolence, pour qu’à l’heure où résonne partout le même son de cloche, nous restions libres, nous gardions le même cap. Celui de la liberté, bien loin des chapelles qui castrent les imaginations. Et sans jamais oublier cette identité parisienne qu’ils ont largement contribué à faire vivre et construire.

 


 

Lancement de la Nuit des Hussards 2005
dans un bar de la place Saint-Sulpice

La présentation des auteurs permet à tous
de se replonger dans l'atmosphère
des années 50

Les verres de vin blanc passent de main en main

Récit des nuits de" garde à vue" ... devant
le commisariat du 6ième arrondissement

Les participants s'improvisent tour à tour lecteurs

Dernière halte devant Saint-Germain-des-prés
avant de poursuivre la nuit dans une cave
de la rue des canettes

 

 

 


 


   


Paris Fierté © 2004 / 2005
association culturelle de promotion de l'identité parisienne
contact@parisfierte.com